X

 

CRÉATION NOUVELLE

“Voici que je fais toutes choses neuves.”



Seule la Parole de Dieu peut avoir de telles audaces. Sans doute faut-il la lucidité prophétique pour déceler dans les interstices de ce monde vieux les germes d’enfantement d’une création nouvelle.


A

Croire

▅   La nouvelle création fait surgir l'autre impossible. A travers une rupture du monde en même temps qu'à travers la rupture de nos possibilités de comprendre.

▅   Elle n’est pas ‘au bout’ d’une suite d’articulations rationnelles. La foi
est ouverture. On ne tombe pas sur Dieu comme sur une nouvelle formule explicative. La foi est ouverture au don gratuit du sens total. En sa nudité elle s'ex-pose à une plénitude infinie qui lui vient de l’Autre.

▅   Où chercher la vérité sur l'essentiel ? Ce n’est pas dans les superficies horizontales que tu la trouves. C’est uniquement à la verticale
du monde et de toi-même..

▅   La foi se trouve aux antipodes du réflexe ‘gnostique’. Toutes les gnoses
du monde cherchent essentiellement le salut dans la connaissance. C’est-à-dire dans le seul possible de l’homme connaissant. Sans don du sens venant d'ailleurs. Sans grâce.

  Très souvent la 'foi' est confondue avec la 'religion'. Il faut pourtant souligner leur fondamentale distinction tout en n'oubliant pas que 'distinguer' ne veut pas forcément dire ‘séparer’. Un rapport dialectique existe en effet entre foi et religion
et ce rapport n'est pas sans tension.

▅   Partir... Rompre avec le monde et ses idoles. Rompre avec l’humain trop humain. Rompre avec les évidences trop faciles. Rompre avec la tradition. Rompre avec le ‘vieil homme’... La foi est d’emblée sous le signe de la rupture.


▅   Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob... Notre Dieu n'est d'abord ni l'Un, ni l'Inconnu, ni l'Inconnaissable, ni l'Abîme, ni le Vide, ni le Néant. Il est absolu ‘Je suis’. Personne. Réciprocité personnelle. Mystère trinitaire. Père, Fils, Esprit.

▅   Témoigner du Dieu vivant au cœur de notre modernité exige bien plus que quelques bonnes intentions de sacristie. Pour le croyant, les défis sont immenses, aujourd'hui, et brûlantes les urgences. Moins que jamais la foi doit se taire et cesser de proclamer
avec audace la ‘Bonne Nouvelle’.


B

Ouverture prophétique

▅   Nous n’existons jamais qu’
entre. Entre des frontières qui délimitent nos possibilités épistémologiques et pragmatiques. C’est là, en notre ‘milieu’, entre des ‘extrêmes’, entre Alpha et Oméga, que nous existons. C'est là que nous connaissons et agissons. C’est là que se déploient notre science et notre technique. C’est là que nous construisons et organisons notre monde.

▅   A force de vivre ‘entre’, nous risquons de perdre de vue les ‘extrêmes’. C’est-à-dire l’englobant de notre être et de nos raisons. C'est-à-dire ce Logos qui se donne lui-même comme Alpha et Oméga.
L’absolu de la parole. Le Sens du sens.  

▅   Nous ne sautons jamais par-dessus un à partir de.
Toutes nos possibilités de penser et d’agir ne peuvent jamais être qu’à partir d’un déjà-là. Notre possible, quels que soient les progrès à venir, reste irrémédiablement béant sur un préalable englobant. Déjà est ce qui me précède, ce qui me dépasse, ce que je n’arrive jamais ni à intégrer ni à englober. Ce que je n'arrive jamais à com-prendre et qui pourtant me com-prend.

▅   Nombreux sont ceux qui voient dans la science l'ultime et absolue raison de tout. Elle comprend certes beaucoup de choses. Mais elle ne se comprend pas totalement elle-même. Elle est elle-même englobée
par ce qui refuse d’être englobé par elle.

▅   L’humain est incapable de vivre hors du
sens. Or le sens n’est pas à partir de rien. Tout sens se donne toujours à partir d’un sens englobant plus grand et plus fondamental jusqu'à l'ultime englobant sens du sens. Déjà la simple possibilité de dire: “c’est absurde” présuppose une englobante possibilité de sens sans laquelle l'absurde lui-même s'enfonce dans son absurdité.

▅   Si Dieu était un ‘
ce que’ qu’on peut définir et comprendre, il relèverait du même ordre que n’importe quel ‘objet’ de connaissance ou d'action. En tant qu’objet de ‘science’, il se trouverait quelque part le long ou au bout d’une ‘longue chaîne de raisons’. Une telle compréhension serait sous le signe de la nécessité logique. Elle s’imposerait à n’importe quel esprit utilisant la bonne méthode. Mais Dieu n’est pas un ‘ce que’ objectivable. Sous peine de se nier comme Dieu, il ne peut être qu’absolu non-objet. Pur 'que' sans ‘ce que’. In-saisissable. In-compréhensible. Proprement im-pensable.

▅   L’humain est fils de la parole et du sens. Il n'en est pas le maître et encore moins le maître absolu. Le Sens – l’absolu Sens du sens – nous est
donné. Il vient d’ailleurs. Il vient de l'Autre. Ce don du Sens s’appelle, dans l’espace chrétien, révélation.  Révélation... Un voile se déchire. Un mystère se révèle. L’Autre vient. Non pas le ‘même’ tel qu’il prolifère dans les idéologies. L'Autre vient pro-voquer. Il met en question. Il bouscule.

▅   La prophétie ne commence pas avec le prophète. Elle commence avec la 'révélation'
. Celle-ci précède, porte et englobe la parole prophétique. C’est dans l’englobant de la révélation que parle et qu’agit le prophète. C'est dans cet englobant qu'il prend sens.

▅   Nos certitudes reposent sur des preuves. Une preuve se fonde sur la
saisie d’un lien. La certitude de la foi tient, elle aussi, dans un lien. La différence, c’est qu’ici le lien n’est plus ‘à l’intérieur’ mais ‘autour’.

▅   La Parole de Dieu est une Parole de puissance. Elle est portée par le souffle vivant
du Dieu vivant. Le prophète est son héraut. Il faut se laisser aller au souffle de la parole prophétique. Elle vient en contrepoint de nos souffles essoufflés. C’est par renversement des contraires qu'elle se manifeste pertinente. Ainsi la saisissante évocation d’Ezéchiel d'une vallée pleine d'ossements desséchésQuel souffle est assez puissant pour les faire revivre ?


C

Eschatologie

▅   L’
Histoire – et partant son ouverture eschatologique – n’est possible qu’à travers la rupture du cycle de l'éternel retour symboliquement garant de la stabilité de l’être face aux fuites du devenir et des agressions de l’Histoire. Cette prégnance cyclique représente la plus formidable défense contre le risque de l'aventure historique. Elle veut inscrire l’aventure du salut dans sa logique ‘sphérique’. C'est ainsi que le mythe orphique se fait paradigmatique.

▅   Avec l’émergence de l’
Histoire, le cercle de l’éternel retour va se briser. Le scandaleux et irrationnel écoulement temporel prendra valeur pour lui-même. Le temps n'aura plus besoin de trouver consistance en remontant aux origines et en se régénérant 'en arrière'. Il deviendra en lui-même et pour lui-même, 'en avant', dynamique de genèse nouvelle. Pour les païens tout est toujours au départ. La suite est aux émanations et aux dégradations. Dans la Bible Alpha est pour Oméga, sans retour, et l'eschatôn est principe.

▅   Par l'irruption de la nouveauté judéo-chrétienne, l'homme a été pro-voqué, défié, à devenir créateur d'Histoire, créateur d'historicité. Par l’Autre provoqué, l’humain est projeté hors de lui-même. Hors de ses sécurités. Il se trouve irréversiblement pris dans le flux du temps ouvert à l’infini. Il se trouve irrémédiablement embarqué dans l'Histoire.
Il lui reste à risquer l'aventure...

▅   L'homme entre en Histoire hanté par la boucle qui se boucle. Mais ce retour dans l’éternel retour est désormais impossible.
L’humain est irrémédiablement livré à l'aventure et au risque. Ce n'est que ‘virtuellement’ qu'il peut tenter de boucler quand même la boucle de sa compréhension. En construisant une philosophie de l'Histoire. Toutes les philosophies de l'Histoire veulent ainsi ramener l’Histoire à la raison. Leur échec est cependant patent. La raison de l'Histoire, en effet, n'est pas dans la raison mais dans l'ouverture de l’Histoire qui crucifie la raison.

▅   La Bible signifie la rupture radicale du cercle de l’
éternel retour et instaure une théologie de l’Histoire. En faisant l’expérience d’un ‘plan’ divin, elle dévoile le projet fou d’une Histoire commune de l’humanité avec son Dieu et ouvre ainsi le ‘sens’ de l’Histoire. Essentiellement un exode vers une terre promise... Le peuple de Dieu en marche vers le salut. Avec lui, l’humanité tout entière.

▅   L'homme embarqué dans l'Histoire doit désormais décider de son futur et, partant, de son être et de sa liberté. A l'homme historique s'ouvrent alors
deux types de possibilités. Ou bien il signifie son projet espérance dans la sécurité de l'harmonie cyclique. Ou bien il le risque dans l'aventure. C'est ainsi qu'on trouve d’un côté les constructeurs de la Cité idéale, et de l’autre, les aventuriers de l’Eschatologie. Constructeurs et aventuriers... Une différence qui porte loin et donne infiniment à penser.

▅   Le
projet espérance de notre modernité risque d'être dominé et régi par l’archétype de la cité idéale. Mille formes diverses – le New Age, par exemple – veulent en traduire la pertinence. Avec leurs gourous et leurs fidèles.

▅   Le monde de l’animal ne s’étend pas très loin au-delà de son museau. L’homme, lui, n’est pas limité, comme l’animal, par l’horizon indépassable de son instinct, de son ignorance ou de ses certitudes terre-à-terre. L’homme est
ouvert sur l’infini. Il lui est donc difficile de passer à côté de la question eschatologique. Qu’est-ce qui est ‘au-delà’ ? Qu’est-ce qui advient ‘après’ ? Après et au-delà des limites de l’espace et du temps de notre condition humaine.

▅   L’eschatologie n’est pas essentiellement pour la ‘fin des temps’. En Jésus Christ la totalité des temps est déjà accomplie. C’est le ‘maintenant’ – le kaïros
– qui est eschatologique. Sans doute y a-t-il aussi un futur eschatologique qui ouvre sur l’ad-venir de radicale nouveauté. La parousie. La résurrection de la chair. le Jugement dernier. Le règne cosmique de Dieu. Mais dans le Christ et par le Christ ces événements sont déjà ‘actuels’. Ils nous ‘arrivent’ dans le ‘maintenant’ existentiel de la foi. Chaque ‘maintenant’, en effet, est un concret absolu. Il a chaque fois une dimension d’éternité en lui-même. Dans l'actualité concrète vécue dans le hic et nunc. Non pas comme simple ‘moyen’ ou simple ‘rouage’ d’une mécanique historique.

▅   Comme le spécifique humain dont elle se révèle être la dimension essentielle, l'Histoire commence par un
non. Elle dit non au même pour que puisse être l'autre. Dialectiquement. Elle refuse la sécurité des cycles pour courir le risque de l'aventure. Et ce non originel de l'Histoire est aussi la motricité originaire de toute la dynamique historique. C'est là, sans doute, qu'on trouve une clé pour l'histoire. Une clé ou un code susceptible d'ouvrir bien des dimensions cachées de l'aventure humaine.

▅   Pour assigner une 'fin' à l'Histoire, il faudrait qu'on puisse la considérer à partir de son terme ou de sa clôture. Or nous sommes
embarqués au milieu de l'Histoire. La question du sens de l'Histoire est compromise avec notre aventure. Elle est lourde du poids de la décision de l’humain à travers incertitude et risque. Le sens de l’Histoire est en exode. Le ‘sens’ de l’Histoire n’est pas lisible en clair ni dans les événements eux-mêmes ni dans leur déroulement empirique. Le sens de l’Histoire ne peut que transcender la phénoménalité historique. Il vient de l’autre dimension de l’Histoire, à savoir de sa verticalité transhistorique. Il n’est pas dans les événements, il les traverse.

▅   Les réalités eschatologiques échappent à toutes possibilités d’expérience immédiate. Elles ne se dévoilent qu’à travers une mystérieuse
symbolique. Celle-ci ne livre pas le secret directement. Elle le dé-livre. Elle ‘donne à penser’ à une liberté qui s’ouvre sur lui. Ainsi les images fortes du 'combat eschatologique' de l’Apocalypse de saint Jean.

▅   La parabole évangélique dit à sa manière – symbolique – l’au-delà et l’accomplissement de notre Histoire. Lors de l'ultime discernement,
que restera-t-il définitivement de la grande aventure humaine à travers l'espace et le temps ? Quelles valeurs, quelles créations, quels acquis, auront assez de poids pour traverser l'éternité ? A la stupéfaction de tous, cela se trouvera tout en bas de la divine descente, dans les bas-fonds de la kénose. J'ai eu faim. J'ai eu soif. J'étais malade. J'étais en prison... J'étais dans la détresse. Tu es venu. Tu as partagé. Tu as soulagé. Là est né Agapè pour l'éternité.


D

Symbolique

▅   A force de vivre 'dedans', l'horizon de notre
espace mental, comme celui de notre espace physique, peut être naïvement qualifié d’indépassable. On peut s’y trouver, comme les prisonniers de la caverne de Platon, parfaitement à l’aise tant que ne se pose pas la question d’un ‘au-delà’ de cet horizon. Un bienheureux état d'innocence qui ignore la distinction entre un ‘dehors’ et un ‘dedans’. Avec le premier soupçon tombe cette innocence. Nous vivons désormais dans la différence d'un ‘intra-muros’ et d'un 'extra muros' de notre cité d’humanité.

▅   La parole prophétique signifie l’irruption de l’Autre au beau milieu de notre cité. L’Autre qui vient – d’
extra-muros – pro-voquer nos clôtures pour les ouvrir à l’infini.

▅   Le prophète n’est pas d’abord ni essentiellement celui qui prédit l’avenir. Le prophète est celui qui dénonce les clôtures de la caverne et
ouvre des perspectives neuves. Le prophète vient déranger. En proférant une parole autre. La parole de l’Autre.

▅   Le prophète ne parle pas la langue des sciences. Celles-ci articulent les éléments du monde ‘inta-muros’ pour les nouer en cohérence logique et pratique. Mais il y a des réalités qui échappent radicalement à la science. Ces réalités, indicibles pour le langage scientifique, ne sont dicibles qu'à travers une autre parole. Sous le signe du symbole.


▅   Cette autre parole, cette parole inédite, est authentiquement une parole poïétique – 
poïesis, création – une parole créationnelle. Elle ne dit pas simplement ce qu'elle dit, comme le dire logique, c'est-à-dire l'unidimensionnalité de l'être. Elle dit plus qu'elle ne dit. Elle dit entre ce qu'elle dit. Alors que le logos logique dit tout et ne signifie qu'une partie, elle ne dit qu'une partie mais signifie chaque fois le tout. Elle donne à penser. Elle appelle le sens.

▅   La parole prophétique vient d’ailleurs. En même temps elle n'est pas radicalement étrangère. Elle ne passe pas à côte de l’humain. Elle ‘dit’ à l’homme. Elle est même en très profond accord avec l'autre dimension de l'humain
qui, sans elle, risque de s'étioler.

▅   L'énigme est l'habit du mystère. Et le mystère
est au commencement. Archè redoutable. La science ne vient que par après. La science ne parle jamais qu'autour du mystère. Et celui-ci ne se laisse ni intégrer ni réduire.

▅   Si l’interprétation du signifiant intra-muros présente déjà des problèmes énormes à combien plus forte raison l’interprétation de la parole – la parole prophétique, la ‘révélation’ – venue d’ailleurs. Le signifiant d'extra-muros, plus que les autres signifiants, appelle une herméneutique – du grec
hermeneuein, à la fois ‘parler‘ et ‘interpréter’ – au secours. L'ultime décideur de l'interprétation, cependant, reste la liberté. Car la parole authentique vient d'une personne et s'adresse à une personne.


E

Nouveau

▅   
Voici que je fais toutes choses nouvelles... Ainsi parle Dieu. Il ne s’agit pas d’un ravalement. Il s’agit d’une nouveauté radicale.

▅   Dans le champ de notre expérience toute création matérielle n'est au fond qu'une fabrication à partir d'éléments préexistants. Ce n'est que du côté de l'esprit – dans les œuvres dites 'de l'esprit' – que le verbe 'créer' devient plus authentique. Mais faire 
être radicalement à partir d’un néant radical ne peut venir que du souffle créateur divin.

▅   Rupture radicale des continuités. La nouvelle création
est autre, ailleurs et plus loin. La 'nouvelle terre' et le 'nouveau ciel' sont de l'ordre eschatologique.

▅   Contre toutes les évidences ‘naturelles’, la foi ose affirmer la résurrection
comme ultime victoire eschatologique sur la mort. C'est, en effet, face à la mortalité que la 'nouvelle création' prend pour nous son absolue signification existentielle. Lorsque l'Esprit de Dieu souffle sur nos ossements desséchés pour leur crier qu’ils ne sont pas pour la mort mais pour la vie.  

▅   Dans le
kaïros de Dieu, la résurrection n’est pas seulement pour la ‘fin’. Elle est, pour chaque instant, d’une permanente actualité. Elle met l’homme debout et le provoque inlassablement à être homme nouveau et à vivre d'une vie nouvelle.


F

Espérance

▅   A qui irions-nous ? A qui ne sommes-nous pas allés ? Depuis l’aube de notre modernité nous n’avons cessé de courir, émerveillés, de mirage en mirage. Cette poursuite euphorique tend à s’essouffler et laisse le goût amer de la déception. L’une après l’autre s’écroulent les raisons de nos illusoires espérances. Le ‘progrès’ ne tient pas ses promesses et nous savons plus que jamais pourquoi. Les philosophies s’enlisent dans les sables mouvants de la relativité. Les idéologies, une à une, se dégonflent lamentablement. La vérité ne se croit plus incontournable. Les valeurs, déracinées, s’éparpillent au vent. Les majuscules sombrent dans le ridicule. La science elle-même ne veut plus être autre chose que simple langage. ‘Langage’ justement... Le maître-mot de nos incertitudes dans le règne désormais universel du nominalisme.

▅   Qui nous sauvera ? Est-ce un
système ? Est-ce quelqu’un ? Le critère du discernement, ici, ne vient pas d’une plénitude. Il vient d’une béance. Il ne vient pas d’une affirmation logique. Il vient par la négative. Il vient d’une question. On peut la formuler ainsi: Qu’est-ce qui tient face à l’absolu de la négativité ? Qu’est-ce qui ne cale pas devant le scandale absolu ? Pas seulement le dysfonctionnement. Pas seulement l’absurde apparent. Pas seulement la souffrance. Pas seulement la mort. Mais le mal devant lequel toutes les catégories s’écroulent. Auschwitz... Devant cet absolu du mal, aucun système ne tient. Un Quelqu’un, seulement, fait face. Absolument. Il est crucifié.

▅   Essayer d’évoquer quelques 'ailleurs'
où nous sommes tentés de trouver refuge aujourd’hui, peut donner le vertige. Mais peut aussi donner à penser. Ils sont légion à travers notre modernité.

▅   Il y a le scandale du Dieu absent. Et quand Dieu se fait présent, surgit un autre scandale, plus grand encore. Pourquoi cette croix dressée sur le monde ?
Paradoxalement jamais culture ne fut plus sensible aux crucifixions et en même temps plus allergique à la Croix. Notre sensibilité moderne expulse aussi violemment la croix qu'elle expulse la transcendance. Ce Messie crucifié qui, depuis les origines, est folie pour les païens reste, aujourd'hui, plus folie que jamais.

▅   Le mystère de la croix pointe vers le mystère du péché. Incompréhensible aux lumières simplement ‘naturelles’. La foi chrétienne est seule à savoir ! La traversée du scandale cache et révèle le grand mystère où péché et grâce
s’embrassent. Avec des questions terribles. Ainsi: Agapè pourrait-il avoir un sens sans le mal du monde ?

▅   Ce monde est marqué au fer d’une irréductible
négativité. Un mal du monde qui résiste, irrationnel, à sa compréhension et renvoie la raison hébétée du côté du dérisoire. Reste le mystère douloureux dans sa crucifiante désolation. De trop. De trop dans les strictes limites de notre monde. La foi seule l’assume en le traversant. Ouverte sur un au-delà du scandale.

▅   L’espoir peut être simplement païen. L'espérance, elle, est fille de l’altérité judéo-chrétienne. Soeur de l’Alliance, de l’Exode et de la Terre promise. Elle est grâce. Elle ne se fabrique ni ne se conquiert. Elle se donne gratuitement. Il suffit par commencer de lui
ouvrir un espace.

▅   
J'estime, affirme Saint Paul, qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous. Notre monde, en effet, est livré à l’entropie, à la dégradation et à la mort. Assez pour désespérer. A moins qu’il y ait une mystérieuse raison qui ouvre l’espérance. Et si la souffrance du monde n’était pas pour sa destruction mais pour sa transfiguration ? Quelque chose comme une violence gestatrice de la nouvelle terre et du nouveau ciel. Les douleurs d'enfantement de l’homme nouveau destiné à connaître la liberté et la gloire des fils et des filles de Dieu.



 
 

 a n t h r o p o l o g i e      c h r é t i e n n e    —    v o l u m e s

volume I   La maison du sens
volume II   La matrice de l'humain
volume III   La traversée de la différence
volume IV   L'aventure de l'Occident
volume V   Impasses
volume VI   Béance
volume VII   L'homme passe l'homme
volume VIII   Le fin-fond divin en toi
volume IX   Etat de grâce
volume X   Création nouvelle