Tu ne te prosterneras pas



Prosternement


Se mettre 'à plat ventre'... Les expressions vulgaires disent à leur manière l'applatissement de l'altérité. Chaque fois que la liberté démissionne. 

Pourquoi se prosterne-t-on ? Les raisons épuisent tous les registres des sept péchés capitaux. Sacrifier au 'consensus'. Manquer de courage devant ses convictions. Sauver ses intérêts. Se mettre du bon côté du mime. Trouver bonne conscience dans ce qui est convenu. Endosser la psychologie du larbin. L'énumération pourrait être sans fin.



Tu ne te prosterneras pas. Telle est pourtant l'originaire urgence face au Prince de ce monde.

Les idoles
 
Idole –
Eidôlon  la petite 'idée' fabriquée par l’intellect. Ayant rompu l'Alliance avec le Dieu vivant et s'étant constitué en autonomie schizoïde, il ne reste à la modernité que d'adorer les produits de son propre génie. C'est-à-dire ses représentations les plus séduisantes, toutes filles de l'idéalisme si spécifique des temps modernes.


 



Il reste à l'animal sacralisateur qu'est l'homme la panthéiste sacralisation des 'valeurs' schizologiques avec leur cortège de Majuscules ! Et le culte des idoles. Et la floraison des 'ismes'. Et les 'Maîtres Penseurs'. Le soupçon à l'infini. Le soupçon du soupçon ne mérite-t-il pas son autel ? Mécanismes de défense toujours. Avec le mensonge. Et le retour du refoulé sous mille avatars. Le grand enfermement dans les 'systèmes' totalitaires. Ultimes refuges du salut. Ile d'Utopia... Ou Archipel du Goulag ? "Horizon indépassable" ? Mais la forêt n'est-elle pas l'horizon indépassable du chimpanzé ?

Idéologies


Idéologie. Un système d'idée. Il se noue autour d'une 'idée' – une 'idole' – qui prend une pertinence spéciale à une époque donnée pour s'imposer et imprégner l'esprit du temps. A chaque grande période historique préside une idéologie dominante. La modernité occidentale a été largement dominée – et le reste encore – par l'idéologie progressiste.


Progressisme

Qu’est le ‘progrès’, dogme central de la croyance dominante ? Essentiellement une courbe exponentielle de croissance le long du temps historique. Quelle croissance ? Toutes les euphories ‘progressistes’ partent d’une réponse unanime: c’est le possible de l’homme qui croît. Et tout le possible de l’homme !

Le 'progressisme – qu'il soit de 'droite' ou de 'gauche' – est une reprise militante des acquis de la modernité. Comme idéologie. Idéologie optimiste. Quasi-religion du salut par la science pour le ‘progrès’. Une grande ‘foi’, un peu naïve cependant, qui croit que désormais vertu et science s’embrassent en vue du bonheur croissant de l’homme. Grâce au progrès des ‘Lumières’.

Idéologie essentiellement ‘bourgeoise’. Un certain type d’homme. Presqu’un archétype d’homme. L’homme ‘bien portant’. L’homme animé du souffle de la bien-portance. Jusque dans ses dimensions ontologiques. Bien-portant, bien-porté et bien-porteur ! Porteur d’une espérance nouvelle. Investi d’une mission.

Déploiement de l’idéologie du progressisme en dehors de laquelle, désormais, il n’est plus de salut. En dehors de laquelle il n’est plus de bonne conscience !

Il faut à cette idéologie une toile de fond qui la valorise par contraste. Un antagoniste dans la lutte avec lequel les valeurs affirmées se donnent contenance par antilogie et prennent consistance par affirmation polémique. Le ‘pour’ se grossissant de l’investissement du ‘contre’. La militance devenant créatrice de valeur par effet de militance.

Derrière les valeurs affirmées il y a la valeur valorisante d’une ‘lutte’ qui valorise par antithèse. Fondamentalement, dans l’expulsion d’un référent transcendant, peut-il en être autrement ? S’il est vrai qu’il ne peut y avoir de valeur que dans la distance, comment valoriser en l’absence de la Distance, celle de l’Autre, sinon en mettant en place un mécanisme fabricateur de distance ? Mécanisme psychologique plus ou moins inconscient finalement très simple et qu’utilisent depuis toujours les manichéismes multiformes.

Ce qui est éclairant c’est qu’à partir de là, les valeurs schizoïdes se nourrissent massivement grâce à un tel mécanisme. En plus complexe. Car il se dynamise par l’expulsion du bouc émissaire et surtout par la volonté meurtrière de supprimer le Père. Toute ‘bonne conscience’ ne pouvant plus être, désormais, que du côté des parricides.

Ce siècle mécréant a une ‘foi’ illimitée en les ‘Lumières’ de la Raison et une certitude absolue que rien ne résistera à sa conquête triomphante. En ce siècle qui revendique pour lui-même les ‘lumières’. La modernité se fait messianique. Le siècle précédent portait le souci des limites du possible de l’homme en autonomie. Désormais c’est un vaste champ qui semble s’ouvrir à l’infini. Illimité. Mais encombré de zones d’ombre et bordé de franges obscures.

Idéologie de l’homme producteur-consommateur

Elle est mêmement partagée quelle que soit la coloration. C’est l’idéologie de l’homme recréé à l’image et à la ressemblance de l’outil exponentiel et réduit à sa dimension économique. Il s’agit de cette idéologie matérialiste et athée telle que commercialisée par la bourgeoisie ‘éclairée’ en même temps qu’elle mettait en place le système d’outilité exponentielle. Un même mirage, celui de conquérir l’opulence. La poursuite d’un même objet à savoir la production. Une même confusion des moyens et des fins. Un même mobile fondamental qui est l’intérêt. Une même conception de la justice, l’équitable capacité à consommer. Une même préoccupation, c’est-à-dire de ne pas entraver la dynamique de l’outil, dut-elle être – provisoirement ? – source d’injustice.

En tant que tel, le système d’outilité exponentielle n’a qu’une seule et même façon de fonctionner. En d’autres termes, il n’est pas fondamentalement aménageable. Il est capitaliste par essence. Il est impérialiste par essence ! Quels que soient ses propriétaires ou ses régulateurs, variables selon le libéralisme ou le socialisme. Propriété privée ou bien étatisée ? Autorégulation naturelle ou bien intervention volontariste ?



Nouvelle espérance

Substitut de l’Espérance chrétienne, la nouvelle espérance moderne se dit ‘Progrès’. Avec une Majuscule. Elle déborde largement le fait du progrès pour se faire
idéologie. Et même idéologie dominante.

La croyance au progrès est la croyance cardinale de la modernité. Que durant des siècles la seule forme de mécréance que ne tolère pas la modernité soit justement celle qui met en question cette foi au progrès prouve bien où s’est réfugié le croyable disponible de l’homme moderne.

Nouvelle ‘foi’. Nouvelle ‘religion’. L’euphorie se fait messianique. Voici l’
eschatologie athée. La volonté meurtrière de supprimer le Père n’est pas absente des audaces des fils conjurés. Ne fallait-il pas le tuer, ce Père judéo-chrétien, pour que puissent être revendiquées et récupérées, souvent sous dénomination différente, ses valeurs pour la seule euphorie de l’homme en clôture ‘séculière’ ? Et c’est du côté des parricides que se noue désormais la ‘bonne conscience’ sans laquelle il n’est plus de sortabilité.

Désormais vertu et science veulent s’embrasser en vue de l’euphorie croissante dans l’immensité de la caverne aménagée. Vertu et science. Matériel et spirituel. Savoir et conscience. Techniques et culture. Arts et morale. Politique et économique... Bref,
tout le possible humain. Pour être le porteur de l’espérance nouvelle il fallait un type d’homme nouveau. Qui d’autre pouvait se sentir investi d’une telle mission sinon, d’abord, l’homme ‘bien-portant’ ? L’homme bien-portant qui va nourrir l’envie et le rêve de ‘bien-portance’ d’un nombre croissant d’êtres humains. L’homme ‘bourgeois’. Il fallait à ce nouveau discours bien-portant de l’homme bien-portant une possibilité concrète de se réaliser. Cette possibilité fut donnée à travers une série de révolutions industrielles et scientifiques.

Idéologie auto-justifiante de la schizoïdie

Le Discours en tautologie. Comme le reflet du 'plein' qui évacue les béances et les questions impossibles...

Lorsque le ‘progrès’ accumulatif et conquérant du savoir, de l’avoir et du pouvoir s’identifie au progrès moral. Lorsque vertu, science et richesse s’embrassent en vue du bonheur de l’homme. Discours bien-portant de l’homme bien-portant. Discours élitiste où le ‘peuple’ - résonateur obligé de sa fausse universalité - se retrouve plus justifiant que justifié.

Cet âge est plein de trop de certitudes et de trop peu de questions et d’étonnements. Son ironie l’empêche d’avoir l’humour. Il prend peu de temps pour méditer sur la mort ou sur les négativités, et encore moins sur le péché...

Ce discours bien-portant de l’homme bien-portant s’appuie sur le système d’outilité exponentielle mis en place grâce à la première révolution industrielle. Système fabricateur d’opulence et inducteur de progrès. Tout ce système matériel et idéologique fonctionne dans l’illusion d’un ‘absolu’ et d’un infini possible. En tant que ‘matériel’, il a besoin de la justification idéologique du matérialisme. En tant qu’idéologie, il a besoin de l’autonomie athée.

Mais n’est-il pas admis désormais qu’on peut mentir et qu’il restera toujours quelque chose ?


Naïf optimisme

Il faut relire et relire encore la profession de foi d’un Trostsky, inébranlablement sûr des lendemains marxistes qui allaient chanter au rythme croissant du Progrès infini.
Nous n’avons pas la moindre raison scientifique d’assigner par avance des limites... Il n’y a donc pas la moindre raison scientifique d’en douter !

L’euphorie marxiste se déploie dans cet
illimité. De la propédeutique du stade ‘socialiste’ à l’accomplissement du stade ‘communiste’, règne une double certitude absolue. Celle du progrès infini de l’abondance. Celle du progrès infini de l’éducabilité humaine.

Nous savons aujourd'hui que le progrès est piégé
POUR DES RAISONS SCIENTIFIQUES !

Les ‘Lumières’ étaient singulièrement
aveugles sur les limites ! L’homme schizoïde se croyait sorcier; il n’était qu’apprenti. Il s’est illusionné sur l’infini. Se voulant maître et possesseur du tout de la nature, il en vint à ne plus distinguer entre englobant et englobé, perdant ainsi la nécessaire différence entre l’intérieur et l’extérieur. Il ne voyait plus que les limites intérieures à dépasser et effectivement dépassables. Il ne voyait pas les limites extérieures, celles, réfractaires au dépassement, de son englobant. Bref, il ne voyait pas de limite aux possibles prouesses de son système d’outilité exponentielle. Jusqu’au moment où la réalité rappelle à ce système qu’il n’est qu’englobé et qu’il va se trouver coincé dans son englobant écosystème.

Rien ne semblait ébranler la foi naïvement optimiste des ‘Lumières’ qui continuait à éclairer jusqu’à les aveugler les
maîtres et possesseurs de la dynamique exponentielle de l’outil industriel en cette première moitié du dix-neuvième siècle. L’idéologie du ‘Progrès’ alliée à la ‘bonne conscience’ bourgeoise ne cessait de célébrer un culte frénétique au rendement de l’outil.

Fuite en avant

Où le fils prodigue va-t-il essayer de chercher son salut ? Loin de la maison du Père, clochard des plénitudes perdues, il lui reste à errer d’insatisfaction en insatisfaction, trouvant son bonheur dans la poursuite des mirages. C’est avec un religieux respect qu’il se met à appeler ‘Progrès’ la sacralisation de cette fuite en avant.

Discours dominant


Derrière l’infini du dire qui surabonde dans chaque espace culturel se tient
un Discours aux prétentions totalitaires. Le Discours dominant. Un Discours derrière les discours. Le grand ‘souffleur’ de nos mises en scène. L’esprit du temps. C’est lui qui dicte ce qui est sortable et ce qui ne l’est pas, ce qui est ‘correct’ et ce qui ne l’est pas. Il ne s’explicite que très rarement et pourtant il est omniprésent. Le non-dit est son expression habituelle. Le ‘on’ est son empire. Il ne prolifère que derrière les démissions personnelles. Les medias lui fournissent l’orchestration et lui assurent l’amplification et la résonance. L’Audimat le dynamise.

Le discours dominant délimite l’
horizon indépassable de la caverne. Il en exprime la logique la plus pertinente. il en constitue la forme suprême de ‘bonne conscience’. C’est dans sa logique qu’on réussit aux jeux et concours de la caverne. Les enfants de la caverne sont plus malins que les enfants de lumière... La foi chrétienne ne peut avoir que l’air ridicule dans la caverne. Elle est l’éternelle perdante aux jeux et concours de la caverne. Qu’a-t-elle d’intéressant à produire pour amuser les cavernicoles ? N’est-elle pas leur inlassable trouble-fête et leur ‘mauvaise conscience’ ? Mais peut-il en être autrement pour une foi qui ne peut qu’être fondamental refus de toute caverne ?


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Le Discours ainsi bouclé sur lui-même et bouclant sa propre exponentialité sur elle-même se met à fonctionner en clôture systémique avec feed back de rétroaction positive qui ne cesse d’emballer ce même Discours et lui donne l’illusion d’une indéfinie autocréativité.

En fait, cependant, se coupant de plus en plus de la source chaude de l’
autre de lui-même et épuisant de plus en plus vite ses réserves d’énergie spirituelle historiquement accumulées, il se nourrit de plus en plus de ses propres déchets qu’il n’a même plus le temps de recycler et va jusqu’à se complaire dans l’absurde et l’étrange de sa propre entropie. Quelque chose comme un ‘stade anal’ d’autiste coprophagie... Vaste déploiement de la sophistique de la caverne, voici le grand discours tautologique, auto-producteur de sens et auto-justificateur de lui-même. Régisseur d'une infinité de discours schizophrènes qui, dans leur différence, ne disent pourtant fondamentalement que le même.

La prolifération tautologique se dote de médiations – les ‘media’ justement ! – utiles pour sans cesse lancer et relancer sa propre exponentialité. En embrayage direct sur le système d’outilité exponentielle. Et trouvant dans cette exponentialité même sa propre consistance.

Le Discours produit de plus en plus de discours qui prennent valeur par leur consommation même. Car cette production mercenaire de discours n’est que par le consommateur qui lui-même n’est que par son conditionnement. Par sondages interposés, un ‘public’ conditionné conditionne la croissance de son propre conditionnement. Un discours ‘lancé sur le marché’ peut ainsi faire ‘boule de neige’ à condition que le bruit publicitaire soit instantanément intense et que la ‘cible’ ait des réflexes suffisamment conditionnés. Une fois l’impact du processus assuré, le déferlement quantitatif consacre la qualité qui, à son tour relance la quantité. Dans la logique du feed back tautologique la boulimie s’entretient avec la même frénésie. Avalant des forêts de pâte à papier et saturant les ondes.



L'horizon indépassable...

L'expression est de Jean-Paul Sartre, mais l'idée était dans (presque) toutes les têtes. Il s'agit du
marxisme qui occupait alors largement le champ intellectuel et nourrissait le Discours des Maîtres penseurs du temps. Tout le monde se mettait à humer goulûment l'air du temps. Personne ne voulait rater le train de l'histoire et rester en marge du messianisme des temps modernes. Comment ne pas communier à l'alliance enfin célébrée entre ceux qui pensent et ceux qui travaillent ? Quintessence de la `modernité', le marxisme s'identifie alors à l'espérance tout court. L'espérance au-delà de laquelle aucune espérance ne pouvait plus jamais trouver de place. L'horizon indépassable de notre modernité.

Le Discours dominant prend corps dans l’écho que lui renvoie l’horizon indépassable de la caverne.






Condamné à tourner en rond

Il s’agit du ‘Discours’ lui-même qui fait notre culture, c’est-à-dire la parole cratrice d’humanité. Le Discours ainsi bouclé sur lui-même se met à fonctionner en clôture. En rupture avec le dialogue à la fois théologique, ontologique et axiologique avec l’Autre, sans quoi aucune culture n’a jamais réussi à fonctionner longtemps sans courir à sa perte. Vaste déploiement d’un monologue de l’immanence avec elle-même. Finalement, gigantesque tautologie tournant sur elle-même totalitairement.

Le grand
discours tautologique, auto-producteur de sens et auto-justificateur de lui-même. Une tautologie résonnante dans la ‘caverne’. Elle doit se trouver une généalogie, une virginité et une innocence. Vaste déploiement de la sophistique cavernale. Nouvelle Babel ? Une infinité de discours schizophrènes qui, dans leur différence, ne disent pourtant que le même.

La parole devenue folle

Folle comme une roue qui ne cesse de tourner ayant perdu son `embrayage'. Toute crise est toujours en même temps crise de la parole. C'est-à-dire de la signification. Très profondément une crise du sens total. Alors les hommes ont beau construire la plus merveilleuse des tours. Ils ne se comprennent plus. La parole est livrée à l'équivoque. Parce que le sens éclate. Parce qu'ils ne boivent plus à la même source du sens. La plus belle des tours ne peut être que vouée à la ruine !

Ce que parler ne veut plus dire. Lorsque les référentiels glissent en immanence et que les valeurs se reprennent dans la courbure anthropocentrique. Lorsque la Parole de Dieu ne transcende plus ce possible et ne lui confère plus sa norme. Lorsque la vérité tout entière est livrée au seul possible de l'homme. Reste le `Discours Dominant'. Avec ses `Maîtres penseurs'. Et les camps de concentration pour les pauvres libertés rebelles.


Ainsi fonctionne le Discours tautologique dans la clôture et en stricte finitude. Mettant entre parenthèses l’essentiel. Entre parenthèses: la vérité, le Sens, les Valeurs. Entre parenthèses: le fondement. Entre parenthèses: l’archè et le télos. Le cercle vicieux des effets et des causes. Mais comment faire autrement puisque toute signifiance veut s’autoproduire en autonomie ?

L’ultime critère devient la non-contradiction à l’intérieur de la bulle. Inflation des signes et des signifiés... Prolifération de signes enflés et gonflés de vide... Polysémie où n’importe quoi signifie à la limite n’importe quoi... Tautologique auto-production du signe par le référent et du référent par le signe... Relativité...

Le péché contre notre parole – la parole anthropogène – est identiquement péché contre l'Esprit. Un péché contre la
vérité de notre condition humaine. Ce péché se confond avec le péché du monde. C'est, en effet, par péché que la nature se constitue en autonomie opposée à la grâce. Lorsqu'elle se boucle sur elle-même et qu'elle résiste à sa transparence. Lorsqu'elle refuse de se laisser transfigurer par la gloire des enfants de Dieu qui doit se révéler à travers elle. Lorsque l'humain se laisse prendre aux mirages de l'originel tentateur. Rompez la grande Alliance. Prenez votre autonomie. Bouclez votre monde sur lui-même. Devenez `maîtres et possesseurs' de vos possibles. “Vous serez comme des dieux !”. L'histoire, depuis, ne cesse de se le répéter à elle-même. Et cette redondance donne la clé de bien des mystères de notre état.

Maîtres penseurs


La 'bonne' conscience se donne très facilement. Il suffit d’obéir bêtement aux Maîtres penseurs du temps. Quelle démangeaison de courir après des maîtres de pacotille !

Nous perdons le sens au point de nous complaire dans le sens insensé. Voyez nos ‘Maîtres Penseurs’ qui se battent à occuper si verbeusement l’avant-scène de notre caverne... Il y a les trompettistes des prétendus ‘lendemains qui chantent’ et qui ne font que déchanter ! Il y a les vertueux dénonciateurs de l’opium du peuple dont le peuple, bien vite, se met à dénoncer l’opium ! Il y a les sentencieux qui prennent la myopie de leurs visions pour le dernier mot de l’histoire. Il y a les petits esprits qui ne doutent pas des ‘horizons indépassables’ de leurs étroitesses. Il y a les éboueurs des ‘poubelles de l’histoire’ qui ne finissent pas de vider les poubelles. Il y a les charlatans habiles à vous déclarer malades de complexes mythiques pour vous vendre leurs placebos. Il y a les coprophages...




Livré aux maîtres du soupçon... Quelle image de soi peut bien avoir l'enfant prodigue en essayant de se mirer dans les flaques troubles de son enclos ? Voici quelques reflets de lui-même que lui renvoient les Maîtres du soupçon. Cela prend des formes aiguës au tournant de notre siècle. Après le divin, voici l'humain soupçonné. Dans ses hauteurs et dans ses profondeurs.

Au moment même où l'homme a cru boucler la boucle de sa propre divinité, déjà se lèvent les `maîtres penseurs' du soupçon. Les maîtres penseurs du soupçon n'ont pas fini d'annoncer la `mort de Dieu' que déjà les maîtres penseurs de l'absurde proclament la `mort de l'homme'...

Quelle valeur a l'eau lorsqu'elle surabonde ? Elle peut prendre un prix infini lorsque tu es perdu dans le désert. Nous n'avons pas fini de traverser notre désert spirituel. Pour étancher nos soifs essentielles nous risquons de ne plus trouver que les puits obstrués et les sources polluées par nos maîtres penseurs. Pourtant elles doivent bien exister ces “sources d'eau jaillissantes pour la vie éternelle” !

L'enclos suscite les `maîtres penseurs' à sa mesure. C'est-à-dire lucides seulement jusqu'à l'
horizon indépassable de la clôture. Lorsque manque le sens qui donne sens toutes les logorrhées sont possibles. Il suffit de discourir... Courir de ci, de là. Mais, attention, pas au-delà des limites de l'enclos. On court ainsi jusqu'à l'étourdissement face aux questions essentielles.

Clochards des insignifiances


Nous nous voulions
maîtres et possesseurs du système total lui-même. Maîtres et possesseurs de toute sa différence de potentiel. Maîtres et possesseurs de toute son énergie spirituelle créatrice. Maîtres et possesseurs de sa source chaude et de son puits froid. Maîtres et possesseurs non seulement de notre possible englobé mais aussi de notre impossible englobant.

Nous qui, désertant la maison du Père, nous voulions maîtres de l’universel, nous nous sommes retrouvés clochards des insignifiances. Jusqu’où faudra-t-il traîner nos faméliques illusions pour, à nouveau, être touchés par la nostalgie des espaces paternels ? D’abord, sans doute, lui faut-il trouver le chemin de l’
anamnèse. Et le cri profond de la nostalgie.