Fils d’abondance et de pauvreté
La fin de la philosophie est salut. Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. Salut, donc retournement de situation, conversion. L’idée abstraite n’y suffit pas. Elle est bien capable d’éclairer. Mais elle manque de la dynamique capable de transformer. Au-delà des concepts, au-delà des essences, il doit y avoir une puissance d’action. Non pas simplement ‘ce que’ les choses sont, mais ‘que’ le nouveau soit. Cette puissance d’action Platon la désigne par ‘éros’.
L’essentiel d’Eros échappe à l’emprise du discours purement logique. Ce n’est qu’à travers un dire mythique que l’indicible surgence d’Eros arrive à accéder à quelque intelligibilité. Un indicible qui ne peut devenir dicible qu’à la limite de la symbolique du mythos qui ouvre une lecture in-finie et donne infiniment à penser.
A la racine de la ‘théorie’ platonicienne, comme son mobile et son moteur profond, il y a le mythe d’Eros tel qu’on le trouve dans le ‘Phèdre’ ou le ‘Banquet’. Eros, fils de poros et de penia; fils d’abondance et de pauvreté. Ni purement divin, ni purement humain, mais quelque chose d’intermédiaire, quelque chose comme un grand ‘démon’ qui provoque l’homme. Qui le pro-voque vers le haut. Vers l’Idée, vers la Valeur, vers le Vrai, vers le Bien, vers le Beau...
Le Beau surtout ! Avec toute sa puissance érotico-esthétique capable d’éveiller l’éros de l’âme. L’Idée la plus lumineuse. La dernière que l’homme oublie. la première que l’homme reconnaît dans sa grande tâche du ressouvenir.
S’élever, comme dans le ‘Banquet’ (211), par pur Eros, au-dessus des réalités terrestres... Commencer à en percevoir la beauté... Accéder à la beauté d’en-haut. Par degrés. D’un seul beau corps à deux et de deux à tous... Passer des beaux corps aux belles créations. Passer des belles créations aux belles connaissances. De celles-ci à la Connaissance qui s’identifie à la connaissance de la Beauté en soi. Comprendre enfin ce qu’est la Beauté.