Nouveau centre et nouvelle circonférence
On sait que la ‘révolution copernicienne’ renverse l’antique image du monde. Notre terre n’est plus le centre de la sphère céleste. Désormais elle gravite, simple planète parmi d’autres planètes, autour d’un nouveau centre. Une ‘révolution’ identique s’opère dans le rapport de l’être et du connaître. Ce qui était centre est mis en orbite. Ce qui était satellite se met au centre.
Jusqu’alors l’être était central. C’est-à-dire la chose à connaître, le réel objectif préexistant à sa saisie par l’homme. Désormais c’est le connaître qui se fait centre. C’est-à-dire le ‘je’ connaissant. Le pensable et le possible de l'homme étaient définis par l'être. Désormais c'est l'être qui est défini par le pensable et le possible de l'homme.
Cette ‘révolution’ est infiniment lourde de conséquence. Elle assigne au pensable et au possible de l’homme son nouvel espace de gravitation et son nouveau centre de gravité. De proche en proche une multitude de renversements. De la transcendance à l'immanence. De l'infini à la finitude. De l'absolu au relatif. De l'être à la phénoménalité. Du logos à la discursivité. De la valeur à l'affect. De l'objectivité à la subjectivité. Du sens à la structure. De l'essence au mot. De la vérité à la simple non-contradiction. De la lumière à la lucidité...

Le possible de l’homme, centre de perspective sur la totalité
La vérité sur toutes choses n’est désormais qu’à partir de la pensée humaine. C’est elle qui est l’immédiateté première. C’est elle qui fonde les fondements de son savoir. Car Dieu lui-même, encore garant de mes évidences, est-il lui-même évident autrement qu’à travers l’idée claire et distincte de ma pensée? Je pense Dieu qui garantit la vérité de ma pensée! Cercle vicieux? Descartes, cependant, n'en est pas encore tout-à-fait là! Nous ne pensons l'imparfait et le fini que sur fond de parfait et d'infini. Nous avons donc en nous l'idée claire et distincte de l'être absolument parfait. Quelle est la chance d’existence de cet être parfait? Mais l’existence n’est-elle pas nécessairement inhérente – argument ontologique – à l’idée? Cette idée qui ne peut venir ni du néant ni radicalement de nous-mêmes. Elle est nôtre, certes, mais en même temps elle renvoie encore ailleurs. Pour combien de temps ‘encore’?
Même sans être créateur ex nihilo de l’idée claire et distincte, c’est quand même en mon possible qu’elle prend conscience d’elle-même. Et c’est ce possible qui désormais héberge le doute. Y a-t-il un Dieu? Et s’il était trompeur?

Un au-delà de ma pensée est impensable. Un au-delà de l’idée, impossible. Le virtuel prolifère. S'ouvre alors le règne indéfini de l'idéalisme. Exit la ‘transcendance’. Reste simplement une ‘visée transcendantale’. C'est-à-dire une 'transcendance' virtuelle prisonnière des enfermements.
Révolution copernicienne épistémologique
L’âge précédent avait procédé à un recentrement en courbure de l’espace épistémologique. Il s’agit à présent de constituer le nouveau système interplanétaire du possible de l’homme. Une sorte de satellisation du centre et une centration du satellite. Dans le renversement du rapport être-connaître. Désormais le connaître gravite moins autour de l’être que l’être autour du connaître. Ce qui était centre est mis en orbite. Ce qui était satellite devient centre.
