La foi en Alliance
La foi chrétienne n’est pas d’abord le foi d’un tel ou d’un tel, fut-il génial ou saint. La foi chrétienne est d’abord la foi de l’Eglise. Une telle objectivité ecclésiale la situe ailleurs et au-dessus de l’espace immanent des idéalismes et des subjectivités. Dès lors, le maître-mot de la foi n’est pas ‘idée’ mais ‘réel’.
Il s’agit de dépasser l’illusion d’une expérience personnelle subjective et multiple vers la vérité d’une ‘réalité’ qui ne peut qu’être objective et une. A travers une autre expérience. Une expérience qui dépasse ‘mon’ expérience. Une expérience communautaire. L’expérience ecclésiale.
A quel moment une expérience devient-elle objective ? Essentiellement lorsque, restant identique à elle-même, elle traverse indéfiniment l’espace, le temps, la différence, la contradiction, le doute, la critique, la relativité, la contingence... Telle est bien la traversée victorieuse de l’expérience ecclésiale, aux antipodes des multiples expériences sectaires ou idéologiques.
Une expérience près de quatre fois millénaire. Depuis Abraham. Une expérience universelle qui a affronté tout l’humain à travers la multiplicité de ses cultures et de ses situations historiques. Au-delà des races et des classes. Au-delà des différences tribales ou nationales. Au-delà des conditions socio-économiques. Au-delà des possibilités épistémologiques et technologiques. Au-delà des idéologies dominantes... et passagères.
Au-delà, aussi, des faiblesses et des défaillances de ceux qui sont porteurs et témoins de cette expérience. Mais la traversée du péché ne fait-elle pas elle-même partie de cette expérience ? Elle non plus, n’est pas étrangère à l’aventure de la grâce.
Se retrouver là et pas ailleurs... Et où ailleurs ? Sinon en Eglise. Comme en son absolu chez-soi. Dans la grande maison du sens. Dans la grande maison de l’humain.
Etre chrétien, c’est faire sienne la foi objective de l’Eglise. Là, même l’extrême expérience personnelle – un mystique comme Johan Tauler le montre – entre en communion avec la totalité de l’expérience objective ecclésiale. Là, objectivité et subjectivité peuvent s’étreindre dans l’expérience jubilante d’une foi vécue.
La communauté jubilante
Il est une expérience chrétienne fondamentale. C’est celle de se rendre – avec toute sa lucidité – à l’Autre qui, en même temps, dérange et comble. Ils sont donc essentiels les moments où, avec tout moi-même et en même temps au-delà de moi-même, je me laisse prendre dans la jubilation d’une communion de Foi. Lorsque se partage le ‘ça jubile’ qui nous précède et nous porte.
‘Faire Eglise’ appelle un espace où souffle le ’Souffle Saint’. Une assemblée priante, vraiment priante, permet à l’Esprit de créer un tel espace, sorte de milieu ‘écologique’ de la grâce. Il faut laisser faire l’Esprit qui instaure un ‘climat’ unique. Un ‘climat’ plus originaire et plus profond que la ‘cérébralité’ qui risque de s’y perdre. Là ‘je suis compris’ avant même de comprendre. Là ‘ça’ chante avant même que nous chantions ‘d’un seul cœur’.
On pourrait croire ces moments ‘exceptionnels’. Ils le sont, parfois, de façon spectaculaire. Un Congrès eucharistique. Les Journées mondiales de la jeunesse. Tel pèlerinage... Mais pour une communauté vivante, cet ‘exceptionnel’ ne peut-il pas être celui de son rythme régulier ? Pas forcément ‘spectaculaire’. Chaque dimanche, la fête. Par exemple.