Un monde allergique à la transcendance
L'humain s'enferme en immanence. Ce phénomène s'est accentué de façon quasi exponentielle au cours des derniers siècles. Le monde coupe ses liens ontologiques avec l'Autre transcendant et se boucle sur lui-même en immanence. Les naturelles ouvertures sur la transcendance sont colmatées. Les béances sur Dieu sont comblées. L'homme boucle la boucle de l'humain autonome autour de son centre schizoïde. Dans cette bulle d'immanence les valeurs chrétiennes se sont acclimatées. Liberté. Justice. Fraternité. Universalité. Egalité... Tellement acclimatées qu'on en vient à oublier leur source et leur sens premier. Comment le chrétien lui-même pourrait-il vivre dans un tel monde sans compromission ? Et jusqu'où pourra-t-il résister à la tentation ?
L'immanence suffit à nous occuper. Blaise Pascal, déjà, voyait dans le `divertissement' une des causes de nos étourderies face à la transcendance. Les choses, depuis, ne se sont pas améliorées. Au contraire. Nous baignons littéralement dans une inflation d'images, de symboles, d'informations, de publicités et de sollicitations. Sciences et techniques nous gratifient presque journellement de leurs `mystères' et de leurs nouveautés. L'éventail des expériences possibles n'a jamais été aussi grand. Nos agendas ploient sous le nombre de nos rencontres. A peine trouvons-nous le temps de lire les modes d'emploi des multiples gadgets sensés simplifier notre vie. Ensuite vient le stress qui, pour se guérir, appelle de nouveaux défoulements et d'autres divertissements.
L'immanence ne suffit-elle pas pour combler l'éros de la connaissance, de la jouissance et de l'action ? Que peut-il rester de la pertinence chrétienne au milieu de tant de centres d'intérêt les uns plus `intéressants' et plus prenants que les autres ? Que devient l'engagement chrétien lorsque le temps est pris ailleurs ?
Ne rendre des comptes qu'à l'immanence. Lorsque l'humain est seul maître à bord, non plus seulement maître et mesure de toutes choses, ce à quoi il est appelé par vocation divine, mais maître et mesure absolus. à qui d'autre peut-il être redevable qu'à lui-même enfermé en immanence ?
Dès lors peuvent se donner libre cours les libéralismes, les surréalismes, les irrationalismes, les spontanéismes, les négativismes, les nihilismes et ainsi de suite. Plus concrètement s'étale ce qu'il est convenu d'appeler la `libéralisation des mœurs'. Par absence d'ordre supérieur et de référentiels absolus, les règles deviennent arbitraires. La permissivité prolifère. `Oser' devient l'impératif catégorique. Bénéfice net pour le cinéma et autres media.
L'immanence est sans péché. Il y a seulement des `responsables' et des prisons. Et à la limite tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, pourvu qu'il reste dans les limites de ce qui est `convenu'. Le péché, en effet, n'a de sens qu'en face de l'Autre transcendant. Le péché attente à ce qui nous dépasse. Mais lorsque plus rien n'est sacré ? Lorsque l'homme lui-même n'est plus qu'une `structure' évolutive ou une passion inutile...
Sans péché il n'y a pas de miséricorde. Sans miséricorde il n'y a pas de rédemption. Sans rédemption il n'y a pas de salut. Que devient alors l'affirmation centrale de la foi chrétienne du salut en Christ ?