Incertitude et risque



Y a-t-il un sens à notre aventure humaine ?


La question du sens de notre aventure est compromise avec notre aventure elle-même. Elle ne peut pas évacuer celle du sens de l’homme. Non pas le sens de l’homme idéal du futur mais de l’homme concret qui décide de soi dans le maintenant. L’histoire est lourde de
signification. Elle est lourde du poids de la décision de l’humain. à travers incertitude et risque.

La Parole de Dieu elle-même, au long de toute la révélation biblique, ne prend signification qu'à travers l'aventure humaine. En même temps elle signifie l'humain en vérité.

L'aventure historique livre un sens très profond de la condition humaine en chemin. En exode. A travers incertitude et risque. Cet homme qui jamais n’est simplement mais qui a à exister. Dans l’ouvert de sa liberté. Dans l’ouvert de sa personnalité. Dans l’ouvert de sa destinée. Dans l’ouvert à l’imprévisible. Dans l’ouvert à l’Autre. Dans l’ouvert à Dieu. L’exaltant risque humain à courir... Exaltant et angoissant !

Au risque de l’histoire

La catégorie d’histoire n’est pas moins essentielle dans la Bible que celle de création. Rien n'est avant l'acte créateur sinon l’acte lui-même. L’acte créateur est le premier acte historique. Il est commencement de l’histoire. A partir de lui, l’être surgit dans l’histoire. A partir de lui, l’être s’identifie à l’histoire. Non seulement durant les six premiers jours...

L’acte créateur fait surgir l’être dans l’ouvert. Avec tout ce que cela implique. Le cosmos, dès lors, n’est plus pensable qu’en gestation et en création continue et permanente. Il est en route, Il est
en exode. livré à l’aventure et au risque. Il connaît les ratés aussi bien que les miracles. L’être, désormais, lutte pour l’être. A travers l’imprévisible, les défis, les essais et les ratés. Il ne subsiste qu’à travers une militance.

Au risque de l’histoire, le Créateur lui-même, tel qu’il se révèle à travers une aventure historique et tel qu’il se manifeste dans la Bible.



L’ouvert

La nouveauté judéo-chrétienne brise les cycles de la fatalité et ouvre le temps en avant de lui-même. Elle libère l'histoire du fatum de l'éternel retour. Le cercle s’ouvre en vecteur. Alpha et Oméga ne se rejoignent plus que sur un autre plan. L'histoire est ouverte à sa transcendance et à son eschatologie. L’impossible lui-même est possible. Rien n'est jamais joué définitivement. Il n’existe pas d’impasse sans issue. Au creux de la catastrophe le prophète sait encore crier l'espérance.

Aventure et risque

Avec l’émergence de l’histoire, l’homme perd ses assises sécuritaires et son optimisme ontologique. Désormais il est livré à l’aventure et au risque. La sécurité profonde de la logique de l’éternel cycle des choses est rompue. Le temps se met à exister et à mordre. L’homme se découvre situé dans la contingence. Il n'est plus soumis au destin aveugle et nécessaire, mais renvoyé à la responsabilité de sa destinée. L’aventure s’ouvre à l’infini. Et cette ouverture ne peut pas ne pas être en même temps déchirure. Ouverture d’un espace qui n’est plus de nécessité mais de liberté où chaque moment devient irréversiblement décisif. Souvent tragiquement décisif. L’homme n’est plus simple parcelle de la nécessité cosmique. Il est, comme Dieu, liberté créatrice. La démesure lui est ouverte comme grâce ou comme péché. Rien n'est jamais joué. Tout reste à jouer. Dans l'in-fini d'une aventure. Le grand risque humain à courir...




En exode

L’homme veut devenir ’maître et possesseur’ de son avenir encore plus que de la nature ! Le projet d'un Vico, c’est-à-dire le rêve d'une ’Science Nouvelle’ cherchant "à fixer les lois éternelles dont dépend le destin de toutes les nations", reste sans doute pour toujours utopie. Ou bien la logique est là et l’histoire n’est pas. Ou bien l’histoire est là et la logique n’est pas. Il est impossible d’étreindre ensemble la liberté historique et la nécessité logique. Or toute philosophie de l’histoire retombe comme ’naturellement’, fatalement, dans le cercle. Elle se boucle dans la clôture du cycle de l’éternel retour. Dans la mesure où elle se veut logique ! La logique l’entraîne dans sa propre cyclicité. Et par là même nie son historicité. Car l’histoire refuse le cycle. Elle ne peut pas ne pas rester infiniment ouverte.

La raison joue comme une sorte de gigantesque mécanisme de défense contre la temporalité. Elle ne cesse de vouloir ramener le temps ’à la raison’, c’est-à-dire dans le cycle harmonieux de la nécessité et de la sécurité. Le temps vrai, cependant, ne se laisse pas enfermer. Il est temps de la liberté, de l’aventure et du risque.

Quel sens l’histoire peut-elle nous livrer ? Dans l’impossibilité d’assigner une ’fin’ à l’histoire, l’homme doit
opter pour une signification de l’histoire. La signification du temps historique coïncide avec la signification de l’homme, entre sens et non-sens non pas dans une ’historicité’ abstraite, mais dans l’actualité concrète. La signification de l’histoire ne se trouve pas dans la ‘longueur du temps’ mais dans l’actualité du maintenant et de l’urgence qui le traverse verticalement. Chaque maintenant est un concret absolu qui prend son authenticité en se relativisant devant l’abstraction de l’Histoire avec une majuscule. Le présent est décisif. Il a sens et consistance en lui-même. Il ne doit donc pas se liquéfier dans la projection d’un futur hypothétique. Mais chaque présent ne peut avoir sens et consistance en lui-même et pour lui-même que lorsqu’il est ouvert sur une ‘autre’ dimension. Le prophète n’est pas celui qui à la manière d’un Nostradamus ‘redit’ la suite de l’histoire, mais celui qui ouvre
le maintenant à de nouvelles perspectives et à l’urgence de la décision.

Le sens de notre aventure est lui-même en exode

La question du sens de notre aventure est compromise avec notre aventure. Elle ne peut pas évacuer celle du sens de l'homme. Non pas le sens de l'homme idéal du futur mais de l'homme concret qui décide de soi dans le maintenant. Elle est lourde du poids de la décision de l’humain à travers incertitude et risque. L’exaltant et angoissant risque humain à courir...


L’aventure embarque l’homme du côté de la déraison. La raison de notre aventure, en effet, n'est pas dans la ‘raison’ mais justement dans l'aventure elle-même qui crucifie la raison. Chance pour l’authentique humain qui ne se trouve jamais autant lui-même qu’en étant ex-posé hors de lui-même.


Nous sommes irréversiblement embarqués. Nous sommes embarqués au milieude notre aventure et non pas en-dehors d'elle. Cette aventure existentielle est perpétuellement inachevée et reste perpétuellement ouverte.

L'homme peut-il devenir 'maïtre et possesseur' de l'histoire ?

Lorsque Dieu ne doit plus être l'englobant absolu de la totalité il faut bien trouver ailleurs des substituts totalisateurs. Les fascismes s'en chargent. Tous les fascismes du monde, qu'ils soient de gauche ou de droite, non seulement veulent s'ériger en 'maîtres et possesseurs' de l'humain dans toutes ses dimensions mais aussi, au-delà, du destin et de la destinée de l'ensemble de l'humanité. Devenir 'maîtres et possesseurs' de l'Histoire.

Quelles sont les chances d'une telle hybris ? Il arrive à la 'raison à cheval' de galoper du côté de la Bérésina ou de Waterloo. Le prétendu 'empire millénaire' se tire très vite une balle dans la tête dans un Bunker de Berlin. Les lendemains supposés chanter à l'infini se meurent dans le Goulag et déchantent lamentablement. 





Nous ne totalisons jamais qu’entre Alpha et Oméga

Nous sommes embarqués “au milieu” de l’histoire. Si grandes soient-elles, nos totalisations ne sont jamais que des ’bulles’ flottantes sur des béances. Nous ne disposons pas de l’avenir. A peine disposons-nous du présent. Quant au passé, il ne s’agit jamais que d’un ‘certain’ passé. Et ce morceau de passé ne prend compréhension que dans et à travers un présent. Parce que nous ne sommes pas éternels la saisie absolue de l’histoire, dans quel sens elle va, quelle est sa ‘fin’, reste à jamais hors de notre emprise. L’histoire que nous vivons est perpétuellement inachevée et reste perpétuellement ouverte.


Cette impossibilité n’est limite que pour la raison. Elle est chance pour le décisif humain qui ne se trouve jamais autant lui-même qu’en étant
ex-posé hors de lui-même. Et c’est l’histoire qui ex-pose à cette décision. En ouvrant l’impossible. Si l’histoire est si profondément énigmatique c’est qu’elle n’est pas étrangère au mystère qu’est l’homme lui-même. Nous découvrons alors sinon un nouveau sens de l’histoire, du moins un sens très profond de la condition humaine en chemin, à travers incertitude et risque
.

Destin et dessein

Le destin nous sert d'alibi. Ses certitudes, son ‘sens’, se cherchent dans l’
horizontalité des faits et des événements. Les déraisons de l'existence trouvent ainsi leurs raisons. Le dessein nous engage. Son sens n’est pas à chercher sur la ligne horizontale de la succession simplement événementielle mais se trouve dans cette autre dimension qui la traverse verticalement. Lorsque derrière le 'hasard' se profile en pointillé l'autre. Mais celui-ci peut-il se donner hors d'une Alliance et sans le risque d'une lecture où il se découvre ?

Le grand risque humain à courir

Avec l’émergence de l’histoire, l’homme perd ses assises sécuritaires et son optimisme ontologique. Désormais il est livré à l’aventure et au risque. La sécurité profonde de la logique de l’éternel cycle des choses est rompue. Le temps se met à exister et à mordre. L’homme se découvre situé dans la contingence. Il n’est plus soumis au destin aveugle et nécessaire, mais renvoyé à la responsabilité de sa destinée. L’aventure s’ouvre à l’infini. Et cette ouverture ne peut pas ne pas être en même temps déchirure. Ouverture d’un espace qui n’est plus de nécessité mais de liberté où chaque moment devient irréversiblement décisif. Souvent tragiquement décisif. L’homme n’est plus simple parcelle de la nécessité cosmique. Il est, comme Dieu, liberté créatrice. La démesure lui est ouverte comme grâce ou comme péché. Rien n’est jamais joué. Tout reste à jouer. Dans l’infini d’une aventure. Le grand risque humain à courir...

L’histoire rompt le cycle des sécurités et ex-pose dans un
exode infini. Cette aventure ne peut être que profondément traumatisante. Avec l’émergence de l’histoire l’homme perd ses assises sécuritaires et son optimisme ontologique. Il n’est plus simple parcelle couvée de la nécessité cosmique. La profonde sécurité de l’éternel cycle des choses est brisée. Le temps se met à exister et à mordre. Il n’est plus soumis au destin aveugle et nécessaire, mais renvoyé à la responsabilité de sa destinée. L’homme se découvre situé dans la contingence et, partant, dans les urgences. Il ne peut plus vivre que dangereusement. Rien n’est jamais joué une fois pour toutes. Tout reste toujours à jouer. Désormais il est livré à l’aventure infinie. La démesure lui est ouverte comme grâce ou comme péché. Il se découvre, comme Dieu, liberté créatrice. Exaltant. En même temps infiniment inquiétant. Comment, lancé en une telle folle aventure, l’homme ne serait-il pas pris de vertige et d’angoisse ? Le tentation peut devenir grande. Et si on se réconciliait avec l’éternel retour ?


Le sens de l'aventure humaine est en béance

Béant sur un ‘ailleurs’. Béant sur une éternité. Béant sur un autre ordre. Béant sur un ‘pourquoi’ infini. Béant sur un exode incessant. Béant sur une gratuité absolue. Le sens est d’autant plus en béance qu’il est plus englobant et plus constituant. L’extrême sens est extrême béance. L’absence de Dieu en témoigne.

La maison du sens n’accueille que des vivants
béants. Les autres ne peuvent que rester dehors. L’animal est rejeton de la plénitude du donné naturel. Il n’en est pas ainsi de la spécificité humaine. Celle-ci relève d’un radical autre ordre, l’ordre des esprits, qui n’est pas enfant du plein mais fils du vide.

L’homme est un animal béant. Il n’a de cesse de
boucher ses béances. Tout son effort technico-scientifique, par exemple, va dans ce sens. En même temps il les creuse. La foi ne cesse de le faire.



A travers la rupture


Paradoxale intelligibilité de l’homme tellement en continuité avec le ‘donné’ naturel et qui pourtant ne devient réellement compréhensible qu’en rupture avec lui. L’intelligibilité naturaliste qui se veut être en stricte continuité avec la nature peut avoir raison à 99%. Le stupéfiant c’est le un pour cent restant.

La condition humaine ne se boucle pas en continuité avec ce qui est donné naturellement. La condition humaine est très profondément une condition pascale. L’homme ne devient homme véritablement qu’à travers... Rupture. Exode. Traversée. L’homme n’accède à la plénitude qu’en traversant les pénibles et souvent douloureux espaces de la différence et de la négativité.

L’homme est l’être en exode qui risque l’
autre dans l’incessante négation du même. Libérant la différence. Etreignant la différence. Dépassant la différence. Si le même jamais ne dit non à lui-même, jamais rien d’autre ne sera. Il ne peut que rester éternellement lui-même, clos en soi, piégé, fut-ce en sa perfection, s’il refuse de s’ouvrir à l’autre, de l’affronter, de se laisser traverser par lui. C’est la faille qui le sauve de lui-même et l’ouvre à l’autre possible. C’est sa vulnérabilité qui lui donne sa chance d’infini. S’ouvrir à l’autre et l’étreindre. Mourir dans cette étreinte pour surgir nouveau. Et ne se boucler pas sur ce nouveau même. Mais encore s’ouvrir. Affronter encore l’autre. Et l’autre de l’autre. Infiniment.



La logique de la traversée

Une logique apparemment illogique. Un affront à la logique simplement logique. Elle s’appelle ‘dialectique’. Il ne faut pas la confondre avec ses sous-produits. Avant même que le mot, en son sens moderne, n’ait encore droit de cité dans l’espace mental occidental, la réalité est là, vigoureuse, encore libre de toute prison idéologique. Pas encore constituée en mode de pensée et d’explication, mais déjà constituante d’une extraordinaire dynamique de l’être. Avant d’être loi de l’esprit, la ‘dialectique’ est d’abord très profonde loi de l’Alliance. Elle tire sa pertinence de l’expérience du mystère pascal. Rupture. Exode. Traversée vers la Terre Promise. Crucifixion. Mort qui éclate en Résurrection. La paradoxale vérité que l’essentiel advient dans le passage. Non pas en in-sistant sur le plein mais en ex-sistant à travers la béance. Que la vérité de l’homme est en avant de l’homme. Que la vérité de la condition humaine est dans sa rupture et dans son ouverture.

La dialectique est-elle fondamentalement possible ailleurs qu’en régime de grâce ? Lorsque la négativité, toute négativité, sait qu’elle n’est pas absolue, mais qu’à travers une mystérieuse gestation, elle travaille à l’enfantement de l’autre.

Qui, aujourd’hui, peut la comprendre encore dans la plénitude de ses dimensions ontologiques, alors que depuis plus de deux siècles nous l’avons ramenée à la raison de nos logiques en finitude, de nos herméneutiques qui tournent en rond et de nos clôtures schizoïdes ? Elle était la clé de l’ouvert infini. Nous en avons fait un facile passe-partout verbal pour des serrures de pacotille. Sa force originaire, profonde, n’est pas d’abord dans l’instrumentalité logique d’un processus explicatif mais dans une irréductible réalité historiquement expérimentée et vécue, fondatrice de nouvelle humanité: la Pâque biblique.

La dialectique non châtrée est pour la transcendance. Elle traverse un monde qui résiste à l’ailleurs. Elle affronte les choses qui refusent de devenir autres que ce qu’elles sont. Elle est folle et fougueuse aventure ‘hors de’. Irréductible négation des enfermements.
Explosion de toute schizoïdie. Ouverture. Infinie Pâque de l’homme. Infinie Pâque de l’être.


 


Composantes et exposantes.

Les premières garantissent les cohérences et les harmonies. Les secondes ouvrent la démesure. La rencontre providentielle entre notre mère païenne et notre père judéo-chrétien fait s’étreindre les maternelles composantes et les paternelles exposantes.


 


Deux longues séries d’antinomies radicales dont on n’évoque ici que les axes majeurs. L’absolu ‘Je suis’ face à l’absolu ‘Il y a‘. La liberté personnelle face à la nécessité naturelle. Le dessein face au destin. L’histoire face à l’éternel retour. La Création face au Cosmos. L’infini face au fini. La démesure face à la mesure. Les extrêmes face au milieu. L’aventure et le risque face à l’harmonie et à la sécurité...


La dynamique des exposantes pro-voque du côté de l'aventure et du risque. 


Le risque n'est pas un saut dans le vide... Déjà des plénitudes nous précèdent. Bien que nous n'en disposions pas.




 


Le ‘sens’ de l’Histoire est-il pas lisible en clair dans les événements eux-mêmes ou dans leur simple déroulement empirique ? Le sens de l’Histoire transcende la phénoménalité historique. Il n’est pas dans les événements, il les traverse. Dans la tension avec une transhistoire.


 


Dieu écrit droit avec des lignes brisées
...

Telle est la folle certitude d’un Saint Augustin au creux d’une expérience historique essentiellement déconcertante.
Ainsi donc l'essentiel est écrit 'droit'. L'horizon est ouvert. Le sens est donné. La route est promise. En même temps, dans le court terme de notre quotidien, nous ne nous retrouvons le plus souvent que devant les brisures. Telle est notre condition entre incertitude et risque. Les ruptures, en effet, nous provoquent au risque de la foi. Et nous savons que nous n'existons authentiquement qu'à travers ce risque.

L'agir chrétien, de même que la foi, est ainsi exposé à l'ouverture eschatologique. Tout est déjà, d'une certaine manière, accompli. Cela n'est pas un alibi pour nous croiser les bras. Car en même temps tout ne cesse de s'accomplir au cours de notre histoire, c'est-à-dire de notre Histoire humano-divine.

Plus que jamais il faut des prophètes à notre temps. Est prophétique une Parole qui refuse l'horizon englobant du Discours Dominant. Est prophétique une Parole qui ose être dissonante dans la grande consonance résonante. Est prophétique une parole qui porte le Sens.


La foi: cette folle certitude


La foi
n’est pas ‘au bout’ d’une suite d’articulations rationnelles. On ne tombe pas sur Dieu comme sur une nouvelle formule explicative. La foi est
ouverture. Elle signifie donc la sortie de la caverne de nos évidences terre-à-terre, de nos intérêts et de nos obscurantismes.

L’évidence naturelle contraint. Procédant par ‘longues chaînes de raisons’, elle
enchaîne dans l’ordre du Même et de la nécessité. La foi rompt les nécessités. Elle appelle. Dans l’ouvert de la liberté et de la gratuité.

La foi n’est pas contenue ‘dans’ nos possibilités psychologiques ou mentales. Elle n’est pas un produit du ‘je pense’ individuel ou collectif. Elle n’est pas logeable dans un système d’idées.


La foi
n’est pas englobée. Elle est englobante. La foi n’est pas en ma possession. Je n’en dispose pas. Je suis disposé par elle.

La foi n’est pas de l’ordre du ‘
ce que’, à savoir quelque chose comme un ‘objet’ qui pourrait se laisser saisir, comprendre ou manipuler. La foi est de l’ordre du ‘que’. Elle précède toute possible saisie et toute possible compréhension. Elle ‘est’ comme l’impératif ontologique de l’acte créationnel. Non pas constituée. Mais constituante.

Le décisif de la foi est
acte. Elle engage et s’engage. Avec Agapè elle ose traverser les étendues du scandale. Pour les ouvrir en espaces de grâce.

La foi est
ouverture au don du sens

Une entrée libre dans le don gratuit du sens. En sa nudité elle est exposée à une plénitude infinie qui lui vient de l’Autre. Signifiant la
sortie de la caverne de nos évidences terre-à-terre, de nos intérêts myopes et de nos obscurantismes revêchent.


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La foi te situe d'emblée au cœur de l’extrême englobant. Tu te trouves accueilli dans la matrice de l’Absolu. Baigné d’une lumière où toute chose prend un éclairage neuf . Les ombres elles-mêmes s’expliquent.

Dès lors les questions ne sont plus absolues. Elles se posent sur fond de réponse. Même si aucune réponse explicite n’est encore livrée, le Sens de toute possible réponse est
déjà-donné.

Le Sens nous est donné

Le Sens... C'est-à-dire l’originaire Sens du sens. Il ne vient pas de nous. Il vient d’ailleurs. Il vient de l’Autre. Il nous est
donné. Ce don du Sens s’appelle, dans l’espace chrétien, la révélation. L’étymologie est parlante. Un voile se déchire. La réalité vraie se manifeste. Non pas en continuité logique avec nos préalables. Mais dans la rupture d’une radicale nouveauté. De façon purement gratuite.

Il faut sans cesse revenir aux évidences premières. L’humain est
fils de la Parole. Mais quelle parole engendre quel homme ? Une parole tautologique en résonance avec la ‘bulle’ que nous nous constituons ? Ou bien une parole venant d’ailleurs ? Lorsque l’esprit refuse ses propres limites et ses enfermements, il ne peut pas ne pas prendre le chemin de la critique et de la critique de la critique à l’infini. Il se situe ainsi dans l’Ouvert.

L’Ouvert n’est pas d’emblée accueillant ni confortable. Cela explique sans doute pourquoi ils sont si peu nombreux ceux qui s’y expatrient. C’est pourtant dans l’Ouvert que le Sens se donne. Non pas n’importe quelle signification d’agrément ou d’utilité. Mais le
Sens du sens. Et fondamentalement le Sens de la parole qui nous engendre humains.


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Le monde de l’animal ne s’étend pas très loin au-delà de son museau. L’homme n’est pas limité, comme l’animal, par l‘horizon indépassable’ de son instinct, de son ignorance ou de ses certitudes terre-à-terre. L’homme est
ouvert sur l’infini. Il ne saurait donc passer à côté de la question eschatologique. Qu’est-ce qui est ‘au-delà’ ? Qu’est-ce qui advient ‘après’ ? Après et au-delà des limites de l’espace et du temps de notre condition humaine.


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C'est l'Autre qui sauve

Le salut n'est pas dans la recherche de la plénitude de soi, ni dans la conquête du vide de cette plénitude. Car en ces recherches et en ces conquêtes n'est jamais visé que le ‘même’. La foi chrétienne ne culmine pas dans l'illumination, ni dans la béance de l'illumination, mais dans la
rencontre de l'Autre. La foi est ouverture à une présence et à une rencontre. Cette rencontre célèbre l'irruption de l'Autre qui vient par grâce. L'Autre. Et avec lui tous les autres. Ils viennent déranger.

Contre cette irruption, jouent les mille défenses païennes en quête d'un absolu immobile, pur et impassible. Mais tel n'est pas l'Absolu chrétien qui s'appelle Amour. "
La distance infinie des corps aux esprits, dit Pascal, figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité." Une distance infiniment infinie entre les plus grandes splendeurs auxquelles nous puissions par nous-mêmes accéder et la gloire qui doit se manifester en nous par grâce.



Il tient le cap

Au milieu du chahut de l’existence, d’où peut venir en toi cette sérénité ? Au creux des incertitudes du temps, d’où peut surgir en toi une plus profonde certitude ? Au bord des désespérances du monde, d’où peut sourdre en toi l’espérance ?

Même ébranlé tu ne cesses, au fin fond de ton ‘cœur’, de faire l’expérience de l’inébranlable. Balloté sur une mer en furie tu trouves toujours au plus profond de toi-même un absolu point d'ancrage. Au milieu des événements déchaînés il demeure une proximité d’imperturbable éternité et le témoin d'une présence.

Le fin fond du ‘cœur’ tient en réserve une masse de sérénité disponible. Là où toutes les autres puissances de l’être humain sont ébranlées, ce fond a, lui, la merveilleuse possibilité de tenir le cap. Comme le veilleur dans la nuit. Comme la vigie dans la tempête. Il garde sans interruption son attache à Dieu. Au plus fort de la tourmente il continue le plus simplement du monde de dire que “tout est grâce”.