Signifier
L’irruption de la différence que représente le monde spécifiquement humain par rapport et par opposition au monde naturel de l’animal est d’emblée sous le signe du signe. Si cela n’était pas... Mais déjà cela ne peut pas ne pas être ! Cette page ne reste pas blanche. Des signes s’y tracent. Et ces signes sont lisibles. Ils ont sens dans une communauté de sens, dans un vouloir partagé de signifier.
D’abord est le geste qui fait ‘signe’. Dès qu’est donnée la possibilité de faire signe, s’ouvre un infini. L’infini de la parole.
L’animal ne possède pas de fonction signifiante. Seul l’homme en dispose. Une possibilité spécifique qui vient d’une faim et d’une soif absolument nouvelle au sein de la nature. Quelque chose comme un éros métaphorique au sens premier et plénier du terme. Un infini désir de dépasser toutes les limites pour ‘poser plus loin’. Cet éros ouvre l’espace d’un questionnement infini. Un espace où le sens ad-vient.
Le sens... proprement indéfinissable puisque toute définition le présuppose et n’est là que pour de délimiter. Le sens est à la fois origine et fin de la fonction signifiante. Il l’englobe et la déborde. Comme la main englobe et déborde l’outil. Le sens est l’acte de la signification ouverte à la création indéfinie.

Deux dimensions caractérisent la démarche de l’esprit humain: le processus articulatoire et la visée significatrice. Le premier articule son objet selon la structuralité nécessaire de la cohérence d’un système qui tend vers la clôture. La seconde est créatrice de significations dans l’ouverture du sens. Concrètement ces dimensions se distinguent comme deux polarités divergentes. Elles sont interactivement et dialectiquement complémentaires. Pourtant telle ou telle activité de l’esprit privilégie plutôt l’une ou l’autre, la science, par exemple, plutôt le logos articulant, la philosophie, plutôt le logos signifiant.