Mort de l’homme

Qu’est-ce que l’homme ? La représentation passe par le dire. Et le dire passe par le langage. Et le langage simplement fonctionne à partir d’un ‘il y a du langage’. En archè ‘ça parle’. Le langage à l’état nu. Tel qu’il existe avec la solidité d’une chose. Toute autre possibilité d’exister lui ayant été refusée, l’homme n’
existe plus que repris dans la clôture de son propre possible ! Reste la discursivité nue d’untexte fermé sur lui-même’. Le règne absurde d’ungrand système despotique et vide’.

Révélation archéologique de l’inanité de l’homme. L’humain en sa méprise constitutive enfin démasqué et ramené à son néant archéologique. Le logos anthropogène réduit à la discursivité. La discursivité réduite à l’articulation. L’articulation réduite au fonctionnement. Le fonctionnement réduit à l’aveugle mécanique d’un neutre ça. Un Michel Foucault boucle ainsi froidement la finitude du discours de l’inconscient sur elle-même. Cette réduction d’extrême ‘structuralisme’ constitue sans doute l’approche matérialiste la plus aiguë de la modernité. Reste ultimement un tout-logique neutre et inconscient. Une règle aveugle. Pure
structure. Un ‘ça’ qui fonctionne en absolue cohérence. Quelque chose comme une ‘essence’ platonicienne ou une ‘forme’ kantienne sans ‘eidos’ ni transcendance, et, partant, en même temps, leur radical opposé.

A la racine de l’humain, il n’y a plus qu’un ‘logos’ brut sans pensée ni penseur, une règle sans législateur, un langage sans parole et, partant, sans locuteur. Que peut-il rester de l’homme, fils d’un tel verbe anthropogène ? Que peut-il rester du spécifique humain ainsi réduit à la radicale insignifiance de la ‘structure’ fonctionnant pour fonctionner dans l’absolue finitude de la clôture ?

L’homme n’est qu’un ‘faux-semblant’
. Un faux-semblant qui s’est pris au sérieux durant un court laps de temps et qui, aujourd’hui, se trouve amené à constater ‘lucidement’ la radicale fausse-semblance de cette illusion. A l’homme est désormais révélée son inanité radicale. ‘Invention récente’ des sciences humaines, l’homme ne cesse d’être révélé, par ces mêmes sciences humaines, comme ‘figure transitoire’. Et aujourd’hui, sur le point de se dissoudre. Rendu au Discours en son règne monotone de radicale neutre objectivité.

La mort du sujet

La conscience ne serait-elle pas une ‘illusion de stabilité’ répondant à notre besoin d’absolu ? C’est Nietzsche qui commence à rejeter cette "illusion métaphysique’ qu’il soupçonne de n’être qu’invention sophistique, effet du langage trompeur, factice substantification d’actes psychologiques, bref, une fiction. Puis vint la psychanalyse et les structuralismes. Les deux s’accordant sur l’absolu d’un inconscient.

L’inconscient orphelin. Nous avons troqué le mystère du Père contre la fiction d’Œdipe. Et celle-ci, à son tour, selon Deleuze et Guattari, se révèle superflue. Invités à oublier de qui nous sommes fils. Devenus orphelins du néant. Car désormais nous n’avons plus besoin de père. Et nous n’avons plus besoin de Dieu. Puisque ‘ça’ marche tout seul ! Désormais c’est un corps inengendré qui s’auto-engendre.


Machines désirantes. Un bricolage de pièces réellement distinctes. Et qui fonctionnent comme les rêves. Ces mécaniques sont alimentées par les produits des ‘machines désirantes’. Ces machines désirantes sont là. Elles fonctionnent et nous fonctionnons avec elles. ‘Ça’ marche après que toutes les associations aient été cassées. Hétéroclites. Librement mécaniques. Comme les poulies et les bielles des machines absurdes. Telle cette machine de Tinguely où une grand-mère hilare haut perchée sur une mécanique ne cesse de pédaler, sans faire avancer l’engin, mais en actionnant une seconde structure qui scie du bois... Les machines désirantes ‘fonctionnent pour fonctionner’. Elles fonctionnent en tous sens. Aléatoires. Absurdes. A partir du ‘désir insensé’.

Ne reste que Le discours de l’inconscient. Derrière ce que dit l’homme est désormais postulé un pur dire obéissant à la stricte loi du système. Derrière la multiple variété des discours culturels ne reste que ‘le’ discours. Seul et unique. Inconscient. Impersonnel. Intemporel. Uniforme. ‘Pur langage à l’état nu’. L’infinie finitude du ‘il y a’, englobant absolu de tous nos possibles. Ce à-partir-de-quoi nous sommes, nous pensons, nous savons, mais que nous ne pouvons plus penser. Existant depuis toujours avec la massive solidité d’une chose. Ça parle. Ça
désire. Les sciences de l’homme s’y reconnaissent sans pourtant y avoir accès.