Etonnante figure christique

Voici une parabole bouddhiste. Elle a pris naissance dans l’espace du ‘Grand Véhicule’, en quelque sorte le ‘Nouveau Testament’ par rapport à l’originel ‘Petit Véhicule’.

Un certain Maitrakanyaka, riche négociant,
s’était embarqué pour un long voyage d’affaires.
Il fit naufrage et aborda sur une île.
Avant son départ, il eut le malheur de frapper sa mère
qui voulait l’empêcher de partir si loin.

Mais c’était aussi un homme généreux.
N’avait-il pas distribué trente-deux pièces d’or
aux pauvres et aux monastères ?
Aussi fut-il invité dans trente-deux merveilleux châteaux
par de belles princesses, filles de ses aumônes.

Après cela, il arrive en un lieu d’horreur
où il aperçoit un homme
au crâne rongé par un cerceau de fer rougi.
“Mais qu’as-tu donc fait, malheureux ?”
“J’ai commis un grand crime
et je suis condamné à rester ici
jusqu’à ce qu’un criminel tel que moi vienne me remplacer.
Mais je désespère.
Aucun homme, certainement,
n’a jamais frappé sa mère comme je l’ai fait.”

Alors Maitrakanyaka se souvient de son forfait.
Aussitôt le bandeau de feu s’incruste sur sa tête.
La douleur est insupportable.

Mais il a cette prière sublime:
“Qu’aucun homme ne soit jamais assez malheureux
pour venir me remplacer !”

A l’instant même ce vœu le sauve.

La figure de bodhisattva, dans la logique bouddhiste, reste virtuelle. Ne pointe-t-elle pas, cependant, et de façon si étonnante, vers le réel chrétien de la kénose ?