L'autre ordre

 

 

Où est l’esprit ? L’esprit est là où il n’est pas. Non pas dans un plein mais dans un vide. Un vide qui traverse le plein.

La réalité spirituelle

L’esprit est
ouvert. Il ne se laisse pas enfermer. Aussi finit-il toujours par trouver l’issue de la caverne. L’esprit est distance. Il ne ‘colle’ pas mais ‘décolle’. L’esprit est entre. Entre les compacités matérielles, les solidités corporelles, les nécessités structurales. L’esprit sait lire entre les lignes. Non pas là où c’est écrit noir sur blanc mais là où c’est blanc sur noir.

L’esprit est
différence. Il décrypte l’autre moitié symbolique du monde. L’esprit relativise. Il rend à l’absolu ce qui appartient à l’absolu.

L’esprit
dis-tingue. Entre le visible et l’invisible, le fini et l’infini, le même et l’autre. L’esprit dis-cerne. Inlassablement critique et critique de la critique à l’infini.

L’esprit est
étonnement. Il ne cesse de vibrer à l’unisson avec le mystère. L’esprit est question. Il va de béance en béance en ne cessant de ‘creuser’. L’esprit est humour. Il sait cultiver la distance de soi-même à soi-même.

Mystère de pauvreté


Un mystère qui nous fait peur. Et comment ne le ferait-il pas à nous qui avons appris, depuis Descartes, que notre possible est appelé à ‘devenir maître et possesseur’ ?

Depuis leur récente naissance, les sciences dites ‘humaines’ n’ont pas oublié cet impératif. Il faut à tout prix se rendre ‘maître et possesseur’ de l’
humain. Dès lors les nouveaux ‘propriétaires’ de l’humain n’ont de cesse d’accumuler une masse de consistances positivistes.

Mais peut-on jamais devenir propriétaire d’autre chose que de l’
avoir ? L’être échappe aux Harpagon de l’humain. Et avec lui la béance du mystère. Il ne leur reste que des ‘positivités’ unidimensionnelles. Et finalement du manipulable et du commercialisable...

L’homme, aujourd’hui, ne semble plus pouvoir se comprendre autrement qu’en bouclant la boucle sur son immanence. Celui qui jusque là était aussi citoyen d’ailleurs perd son statut d’exterritorialité. Cet animal de l’embranchement des vertébrés et de la classe des mammifères, apparu évolutivement dans l’histoire naturelle de la vie, n’est plus marqué de l’intouchable mystère sacral. Ramené dans les strictes limites de la nature, l’homme risque de n’être plus qu’un ‘animal’ relevant de la simple
biologie.

Il s'agit pourtant d'un animal
différent qui crie sa différence à travers le vaste règne des vivants. Cette différence on est tenté de la chercher du côté d’un ‘plus’. L’homme serait un animal ‘plus’ quelque chose. Ce ‘plus’ ne pouvant être que de l’ordre des réalités naturalistes.

Un tel 'plus', cependant, se révèle singulièrement inopérant, incapable de combler notre radicale pauvreté face à un
autre ordre qui nous dépasse ?

Béance


Quelle est donc cette ‘réalité’ spécifique de l’esprit ? Est-elle simplement ‘virtuelle’, un peu comme dans l’ ‘idéalisme’ bouddhiste où l’esprit, au fond, se réduit à la non-substance d’une sorte d’état de conscience ?

L’esprit est
béance. Il n’a ni matière ni dimensions spatio-temporelles. Est-ce à dire qu’il est sans ‘substance’ ? Un épiphénomène ? Une illusion ? Un faux-semblant ? Une simple idéalité conceptuelle ?

Les monismes matérialistes ne peuvent que refuser toute ‘réalité’ propre à l’esprit. Si, en effet, le réel est d’un seul ordre, à savoir l’ordre matériel, quelle place pourrait-il rester à l’esprit ? Celui-ci, en effet, n’est pas de l’ordre de la matière. Sa réalité doit être cherchée du côté d’un radical autre ordre.


 





A l’encontre des approches monistes du ‘réel’, il faut revenir à la
dialectique et voir le réel total en tension entre polarités contraires qui s’affrontent. L’esprit est ainsi l’autre qui provoque le même vers son dépassement. Non pas ‘ce que’ substantiel mais acte dynamique.

Pour provoquer ‘réellement’ et efficacement le
même de la nature comme le fait cet autre que nous appelons esprit, il faut bien que cet ‘autre’ ait une ‘réalité’ au moins aussi pertinente. Or cette réalité s’impose avec puissance. Le grand ‘protestant’ au cœur de l‘homo animalis ne peut pas être simplement idéel. Il ne s’oppose pas simplement comme une idée qui contredit une autre idée, mais sa protestation transforme ‘réellement’ du ‘réel’. Sa contradiction n’est pas simplement logique mais ‘réellement’ efficace.

Cette contradiction et cette protestance agissent comme une ‘réalité’ dans les profondeurs du ‘physique’ de l’homme. L’esprit s’expérimente comme puissance de domination de l’homo animalis. Cette énergie s’impose aussi fort, souvent même plus fort, que celle du corps. Sa force est capable de se faire ‘violence’. Le sacrifice, par exemple, d’un Père Maximilien Kolbe à Auschwitz, en témoigne.

Cette dynamique ‘réelle’ est celle d’un ‘je’. La puissance d’une ‘réalité’
personnelle qui résiste à la ‘chosification’ et ‘veut’ d’une volonté qui peut être plus forte que la vie et que la mort. J’expérimente en moi l’esprit non seulement comme une résistance, mais comme un résistant.

L'esprit dit NON

L’esprit, le grand 'Alter' antagoniste, dit ‘non’. ‘Protestant’ au cœur de l’
homo animalis. L’homme ne devient homme qu’à travers cette protestance.

Le surgissement du non au sein de l’inconditionnel ‘oui’ de la nature à elle-même représente une fissure qui va s’élargissant en gigantesque faille. La distance se creuse entre. Entre immédiat et différé, entre présent et passé, entre présent et futur, entre le désir et son effectuation, entre le même et l’autre, entre l’apparaître et l’être, entre la présence et l’absence, entre ce qui est et ce qui doit être... Et dans cette distance s’ouvre un espace nouveau et s’instaure la possibilité d’un monde nouveau. Celui de la culture. Avec la possibilité de ce non est donnée, nouvelle nature, la possibilité de l’homme non pas d’abord comme substantif mais comme verbe actif. Hominiser. Humaniser.


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Tout est donné en ce ‘non’. Tout reste à conquérir et à se déployer. Progressivement. Dialectiquement. Si le ‘même’ jamais ne dit non à lui-même, jamais rien d’ ‘autre’ ne sera. S’il refuse de s’ouvrir à l’autre, de l’affronter, de le traverser, il ne restera éternellement que lui-même. Clos en soi. Piégé, fût-ce en sa perfection. C’est la faille qui le sauve de lui-même. C’est la béance qui l’ouvre à l’autre possible. C’est sa vulnérabilité qui lui donne chance d’altérité.

S’ouvrir à l’autre et l’étreindre. Mourir dans cette étreinte pour surgir nouveau. Et ne se boucler pas sur ce nouveau même. Mais encore s’ouvrir. Affronter encore l’autre. Et l’autre de l’autre. Infiniment.

L’esprit, l’esprit de l’homme, dit ‘non’. Il ne peut pas le dire à partir de lui-même. Peut-il le dire sans l’Esprit ?


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L'esprit est là où il n’est pas. Il n'est pas dans un
plein mais dans un vide. Un vide qui traverse un plein. L'esprit est béance. Il ne se ‘définit’ pas. N’est jamais définissable que le ‘ce que’ d’une essence substantielle. Mais le ‘ce que’ de l’esprit demeure évanescent. Il reste le ‘que’ béant de l’acte de son surgissement.

La dynamique du ‘non’


La ‘dialectique’ au sens moderne du mot signifie conquête de positivité à travers la négativité. D’un plein, quel qu’il soit, clos dans sa plénitude, jamais rien d’autre ne peut surgir. La nouveauté autre n’est possible qu’à travers un vide béant au cœur de ce plein. Si le ‘même’ n’est pas éclaté par l’ ‘autre’, il ne reste que lui-même et jamais rien d’autre ne sera. La traversée de la différence est accroissement. L’affrontement d’altérité enrichit. A travers la distance une plus authentique proximité se gagne. C’est à travers la rupture qu’advient la plénitude. C’est en surmontant une opposition que la position se consolide. C’est dans son passage à travers la négation que l’affirmation accède à sa vérité.
 


L'esprit dit non et prend du recul

Il n’y a pas de discernement sans refus. L’esprit est ce qui en l’homme dit non. Ce qui prend ses distances. Ce qui s’ouvre dans la différence. L’esprit est là où les massives compacités naturelles se fissurent et s’ouvrent en béance.

La pensée porte le 'non' au cœur du 'oui' naturel. La pensée ouvre un espace où se dis-tend la compacité naturelle pour faire advenir et instaurer à travers la dis-cursivité le logos et dans cette dis-tance un texte nouveau, un monde nouveau.

Alors que l’animal ne fait jamais que composer avec le donné naturel, l’homme, lui, dis-pose de la nature. L’homme dispose de la nature par une maîtrise qui implique une prise de distance par rapport à elle. Ainsi, une dynamique autre fait irruption dans la nature, s’en différencie, pour la reprendre, hors d’elle, au-dessus d’elle, dans l’autre. Cette dynamique est la pensée.

Contre tous les naturalismes, contre tous les psychologismes, contre tous les pragmatismes, la pensée rend témoignage à elle-même qu’elle est moins et plus qu’une fonction simplement vitale. Qu’elle est autre que tout ce que nous avons en partage avec l’animal. Qu’elle est différente d’un simple ajustement pragmatique au monde tel qu’il est, en vue de sa meilleure utilisation possible. Qu’au-delà de sa continuité avec la nature, elle est engagement dans un mouvement d’incessant dépassement, exode vers l’autre.

La pensée est surtout acte critique. Elle s’affirme comme autonomie au cœur de cette affirmation hétéronome qu’est la nature en tant que simple donné. Et cette affirmation s’affirme en même temps comme désaccord, comme protestation, comme refus. Par exemple, ne penser le vrai pour rien d’autre que pour le vrai, même si cela me fait mal, même si cela m’est désavantageux, même si je dois penser contre tous les autres ! La pensée est acte révolutionnaire. Acte instaurateur de distance et dans cette distance d’un espace différent. Désormais deux mondes se côtoient et se juxtaposent. Le monde tel qu’il est dans son simple être-là. L’autre monde, d’un autre ordre, avec d’autres valeurs, qui se déploie, articulant des significations, signifiant des articulations, à travers les esprits des hommes et les fait communier dans la parole. Le chemin de la critique est in-fini. 

A travers une distance

Ce qui en l’homme porte le
non au cœur du oui naturel, c'est l'esprit. L'esprit dis-cerne. C'est-à-dire, étymologiquement, qu'il fait sauter des verrous. Ouvrant un espace où se dis-tend la compacité naturelle pour faire advenir à travers la dis-tance un texte nouveau, un monde nouveau. Il y a donc un espace spécifique de l'humain.


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Nous ne parlerions pas si nous étions
pleins. Nous ne parlerions pas si nous n’étions que ce que nous sommes. L’animal est trop plein d’animalité et de lui-même pour pouvoir parler. L’in-différence ne parle pas. La parole commence avec la distance et avec la différence.

La parole commence avec le
refus. La nature ne peut que se dire inconditionnellement ‘oui’ à elle-même. C’est le ‘non’ qui ouvre la possibilité du logos. Ensuite, un infini se donne à travers ce ‘non’.

La pensée est essentiellement acte
critique. Elle commence par dis-cerner. C’est-à-dire par refuser les limites et les enfermements. “Tout était mêlé, dit Anaxagore, mais vint l’entendement qui sépara tout pour le mettre en ordre.” Au Livre de la Genèse, c’est l’Esprit qui plane sur le tohu-bohu... Pour séparer. Pour créer. C’est ainsi que le logos se fait poïète - créateur - d’infinie nouveauté.

A l’encontre de tous les naturalismes, la pensée rend témoignage à elle-même qu’elle est
moins et plus qu’une fonction simplement vitale. Qu’elle est autre que tout ce que nous avons en partage avec la simple animalité et différente d’un simple ajustement pragmatique au monde tel qu’il est, en vue de sa meilleure utilisation possible. Au-delà de sa continuité avec la nature la pensée est infini exode. Vers l’autre.

Quelque chose en l’homme refuse les limites. Quelque chose en l’homme exige l’autre. Cette rupture affecte tout le possible humain. Dès lors toutes les polarités humaines se constituent antithétiquement. L’homme ouvre un espace de la différence et s’y ouvre. Il faut au spécifique humain cette traversée de la différence pour que l’autre puisse être. Et l’autre de l’autre. A l’infini.


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La pensée est essentiellement acte
critique. Elle commence par dis-cerner, c’est-à-dire par décompacter la massive solidité du monde, c'est-à-dire par crier 'non' à l'indistincte confusion. Tout était mêlé, dit Anaxagore, mais vint l’entendement qui sépara tout pour le mettre en ordre. C'est le souffle vivant de l'Esprit qui, au Livre de la Genèse, plane sur le tohu-bohu primordial pour séparer. Se faisant logos poïète. Créateur.

A travers un corps

Coupez le cerveau en aussi petites portions que vous voulez, jamais vous ne trouverez l’organe de la pensée ! Vous ne trouverez probablement que le ‘support’ matériel de l’esprit, quelque chose comme sa ‘béquille’. L’esprit, lui, est
ailleurs. Il est partout et nulle part en même temps. Il surgit dans la ‘béance’ des réalités simplement biologiques. Il est ‘entre’. Il est ‘à travers’. A travers le cerveau. A travers le corps. A travers tout le corps.


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A travers le corps. Mais pas hors du corps. Qu’est, en effet, l’esprit sans le corps ? Penser ne va pas sans fatigue ni sans retentissement corporel. La pensée peut rendre le corps malade comme le corps malade peut la perturber. L’esprit
s’expérimente physiquement. L’activité spirituelle est vécue et sentie à travers la corporéité. Aussi l’esprit ne s’expérimente-t-il pas autrement que comme esprit incarné.

Le corps, tout le corps, est ainsi comme l’
instrument de l’esprit. Un instrument polyvalent incroyablement expressif. Le corps vibre à l’unisson de l’esprit. C’est à travers le corps que l’esprit chante, sourit, accueille ou se retire. C’est à travers le corps que l’esprit se fait savant ou technicien, capable de scruter la matière et de la transformer.


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L’esprit traverse le corps
verticalement. Par lui le corps, médiateur entre l’horizontalité et la verticalité, expérimente sa béance et son ‘ouverture’ sur autre chose que lui-même. Par lui le corps vit sa transcendance. Jusqu’où ne vont pas ses profondeurs ? Jusqu’où ne vont pas ses hauteurs ?

Quand je dis ‘je’... Puis-je être ‘je’ sans corps ? Puis-je m’identifier sans mon corps ? Que suis-
je sans mon corps ? Nous n’avons aucune expérience d’un ‘je’ sans corps. Je peux à la limite me concevoir avec un corps seulement virtuel, mais ce corps virtuel n’est pas sans mon corps réel ! L’esprit est concrètement là où je dis ‘je’. La ‘personne’ que je suis s’identifie avec le retentissement vertical de l’esprit à travers MON corps-propre.

Séparer le
corps et l’âme relève d’une problématique païenne. Pour l’approche judéo-chrétienne, dans la Bible, l’homme est fondamentalement un. Jamais l’homme n’est envisagé sans corps. Il n’est jamais question d’immortalité mais de résurrection. Et même de résurrection de la chair, signifiant le nouveau surgissement créationnel de tout l’homme, corps et esprit. Etrange animal spirituel que l’homme. Et combien merveilleux...

L’esprit inter-vient
 
L’esprit n’est pas ‘dans’. Il n’est pas non plus ‘autour’. Il est ‘à travers’. Les innombrables efforts, inlassablement réitérés, de trouver à l’esprit un ‘siège’, un ‘centre’, un ‘organe’ ou une circonvolution d’organe, se sont tous soldés par un échec. Pourrait-il en être autrement ? L’esprit n’est pas un ‘objet’ logeable. L’esprit est une dynamique qui traverse l’humain de part en part. Sans doute faut-il ajouter: une dynamique irrécupérable.


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Pourquoi chercher l’esprit là où il ne peut pas être, là où il serait en contradiction avec lui-même, c’est-à-dire du côté de la ‘matière’ ? Si par impossible on lui trouvait un ‘lieu’ déterminé à l’intérieur de la réalité biologique, ce ne serait sûrement pas là l’esprit.

L’esprit ne traverse pas seulement les corps. Le champ qu’il traverse est large comme l’esprit lui-même. Traversée des particularités vers l’universalité. Traversée de la confusion vers la clarté. Traversée de la subjectivité vers l’objectivité. Traversée de la dispersion vers l’unité. Traversée de l’incohérence vers la cohérence. Traversée de la complication vers la simplicité. Traversée de l’absurde vers le sens. Traversée de l’in-différence vers la différence...

L’esprit est béance qui ne peut être appréhendée qu’en béance. Une plénitude vide. Un vide plein. Proprement insaisissable. Il n’est nulle part en particulier. Il agit partout en même temps.



Néguentropie

L'esprit humain – le 'système' spirituel tel qu'il fonctionne dans son incarnation dans la réalité humaine – n'échappe pas à la 'nécessité' naturelle qui est celle de tout système. Il est soumis à l'
entropie.

L’
entropie affecte le temps d’un indice de dégradation, de dispersion et de mort. Tout effort de création et de développement se paye en entropie. Aucun système ne peut se régénérer dans sa clôture. L’ensemble de notre univers considéré comme un super-système clos va progressivement se désorganisant jusqu’à sa mort inéluctable. Clausius l’étendra à l’ensemble de l’univers considéré comme un super-système clos qui va, progressivement, se désorganisant jusqu’à sa mort inéluctable.

L’entropie est ‘naturelle’ descente. N’y a-t-il pas de ‘remontée’ ? Pour désigner une telle contrepartie de l’entropie on a forgé le concept de '
néguentropie'. Celle-ci, cependant, contrairement à l’entropie, ne va pas de soi. Elle est
tâche laborieuse.


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Paresse... Oublis... Asthénies... Lâchetés... Démissions... L'entropie guette universellement. Aussi l'urgence néguentropique de l'esprit humain est-elle infinie. Restera toujours, cependant, l'incontournable question: quelle est la
Source chaude capable de faire face à tant d'entropie ? 

Originaire Source chaude


L’Esprit est là avant que tu puisses avoir la moindre idée. Comme le soleil est là avant le premier germe de vie sur terre. Source chaude. Un processus énergétique n’a lieu qu’entre une ‘source chaude’ et un ‘puits froid’. Il faut cette différence de potentiel. La source chaude de tes énergies spirituelles, c’est l’Esprit de Dieu. Tu peux ignorer ta source chaude. Elle, elle ne t’ignore pas. Sous peine de mort !

Pourquoi, alors que les corps sont multiples et divers, alors que les expériences sont indéfiniment variées à travers l’espace et le temps, alors que les goûts et les désirs prennent mille tournures, oui, pourquoi les ‘esprits’, tous les esprits, sont-ils en si grande communion, même derrière des désaccords de surface, avec un essentiel constituant ? D’où peuvent venir à notre esprit ses extraordinaires possibilités ? D’où lui vient la fondamentale insatisfaction devant ce qui n’est pas éternel et infini ? D’où lui vient son fondamental besoin de chercher toujours en avant de lui-même ? D’où lui viennent ses élans de générosité ?

Toutes les philosophies du monde balbutient autour de ce mystère. Les réponses qu’elles peuvent donner restent trop souvent prisonnières des tautologies. Là où notre esprit est incapable de rendre raison de lui-même nous savons, par don d’intelligence, par Révélation, d’où il vient et d’où lui viennent ses merveilleuses possibilités. Du Souffle divin qui lui insuffle vie depuis les origines en créant l’homme à son image et à sa ressemblance.

Tu peux dès lors revenir dans la caverne. Tu n’y seras plus comme auparavant. A présent tu sais. L’Esprit, trouble-fête des évidences cavernales, t’inspire une autre parole. Tu seras prophète.