L'englobant écosystème
Nous faisons de plus en plus l’espérience d’un impossible. Non pas pour des raisons idéologiques. Non pas pour des raisons épistémologiques. Mais pour des raisons physiques. L’expérience physique donc d’un impossible. Toutes nos euphories du ‘progrès’ se voient piégées. Puisque voilà ébranlé leur commun fondement. Puisque voilà coincé le système d’outilité exponentielle. Coincé dans la finitude incompressible de l’écosystème.
Toute vie sur terre repose sur le fonctionnement présent ou passé de l'écosystème. Grâce à son fonctionnement, les réservoirs ne sont jamais vides et permettent au système vivant de tourner en lui fournissant les réserves disponibles et utilisables. Réservoirs des éléments de la vie (spécialement les six éléments de base que sont C, H, O, N, S, et P). Réservoirs de l'atmosphère (N2, O2, SO2, CO2). Réservoirs de l'hydrosphère (ions solubles). Réservoirs de la biomasse (molécules organiques). Réservoirs des sédiments (sels cristallisés, carbonates, nitrates, sulfates, phosphates). D'autre part, grâce aux cycles biologiques — cycle de l'azote, cycle du souffre, cycle du phosphore, etc. — les éléments se trouvent continuellement recyclés et régénérés.
L'ensemble de l'écosystème fonctionne comme une merveille d'ingéniosité. Ainsi, par exemple, la concentration importante dans les océans d'ions carbonates permet de maintenir constante dans l'atmosphère la concentration de gaz carbonique, matière première de fabrication, par photosynthèse, de matière organique. Mais combien d'autres exemples ne pourrait-on citer ? L'écosystème dans son ensemble est ouvert par rapport à l'énergie et clos par rapport aux éléments matériels. C'est dire qu'il fonctionne avec une quantité finie de possibilités matérielles. L'écosystème doit équilibrer son bilan.
Entre source chaude de l'énergie résiduelle du `Bige Bang' et puits froid du `Fond noir' de l'espace il y a une différence de potentiel. C'est cette différence de potentiel fait fonctionner l'écosystème.
A l'entrée, il y a l'énergie reçue (soleil, gravité, énergie interne du globe). A la sortie, il y a l'énergie dégradée en chaleur irrécupérable. Entre les deux, l'énergie utilisée. Les processus géologiques, biologiques et climatologiques fonctionnent dans l'interaction systémique de l'atmosphère, de l'hydrosphère, de la lithosphère et de la biosphère. Le flux d'énergie est irréversible mais inépuisable. Par contre, les éléments chimiques sont en nombre fini et leur recyclage est limité par le temps. Le recyclage est la base du fonctionnement de l'écosystème et de la régulation de son équilibre. Grâce à ce principe d'économie une quantité finie de matière est destinée à un renouvellement indéfini et à une créativité sans fin. En d'autres termes, l'écosystème s'interdit toute `folie'.
N'est-il pas remarquable, par exemple, comment se répartit cette `économie' entre les différentes sortes de vivants que sont les producteurs, les consommateurs et les décomposeurs ? Les producteurs fabriquent de la matière vivante grâce à la photosynthèse (énergie radiante du soleil + CO2). Ils fournissent aliments et oxygène aux consommateurs et en reçoivent des éléments minéraux et du CO2.
Les consommateurs — au premier degré, c'est-à-dire les herbivores et au second degré, c'est-à-dire les carnivores — vivent par oxydation des produits des producteurs et dégagent de la chaleur irrécupérable. Les décomposeurs sont des micro-organismes au rôle écologique essentiel; ce sont en effet eux qui recyclent les éléments minéraux des déchets aussi bien des consommateurs que des producteurs, pour les rendre aux producteurs. Les boucles se bouclent en bouclant la grande boucle de la production-consommation de matière vivante...
L'énergie est utilisée jusqu'à la dernière `miette'. De la matière élaborée, rien n'est perdu ! La biosphère (producteurs-consommateurs-décomposeurs) fonctionne en interaction avec les grands réservoirs dynamiques que sont l'atmosphère, l'hydrosphère et la lithosphère. La régulation interactive entre les différentes `sphères' est d'une incroyable complexité. Les régulateurs jouent à des rythmes très variables. Les grands réservoirs limitent les variations brusques grâce à leur `effet tampon'. Tout concourt à l'équilibre homéostatique du système.