L’infinie articulation des signes

Si la libre création des signes traduit la libération du projet humain par rapport au monde des objets et des besoins immédiats, elle ouvre aussi une possibilité indéfinie d’articulation des signes. Pourquoi l’humanité a-t-elle adopté ce mode contre nature ? C’est le seul qui puisse effectivement déployer un infini. Seul le signe arbitraire est universellement ouvert à une infinie disponibilité. Seul, il est clos en sa parfaite stabilité et fixité. C’est cette ouverture et cette clôture qui le rendent combinable. Combinable avec un maximum d’économie. Et utilisable universellement. Si, en effet, le signe n’était qu’ouverture d’une possibilité de reprise du monde à un autre niveau, et, partant, dans une indéfinie équivocité, il n’y aurait encore qu’une vaste superstructure, richement originale certes, mais encombrante.

Le signe ne devient réellement outil, utilisable, maniable pour un projet de signification, que par sa possibilité d’articulation. Or cette possibilité est archéologiquement contemporaine du surgissement du spécifique humain. Si la signification est capacité de reprendre un monde, elle est surtout capacité d’en disposer et, à partir de là, de créer la nouveauté d’un monde. Grâce, essentiellement, à l’articulation de liens nouveaux. Face à l’être-là des choses données-ensemble surgit l’acte d’une subjectivité qui fait être les choses à partir de soi et, par là, les construit, objets, pour eux-mêmes. L’articulation du signe est d’abord articulation d’une matérialité.