Insouciants des limites

Les ‘Lumières’ étaient singulièrement aveugles sur les limites ! L’homme schizoïde se croyait sorcier; il n’était qu’apprenti. Il s’est illusionné sur l’infini. Se voulant maître et possesseur du
tout de la nature, il en vint à ne plus distinguer entre englobant et englobé, perdant ainsi la nécessaire différence entre l’intérieur et l’extérieur. Il ne voyait plus que les limites intérieures à dépasser et effectivement dépassables. Il ne voyait pas les limites extérieures, celles, indépassables, de son englobant. Bref, il ne voyait pas de limite aux possibles prouesses de son système d’outilité exponentielle. Jusqu’au moment où la réalité rappelle à ce système qu’il n’est qu’englobé et qu’il va se trouver coincé dans son englobant écosystème.

L’approche statique, c’est-à-dire non-systémique, des économistes classiques avait longtemps occulté l’essentielle ‘ouverture’ de ce système. C’est précisément sa ‘clôture’ qui permettait la montée de l’idéologie progressiste fondée sur un
fonctionnement en autonomie du système tournant par lui-même et pour lui-même, dans l’euphorie de son infinie exponentialité, producteur d’abondance sans limites.

Il s’agit là de la plus gigantesque illusion de la modernité. C’est la force des
faits qui sape ses fallacieuses certitudes. Et c’est l’approche systémique qui dévoile pourquoi les faits ont raison. Car le système n’est pas ‘clos’ mais ‘ouvert’. Ouvert sur un englobant qui n’est pas illimité. Et cette incontournable limite le coince du côté de son exponentialité.

Ce système
ouvert ne vit que par échange avec un plus englobant que lui-même. Il reçoit du dehors et rejette vers le dehors. Il ne fonctionne qu’entre une différence de potentiel. Entre une ‘source chaude’ et un ‘puits froid’. Source chaude de l’information, de l’énergie et de la matière. Puits froid des déchets et de l’entropie. En tant qu’exponentiel il est de plus en plus gourmand à l’entrée et de plus en plus prolixe à la sortie !

Or les possibilités à l’entrée et à la sortie ne sont pas infinies. Elles sont inexorablement limitées. Limitées par un
système plus englobant qui est lui-même réfractaire à l’exponentialité à savoir l’écosystème. Il y a une terrible contradiction entre l’exponentialité du système d’outilité et l’homéostasie de son englobant écosystème.

Combien de temps encore l’espérance orpheline se laissera-t-elle porter par une stupide fuite en avant ? Il y a une pathétique inadéquation entre les nécessaires
limites de l’englobant et le refus des limites
de notre système d’outilité exponentielle ! Qu’ils soient de droite ou de gauche, les discours progressistes ne fonctionnent tous qu’en embrayage direct sur l’articulation de l’outil exponentiel. Ils se trouvent désormais face à de déchirantes révisions ! Ce discours bien-portant de l’homme (bourgeois) bien-portant ne charrie qu’un optimisme trompeur. Le ‘progrès’, avatar d’une ‘transcendance’ immanentisée, matérialiste et athée, est en train de rejoindre le cimetière des illusions perdues. Trois siècles à peine après ses premiers balbutiements !