Matière ?
Déjà le concept de matière – c'est-à-dire la 'matière' telle que reprise et comprise par l'esprit – ne renvoie-t-il pas au-delà de lui-même ? Materia. Mater. Ce ‘à partir de quoi’ tout est construit. Mais qu’est finalement ce ‘à-partir-de-quoi’ ? La matière d’une table, par exemple, c’est le bois avec lequel le menuisier ‘construit’ la table. Mais le bois lui-même n’est-il pas déjà ‘construit’ ? Quelle est donc la ‘matière' du bois ? Une réponse possible: ce sont les ‘fibres ligneuses’. Mais quelle est la matière de ces fibres ? Un recours aux sciences devient inévitable. Le biologiste répondra que ce sont des grosses molécules de cellulose. Quelle est la matière des molécules de cellulose ? Le chimiste répondra que ce sont les atomes de carbone, d’hydrogène et d’oxygène. Quelle est la matière des atomes de carbone ? Le physicien répondra que ce sont les particules atomiques. Quelle est la matière des particules ? Le microphysicien hésitera. Peut-être parlera-t-il de ‘grains d’énergie’, de ‘charges électriques’, de ‘champs’, de ‘quanta’, de ‘quarks’, de ‘particules de charme’... Autant de désignations qui couvrent des formules de type mathématique. On est finalement très loin de la 'matière' au sens vulgaire ! Le 'trou noir' peut être paradigme. Si déjà dans la simple ‘matière’ se cachent et se révèlent en même temps d’étonnantes béances...