Exode infini
La Bible se résume en l'Exode. C'est-à-dire ce mouvement infini hors de. Tout le reste est en dépendance de l'Exode. Même la ‘Création’. Si le concept de ‘création’ est fondamental dans la théologie biblique, celui d’ ‘histoire’ ne l’est pas moins. Les deux se rejoignent en un profond rapport à la fois logique et ontologique. La ‘création’, premier temps de l’histoire, ouvre l’histoire comme une suite indéfinie de moments créationnels.
Exode de toutes choses hors du néant. Irruption de l'originel Alpha qui tend ensuite vers Oméga, dans l'ouverture d'un en avant vers ce topos du futur qui est u-topos. Si bien que la véritable genèse est moins au début qu'à la fin. Cette tension vers la nouvelle création. Cet eschaton d'une nouvelle terre et de nouveaux cieux. Cette montée vers la nouvelle Jérusalem, qui n'aura plus ni soleil ni lune comme luminaire mais seulement le Fils de l'Homme. Et peut-être l'homme moderne n'a-t-il pas encore fini d'explorer les profondeurs de la matière telle que la Bible la pressent en ses infinies possibilités créationnelles. Un très profond lien entre cosmos et logos. Quelque chose comme une ‘matière spirituelle’ avec ses possibilités d’infinis développements c'est-à-dire d'infinis exodes de formes. Vers un nouveau concept de ‘nature’ qui, d'une part, ne serait plus mécaniste et qui, d'autre part, n'aurait plus besoin d'un Dieu transcendant.
L’ultime moment dialectique signifié par le ‘trans’ engage l’humain dans l’Exode in-fini. Cet Exode n’est pas pour lui-même. Sa dynamique ne se boucle pas sur elle-même.
L’humain est béant sur son autre dimension. Cette altérité reste incontournable. Toute dynamique spécifiquement humaine n’est jamais sans être aussi hors de soi, en avant de soi. Le quatrième moment dialectique est celui de l’Exode in-fini.
Ce ‘trans’ ne cesse de faire mal là où l’humain n’arrive à étreindre sa plénitude sur elle-même. Il crève inlassablement l’horizon des euphories immanentes. Sans lui, pourtant, l’authentique humain n’est pas.
L’aventure historique de la connaissance humaine est exode. De certitudes devenues incertaines en certitudes plus critiques, plus larges et plus fondées. Débat. Conquête incessante. A travers crises et ruptures.

La négation nie sur fond d’affirmation. La critique est l’instance de crise au cœur de toute certitude donnée. Elle creuse les ‘vérités’ en béance pour que soit une plus vraie vérité. Toute certitude constituée est sans cesse niée. Mais pas dans l’absolu. Elle est niée par une plus profonde certitude constituante.
Le NON de l’esprit n’est pas le tout de l’esprit qui est plus profondément encore OUI. Mais ce ‘oui’ n’est pas pour le milieu. Il est pour les extrêmes.
Le 'non' de l'esprit est au service de ce 'oui' plus fondamental. Un 'non' relatif, c'est-à-dire en relation. Un 'non' qui signifie le refus de rester sur place. Un 'non' de dépassement au service d'une marche en avant.
C'est le NON de l'Exode qui refuse les terres de servitude en vue de la terre promise.
Avant d’être loi de l’esprit, la ‘dialectique’ est d’abord très profonde loi de l’Alliance. Elle tire sa pertinence de l’expérience du mystère pascal. Rupture. Exode. Traversée vers la Terre Promise. Crucifixion. Mort qui éclate en Résurrection. La paradoxale vérité que l’essentiel advient dans le passage. Non pas en in-sistant sur le plein mais en ex-sistant à travers la béance. Que la vérité de l’homme soit en avant de l’homme. Que la vérité de la condition humaine soit dans sa rupture et dans son ouverture. La dialectique est-elle fondamentalement possible ailleurs qu’en régime de grâce ? Lorsque la négativité, toute négativité, sait qu’elle n’est pas absolue, mais qu’à travers une mystérieuse gestation, elle travaille à l’enfantement de l’autre.
La dialectique, loi de l’Alliance. La dialectique est d’une certaine façon un affront à la logique. Pourtant elle prétend régir la pensée. Et, de fait, elle la régit. De fait et non pas de droit ! Avant d’être loi de la pensée elle est une loi expérimentale de la vie vécue. Tous les avatars laïcisés de la ‘dialectique’, chez Hegel, avant lui et après lui, sont des traductions d’un vécu préalable. Et ce vécu est essentiellement l’expérience spirituelle telle qu’en l’espace judéo-chrétien, et dans un tel espace seulement, elle s’est déployée.

Le ‘trans’ dit l’ouvert de l’humain. Il dit en même temps que l’homme n’a pas le dernier mot sur lui-même. L’homme est parole ouverte. L’homme est symbole de l’Autre, la moitié visible de l’Autre, la partie émergée de l’Autre. L’homme est parabole de l’Autre. Il ne cesse de dire l’infini de l’Autre.
En cette ouverture de l'infini, la liberté trouve son infini.