A partir de l’homme
La vérité sur toutes choses n’est désormais qu’à partir de la pensée humaine. C’est elle qui est l’immédiateté première. C’est elle qui fonde les fondements de son savoir. Car Dieu lui-même, encore garant de mes évidences, est-il lui-même évident autrement qu’à travers l’idée claire et distincte de ma pensée ? Je pense Dieu qui garantit la vérité de ma pensée ! Cercle vicieux ? Descartes, cependant, n’en est pas encore tout-à-fait là ! Nous ne pensons l’imparfait et le fini que sur fond de parfait et d’infini. Nous avons donc en nous l’idée claire et distincte de l’être absolument parfait. Quelle est la chance d’existence de cet être parfait ? Mais l’existence n’est-elle pas nécessairement inhérente – argument ontologique – à l’idée ? Cette idée qui ne peut venir ni du néant ni radicalement de nous-mêmes. Elle est nôtre, certes, mais en même temps elle renvoie encore ailleurs. Pour combien de temps encore ?
Même sans être créateur ex nihilo de l’idée claire et distincte, c’est quand même en mon possible qu’elle prend conscience d’elle-même. Et c’est ce possible qui désormais héberge le doute. Y a-t-il un Dieu ? Et s’il était trompeur ?
Le recentrement de l’humain sur lui-même se clôt dans son strict possible et trouve en sa créance quelque chose d’entièrement indubitable. ‘Je pense donc je suis’. Cela se conçoit clairement et distinctement. Voilà le fruit de l’intuition évidente. Il suffit, à présent, selon la méthode, d’en tirer les déductions nécessaires. C’est-à-dire l’enchaînement sans faille à la manière de la géométrie.
La force de l’évidence doit venir désormais de la subjectivité qui n’a plus besoin d’autre garant qu’elle-même. C’est elle qui veut se poser comme fondatrice de la totalité pensable. Ainsi donc doit s’accomplir le renversement ‘copernicien’ de l’être à la pensée. Une nouvelle courbure de l’espace mental. Une nouvelle gravitation de l’être.
Descartes, sans doute, n’ose pas encore aller du côté de ces extrêmes. Il ne veut pas priver l’être de sa vérité objective. Il doit encore exister objectivement une ‘nature des choses’. Le ‘je pense’ ne peut pas être entièrement enfermé dans sa subjectivité. Ma pensée, d’autre part, est incapable de fonder entièrement sa propre vérité. Un garant objectif est nécessaire. Comment, autrement, distinguer la pensée fausse de la pensée vraie ? Dieu reste donc garant de mes évidences. Il est aussi garant de la réalité du monde.