Articulation et signification
La science, par exemple, témoigne de cette aventure historique du logos se déployant diachroniquement à la fois en continuité et en rupture selon les évolutions et les révolutions épistémologiques. Synchroniquement cette aventure du logos révèle des processus constants et universels de l’esprit humain. L’esprit humain est aventureux. Il s’engage sur des cheminements de plus en plus osés. L’esprit humain est curieux. Il poursuit à l’infini sa quête de nouveauté. Mais l’esprit humain est aussi soucieux de cohérence. Il est mal à l’aise devant le désordre et la contradiction. L’esprit humain est aussi avide de constituer un savoir. Il cherche une adaptation de plus en plus précise entre lui-même et le réel en vue de construire une représentation de plus en plus adéquate de la totalité pour comprendre, prévoir et agir.
Curiosité et aventure d’une part; rigueur et ordre constructif d’autre part. Il y a là une tension qui, pour être fructueuse, doit devenir dynamiquement complémentaire. La connaissance scientifique qui se prolonge en praxis technicienne ne peut procéder que dans la synthèse de cette antinomie.

Deux dimensions caractérisent la démarche de l’esprit humain: le processus articulatoire et la visée significatrice. Le premier articule son objet selon la structuralité nécessaire de la cohérence d’un système qui tend vers la clôture. La seconde est créatrice de significations dans l’ouverture du sens. Concrètement ces dimensions se distinguent comme deux polarités divergentes. Elles sont interactivement et dialectiquement complémentaires. Pourtant telle ou telle activité de l’esprit privilégie plutôt l’une ou l’autre, la science, par exemple, plutôt le logos articulant, la philosophie, plutôt le logos signifiant.