Les transcendances de substitution

La vraie transcendance étant évacuée, on se donne les `Ersatz' qu'on peut. Tant il est vrai que l'homme n'est homme que dans le dépassement. Aujourd'hui cette `transcendance' — plutôt `transcendantalité' — joue essentiellement en immanence. Et de mille façons, visibles ou invisibles. Elle se retrouve dans la fuite en avant de la croissance pour la croissance qu'on appelle `progrès'. On la rencontre à travers la démesure de nos projets d'aménagement et la hardiesse de nos constructions. Elle n'est pas absente de la compétitivité dans la recherche ou l'industrie. Elle stimule les concours. La chasse à tous les sens du mot ne serait pas sans elle. Elle habite l'orgie et le sexe débridé. C'est elle qui fait battre des records. Les courses à la nouveauté s'en nourrissent. Elle se cache derrière l'évasion dans les drogues. Elle anime les esthétiques de l'immédiat infini. Sans elle il n'y aurait pas de compétition sportive. On peut la soupçonner même derrière les plénitudes nihilistes, les ivresses du néant ou plus simplement le plaisir de transgresser l'interdit.

L'homme est un animal irréductiblement sacralisateur. Notre monde, bien qu'allergique à la transcendance, ne peut pas ne pas cultiver son `sacré'. Ce `religieux sauvage', en rupture de ban et en roue libre, foisonne. Il se cache et se dévoile en même temps sous mille avatars. Les formes les plus sortables de cette religion en immanence prennent l'habit sécularisé pour, à l'instar des fêtes chrétiennes, marquer les grandes étapes de l'existence comme la naissance, la jeunesse, le mariage, le décès. Et puis prolifèrent les mysticismes eux aussi `sauvages', des plus discrets aux plus extravagants. Pendant ce temps le vrai sacré se voit profané. On vole dans les églises pas moins qu'ailleurs