Nous avons péché contre l'écosystème du sens

Nous nous voulions maîtres et possesseurs du système total lui-même. Maîtres et possesseurs de toute sa différence de potentiel. Maîtres et possesseurs de toute son énergie spirituelle créatrice. Maîtres et possesseurs de sa source chaude et de son puits froid. Maîtres et possesseurs non seulement de notre possible englobé mais aussi de notre impossible englobant.


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Nous avons péché contre l'Ouvert

Le péché le plus grave contre l'écosystème du sens est de nier son essentielle
ouverture. Nous avons cru pouvoir le faire fonctionner en clôture, comme une simple mécanique, crispé sur lui-même, bouclé en schizoïde autonomie auto productrice. Nous nous voulions maîtres et possesseurs du système total lui-même. Bien plus, maîtres et possesseurs aussi de sa source chaude et de son puits froid. Maîtres et possesseurs donc de toute sa différence de potentiel, c'est-à-dire de toute son énergie spirituelle créatrice.

Nous nous sommes mis à boucler en
clôture notre espace d'humanité. Nous avons cru pouvoir faire fonctionner exponentiellement nos possibilités dans l'enfermement de notre schizoïde autonomie, bouclant en un gigantesque feed back les sorties de notre système sur ses entrées. Nous avons oublié l’essentielle ouverture de tout système vivant. L’écosystème du sens encore pluus que tous les autres. Obnubilés par nos prouesses et béats devant nos aménagements intérieurs nous avons oublié qu’il y a un ‘dehors’ de notre caverne. Insouciants des lois de l'énergie et de l'incontournable entropie de tout système clos. Comment, par exemple, faire fonctionner exponentiellement une dynamique infinie – le `progrès', tels que nous l'imaginions – à l'intérieur d'un espace fini ?

Nous pensions nos horizons illimités. Nous avons cru que, sans l'Autre, tout était possible. Nous avons déclaré `indépassable' l'horizon de nos idéologies. Mais la forêt n'est-elle pas justement l'horizon indépassable du chimpanzé ? Nous n'avons pas fini de mesurer l'étroitesse de notre pensée et des petites lueurs de nos lumignons que nous prenions pour les `Lumières'. Nous avons oublié l'essentielle ouverture de tout système vivant. L'écosystème du sens encore plus que tous les autres. Obnubilés par nos prouesses et béats devant nos aménagements intérieurs nous avons oublié qu'il y a un `dehors' de notre caverne.

Ce n'est que pour un temps seulement que le système fermé peut ainsi se donner l'illusion de tourner quand même. Parce que les élans se prolongent par inertie cinétique. Parce que les réservoirs ne sont pas encore vides. Parce qu'il reste les prophètes et les témoins d'ailleurs. Mais inexorablement joue l'entropie. Mortelle.

Nous avons péché contre la Source

Un monde qui méprise les nappes phréatiques de ses sources en vient vite à être condamné à boire l’eau de ses citernes frelatées.

Nous avons cru garder la divine démesure en refusant sa source, l’Alliance, qui lui donne sens. A l’homme schizoïde devenu ’suprême’ revient maintenant la tâche surhumaine d’inventer inlassablement l’homme ! Mais où commencer et où s’arrêter entre la belle ’idée’ de l’Homme et le ‘réel’ de l’humain trop humain ? Comment l’homme va-t-il se trouver une généalogie ? Comment va-t-il pouvoir se refaire une virginité ? A quelle source va-t-il puiser le sens ?

Nous pensions nos horizons illimités. Nous avons cru que, sans l’Autre, tout était possible. Nous avons déclaré ‘indépassable’ l’horizon de nos idéologies.
Mais la forêt n’est-elle pas justement l’horizon indépassable du chimpanzé ? Nous n’avons pas fini de mesurer l’étroitesse de notre pensée et des petites lueurs de nos lumignons que nous prenions pour les ‘Lumières’.

Nous avons péché contre la Source chaude et le Puits froid. Insouciants des lois de l’énergie et de l’incontournable entropie de tout système clos. Comment, par exemple, faire fonctionner exponentiellement une dynamique
infinie – le ‘progrès’, tels que nous l’imaginions – à l’intérieur d’un espace fini ?

Nous avons péché contre le Verbe qui nous engendre humains

C'est aux antipodes d'une crise possible que ‘le’ Discours s'était mis à fonctionner en autonomie. Depuis ses premiers balbutiements nominalistes, à travers ses jubilations renaissantes, jusqu'à sa puissance et sa gloire, ce n'était qu'euphorique certitude de croissance et de progrès à l'infini.

Nouveau logos anthropogène, substitut schizoïde à la Parole, il s'est cru, comme elle, créateur d'humanité. Et plus qu'elle, créateur de sur-humanité.

Car il n'y a d'homme que par un verbe qui le dit et par lequel il se dit en humanité. Et ce verbe, ultimement, archéologiquement, ne peut avoir que deux origines, soit le dialogue, soit le monologue. Le dialogue commence avec la Parole de l'Autre. Le monologue débute avec le Discours de Même.

Le Discours de la modernité, à sa racine, est décision du second terme de l'alternative. Décision de schizoïde autonomie anthropocentrique. Cela fonctionne parfaitement bien, nous l'avons vu, dès le départ, et même, par la suite, de mieux en mieux. Et cela semblait devoir fonctionner de mieux en mieux jusqu'à l'infini!