VI

 

BÉANCE

Et si l’essentiel de l’humain n’était pas là où sont les pleins
mais là où sont les vides ?



A

Extra-vagant

▅   Il est proprement extra-vagant,
c'est-à-dire vagabondant au-dehors et à côté, l’homme, cet animal incapable de s’installer pleinement dans la nature pour coïncider avec elle. Et que proteste Nietzsche ! Nous ne bouclons la boucle de la belle animalité qu’en trahissant l’essentiel de notre condition.

▅   Le spécifique humain constitue proprement une aberration.
 Un peu comme une machine à écrire qui se mettrait à faire de la poésie ! L’humain n'existe qu'en rupture d’intelligibilité. Il est profonde ‘contra-diction’ au cœur de la grande ‘diction’ naturelle.

▅   Il pourrait sembler normal que le couronnement du règne biologique, l’homme, soit un animal ‘plus’ quelque chose. Nos réflexes physicalistes et substantialistes ne valorisent que le plein. Comme si l’essentiel consistait dans l’accumulation quantitative. Il faut oser le paradoxe. L’homme est un animal 'moins'
quelque chose. L’homme est un animal qui existe dans le vide de son animalité.

▅   La différence spécifique de l’humain est moins
en arrière qu’en avant. En arrière sont données les conditions de possibilité. En avant s’ouvre un appel infini d’humanisation. L’homme naît inachevé pour être livré à l’aventure de l’achèvement. L'homme inachevé entraîne en cette aventure aussi bien lui-même que tout ce sur quoi il porte sa main ou son regard. Il refuse pour ainsi dire à la nature le droit de se clôturer en son achèvement.

▅   L’homme n’est pas programmé à
être, il est programmé à programmer.

▅   Quelle peut donc être la matrice qui engendre l’humain en tant qu’humain ? A l'évidence elle ne coïncide pas totalement avec la matrice simplement biologique. Cette ‘autre’ matrice doit être de l’ordre du ‘logos’, le
logos anthropogène. Désormais c'est la culture – en son sens le plus profond – qui devient pour l’homme nouvelle 'nature'.

▅   L’animal a cette extraordinaire faculté d’être complétement chez soi dans la nature. Il vit un ’oui’ absolu à la nature, en harmonie absolue avec sa condition de naissance. L’homme, fils du ‘non’, ne peut rester qu'un animal frustré. Irrémédiablement. C'est pourquoi il ne peut être qu’un animal insatiable.
 



B

Béances

▅   Exister – ex-sister – c’est surgir en rupture. En-dehors et à côté de ce qui est strictement régi par la nécessité. Là où le fond semble se dérober. Du côté de la gratuité. Cette béance de l'existence
peut tout aussi bien s'appeler ‘facticité’ ou ‘contingence’.

▅   La raison scientifique n’arrive pas à s’identifier avec la
raison totale. En fait, elle ne représente qu’un des régimes du logos. Aussi, le champ total de l’expérience humaine refuse-t-il de se ’boucler’ dans une totalisation de type scientifique. Il reste béant sur autre chose que la stricte articulation logico-matérielle. Autre chose... Comme l’acte d’être. Le mystère de notre être. Le fascinosum et le tremendum de l’expérience sacrale. Les surgissements existentiels. La création. L’infini. La liberté. Les rencontres. Les mystiques solidarités du monde. La valeur. L’amour. Le beau. Le bien. Le mal. Le temps. L’éternité. Le sens. Le sens du sens. Dieu...

▅   La boucle de l’humain, décidément, ne se boucle pas en cohérente rationalité. L’homme est visiblement le seul être de la nature qui ne soit pas simplement de la nature. Et il le sait. L’humain est béant sur son '
autre'. Le dernier mot de nos questionnements reste encore et toujours aux questions.

▅   L’homme est un
vivant infini au désir infiniment béant. Infinie reste son insatisfaction. Abyssal est son manque. Il ne s’agit pas seulement de ce manque biologique ou économique qui tend malgré tout vers la satisfaction. Il s’agit d’un manque essentiel qui creuse le désir à l'infini. Un manque à jamais incontournable parce qu’il est irréductiblement béance sur l’Autre.

▅   La rondeur du
plein a horreur de la béance. Nos euphories, cependant, n’arrivent pas à se boucler sans elle.

▅   Le refus de l’Autre entretient la clôture en son illusion tautologique. C’est ainsi que toutes les idéologies de la ‘mort de Dieu’ se persuadent mêmement que le spécifique judéo-chrétien, avec son profond sens des ‘béances’, n’est qu’accidentelle malformation de l’immanence. Il faut avouer cependant que c’est une ‘maladie’ qui se moque singulièrement de ses médicastres. Parce qu’elle est la première à savoir qu’elle est en même temps pour la mort
et pour la résurrection.

▅   Saint Augustin, à travers ses ‘Confessions’, ne cesse de se poser la question: Où, en nous, pouvons-nous rencontrer Dieu ? Et il ne cesse de répondre: ‘
transibo’... Il faut aller plus loin. Il faut aller plus profond. En allant toujours plus loin et plus profond l’homme expérimente toujours plus de vide. Et en même temps toujours plus de plénitude.

▅   L’humain authentique est ailleurs, plus loin et plus profond que les faciles superficies dans lesquelles nous risquons sans cesse de le cantonner. L’ordre du ‘même’ n’épuise certainement pas, et de loin, la totalité. Il y a un
autre ordre. Celui-ci n’est pas une abstraction. On doit pouvoir y accéder par des approches expérimentales.  

▅   L’animal est sans doute trop
plein d’animalité pour être béant sur l’esprit... Accéder à un ordre supérieur implique la traversée immense d’un vide. L’homme, lui, ne cesse de faire, et de mille manières, la crucifiante expérience de cette essentielle 'pauvreté' pourtant si authentiquement ‘humanisante’.

▅   La vie de l’Esprit commence non par un plein mais par un vide.
Nous ne trouvons au milieu de nos surabondances factices que des trous à boucher... là où l’Esprit, à partir de la surabondance de Dieu en nous, ne voit qu’encombrements à écarter. Tous nos réflexes naturels traduisent l’horreur de ce vide-là, et notre modernité ne fait qu’accentuer cette horreur. Quand on perd l’essentiel il faut bien couvrir sa nudité avec des expédients de fortune.

▅   Le 'trou noir'
peut être paradigme. Si déjà dans la simple ‘matière’ se cachent et se révèlent en même temps de si étonnantes béances...


C

Ailleurs

▅   L'autre
est toujours de trop dans le règne du 'même'. Jamais assez, cependant, dans l'ordre de la grâce.

▅   Le prisonnier de la caverne pourrait jamais ne rien savoir de sa condition carcérale si la simple idée d’un dehors
ne lui venait. C’est avec le soupçon d’un dehors que le dedans se met à rétrécir et que l’espace commence à sentir le renfermé.

▅   L’essentiel advient là où il n’y a rien. Parler, c’est faire être une présence à travers son absence. La parole ne dit que dans la faille des compacités. L’essentiel se dit entre les mots. Un texte se lit entre les lignes... L'essentiel pase à travers... Il surgit dans la
béance comme la beauté du Parthénon ou le regard d’un visage...

▅   Au moment où va s’articuler avec plus de hardiesse le Discours devenant dominant, voici, face à Descartes, Blaise Pascal. Si incroyablement moderne et si incroyablement lucide sur les clôtures et les béances de la modernité. Dissident des clôtures, il témoigne d’une autre dimension. Il témoigne de l’ouvert, abrupt et vertigineux, d’un autre ordre.

▅   Le surgissement du spécifique humain est
en rupture d’évolution. L'homme, cet enfant d'ailleurs, refuse tout simplement de jouer le jeu de la nature et fait valoir de nouvelles règles. Tout se passe comme si l’évolution opérait désormais sur un autre plan.

▅   Il est peu de mots plus riches et plus denses que celui-ci. E-ducation.
Ex-ducere: conduire hors de... Tout un programme d’humanité. Etre conduit hors de... Vers l’humain authentique.

▅   Il est heureux qu’on n’ait jamais découvert l’esprit à la pointe d’un scalpel. L’esprit ne vient que dans la béance de la matière. L’esprit est comme l'endroit d'un envers ou l’envers d’un endroit. Comme une négation au cœur de l’affirmation. Comme une critique au sein des consistances. Comme une question dans le concert des réponses. Comme l’humour au beau milieu du sérieux des certitudes.

▅   Milieu et extrêmes... La raison scientifique est comme une ‘bulle’ qui flotte sur un infini. Sa cohérence sphérique occupe le vaste espace du
milieu. Les extrêmes en sont exclues. Quel sens, cependant, peut-il avoir, le milieu, sans ses extrêmes ?

▅   Que resterait-il de l'humain sans sa démesure ?


▅   Notre compréhension du ‘mystère’ de l’homme est toujours ‘entreEntre Alpha et Omega
 

▅   L’
autre parole ne dit pas simplement ce qu’elle dit, comme le dire logique, c’est-à-dire l’unidimensionnalité de l’être. Elle dit plus qu’elle ne dit. Elle dit entre ce qu’elle dit. Alors que le logos logique dit tout et ne signifie qu’une partie, elle ne dit qu’une partie mais signifie chaque fois le tout. Elle donne à penser en appelant le sens. Elle dit en creux. Elle dit dans la béance.  

▅   Quelque chose en l'homme refuse les limites. Quelque chose en l'homme dit 'non'.
 Quelque chose en l’homme exige l’autre. Cette rupture affecte tout le possible humain. Dès lors l’homme vit sous le signe des dualités antithétiques. Une telle traversée de la différence est pour que l’autre puisse être. Et l’autre de l’autre. A l’infini.
 
▅   Tout parle puisque tout peut être
symbole. Tout peut devenir signe. Dire l'autre. Hanter l’ailleurs. Faire signe au signe...

▅   L'autre moitié... Deux moitiés d’un tesson brisé, en montrant la parfaite correspondance de leur brisure, peuvent être signe de reconnaissance, symbole
– sumbolon, sumballein, mettre ensemble – au sens étymologique. Aucune des deux moitiés ne se suffit à elle-même. Chacune ne prend sens qu’avec l’autre. La visible avec l’invisible.

▅   Le spécifique humain n'existe pas hors d'un espace symbolique.


▅   Lorsque le sage montre le ciel, dit merveilleusement un proverbe chinois, l’imbécile regarde le bout du doigt ! Voilà du solide. Voilà de l’objectif. Voilà du ‘scientifique’ ! A partir du doigt, de proche en proche, du doigt à la main, de la main au bras, à l’épaule, au corps tout entier, à l’hérédité, à l’ADN, à l’évolution... N’y a-t-il pas là un massif enchaînement de matière et de raisons ? Certes. Mais
en arrière seulement ! Or 'faire signe', ce n’est pas en arrière. C’est en avant !

▅   La pensée n’est jamais là où est le plein des compacités. La pensée est
à travers. Elle est essentiellement dialectique. C'est dans le ‘dia’ que se joue l'essentiel. En réciprocité avec le langage qui signifie entre les articulations et la parole qui dit dans les interstices du langage. Insatisfaite marche en avant du ‘non’ à travers les ‘oui’ éclatés. Inlassable procès de l’esprit à travers lui-même et à travers ses propres différences.

▅   Avant le
logos il y a le mythos. Comme sa terre nataleAu départ de l’humain déjà est l’unité immédiate et indifférenciée de ce dire originel. Une forme fondamentale qui ‘enveloppe’ toutes les autres paroles et à partir de laquelle elles se ‘développent’.

▅   Tous les systèmes que nous pouvons concevoir se trouvent déjà englobés dans un méta-système anthropologique. Un constituant plus large porte les constitués au pluriel. Déjà nos intelligibilités sont situées dans une plus englobante possibilité d'intelligibilité.
On croit l’explication évolutionniste aller de l’élémentaire vers le complexe, du ‘moins’ vers le ‘plus’. En réalité c’est déjà le ‘plus’ qui est au départ et sans lequel cette ‘explication’ serait impossible ! Au commencement est la possibilité d’explication. C’est de ce ‘plus’ – à savoir l’homme lui-même – qu’il devient possible de remonter au départ et de refaire pour ainsi dire fictivement le chemin censé avoir été accompli par l’évolution.

▅   Déjà est ce qui me précède, ce qui me dépasse, ce que je n’arrive jamais ni à intégrer ni à englober, donc à
com-prendre. C’est ainsi que l’homme n’est pas à partir de l’explication scientifique. C’est elle, l’explication, qui présuppose le déjà-là qu’est l’homme ! Et quel mystère !

▅   Le scandale devient insurmontable lorsque se rencontre, de trop, l'extrême de l'
autre. Absolument déconcertant. Souffrance. Mal. Echec. Péché. Mort... Sous l'espèce de l'absolue négativité issue du hasard ou produite par les libertés. En face d’elle toutes les idéologies du monde se retrouvent idiotes. Et grimaçantes. Reste, massif, incontournable et irréductible, le sans-réponse et le sans-solution. De trop. Gratuitement de trop. Croix seulement.

▅   Ce n’est que rompue, comme le pain, que la création peut entrer, autre, dans le Royaume en célébrant la grande liturgie de sa pâque. Et plus il y a de pain à rompre, plus grande est la fête. L’aventure de l’Alliance, de la Nouvelle Alliance, s’achève ainsi en transsubstantiation du monde ! Une festive création nouvelle. Mais le monde est lent à risquer ses sécurités d’immanence. Il préfère articuler, désarticuler et réarticuler à l’infini ses certitudes installées. Il résiste à sa transfiguration.


D

Esprit

▅   La réalité spirituelle telle que l'homme peut l'appréhender ne quitte pas le sein de la nature. Bien qu'elle soit d'un autre ordre, il doit donc être possible de l'appréhender sur le modèle de celui des réalités matérielles. Ici l'intelligibilité passe par quelque chose comme une
systémique spirituelle.

▅   Comment ‘définir’ l'
esprit ? Il se cherche si étrangement ‘hors de’ la matière et de l’espace-temps ? Plus on essaye de le dé-finir, d’en faire le tour, de le ‘saisir’, de le comprendre, plus il se retire. Comme s’il ne devait rester que la pauvreté d’une absolue nudité.

▅   L'esprit est là où il n’est pas. Il n'est pas dans un
plein mais dans un vide. Un vide qui traverse un plein. L'esprit est béance. Il ne se ‘définit’ pas. N’est jamais définissable que le ‘ce que’ d’une essence substantielle. Mais le ‘ce que’ de l’esprit demeure évanescent. Il reste le ‘que’ béant de l’acte de son surgissement.

▅   L’esprit, le grand antagoniste, dit ‘non’. ‘Protestant’ au cœur de l’
homo animalis. Ce n'est qu'à travers cette protestance que l’homme a des chances de devenir réellement homme.

▅   Le
comment n’explique jamais que le corps du pourquoi. Son esprit lui échappe. La science, si merveilleusement capable de rendre compte des fonctionnements et en même temps si démunie devant le surgissement du sens, ne comprend que le corps des choses. L’approche scientifique de l’humain ne comprend jamais que le corps de la parole, c’est-à-dire le langage. Mais le sens est au-delà des mots. Il vient dans la différence. Il surgit entre le langage.

▅   L’esprit n’est pas ‘dans’. Il n’est pas non plus ‘autour’. Il est ‘à travers’. L’esprit n’est pas un ‘objet’ logeable. L’esprit est une dynamique qui traverse
l’humain de part en part. Sans doute faut-il ajouter: une dynamique 'irrécupérable' !

▅   Coupez le cerveau en aussi petites portions que vous voulez, jamais vous ne trouverez l’organe de la pensée ! Vous ne trouverez probablement que le ‘support’ matériel de l’esprit, quelque chose comme sa ‘béquille’. L’esprit, lui, est
ailleurs. Il est partout et nulle part en même temps. Il surgit dans la ‘béance’ des réalités simplement biologiques. Il est ‘entre’. Il est ‘à travers’. A travers le cerveau. A travers le corps. A travers tout le corps.

▅   Les monismes matérialistes ne peuvent que refuser toute ‘réalité’ propre à l’esprit. Pour qui ne connaît qu'un seul ordre du réel, à savoir l’ordre matériel, quelle place pourrait-il rester à l’esprit qui est totale contradiction de ce monisme ? La réalité de l'esprit
doit être cherchée du côté d’un radical autre ordre.

▅   Cet apparent 'rien' de l’esprit cache et révèle en même temps une 'autre' plénitude.
La béance n’est pas ‘néant’ de part en part; elle est sur fond d’être. Le ‘non’ de l’esprit n’est pas négation close sur elle-même. Il est sur fond d’un ‘oui’ plus fondamental et plus originaire.


E

Mystère

▅   Nous ignorons encore beaucoup de choses sur l’univers. Et encore plus sur l 'homme. Nous ne savons que sur fond de mystère.
 

▅   Pourquoi, fondamentalement, l’homme est-il à
respecter  ? Sur quoi, essentiellement, fonder les 'droits' de l'homme ? Et si l’homme n’était qu’un animal de la nature, même le plus bel animal ? Et s’il n’était que le résultat d’une combinatoire structurale de la matière, fut-elle la plus merveilleuse des constructions ? Et s’il n’était que la complexification d’une structure devenue consciente d’elle-même ? Et s’il n’était que l’émergence de la vie en sa perfection ? Et si... ?

▅   L’intelligibilité naturaliste qui se veut être en stricte continuité avec le
même peut avoir raison à 99%. Le stupéfiant c’est le 1% restant. Un petit reste qui pourtant ouvre un infini d’espérance. Une faible voix prophétique émerge sur les vastes étendues où prolifère le ‘ça’. Elle ose commencer par dire ‘je’. Petit David face au géant Goliath. C’est elle pourtant – relisez l’histoire, personnelle ou collective – qui est finalement victorieuse des totalitarismes. D’où vient à l’extrême faiblesse cette étonnante puissance ?

▅   Les 'sciences' dites 'humaines'
révèlent-elles jamais autre chose qu’une des faces seulement du mystère humain ? La face complaisante du ‘même’. Certes, ce qu’elles découvrent de ce côté-ci ne manque pas de pertinence. Reste cependant la face cachée. La face qui se refuse aux exploitations. La face de l’autre...

▅   Il doit s'agir ici de quelque chose comme un mécanisme de défense
de l’homme devenu schizoïde. Ne trouve-t-il pas là à se barricader derrière les évidences faciles de la finitude ? Mais surtout, cela le déculpabilise face à l’Autre, n’ayant plus de comptes à rendre qu’à l’immanence.

▅   Qu’est-ce que l’homme ? L'anthropologie
ne semble un luxe qu’aux moments euphoriques. Aujourd’hui la question de l'humain surgit brûlante au cœur de nos errances. Elle urge pour la survie de l’homme. En même temps la guette l’engloutissement au milieu des sables mouvants de l’incertitude, du doute et des relativismes. Mais désespérer devant la question de l’homme n’est-ce pas désespérer devant Dieu même ? Tant ils sont engagés dans une aventure commune.

▅   Les approches de l'homme qui se contentent d’articuler des 'positivités' passent à côté du paradoxe
de l’humain. Celui-ci ne se révèle – et révèle l'homme en même temps – qu'à travers la dialectique d'une anthropologie négative. Ce n’est qu’à la verticale de lui-même que l’homme est debout à tous les sens du terme. Une anthropologie négative ne s’éternise pas dans les étendues horizontales où se cultivent les ‘ce que’ et les ‘comment’. Elle veut escalader l’infini du ‘pourquoi’ même si le vertige doit la gagner.

▅   La théologie dite ‘négative’ reste sans doute l’approche qui fait le moins violence à la vérité du mystère divin. Elle professe que ce que nous
nions de Dieu est plus éloigné de l’erreur que ce que nous en affirmons. La ‘béance’ divine se refuse à nos concepts et résiste à nos possibilités intellectuelles. Seule une approche ‘mystique’, une approche par le vide, permet de rencontrer, à la limite, l’indicible et inexprimable mystère. Analogiquement, pourquoi ne pas oser une anthropologie 'négative' ? Une telle analogie ne se justifie-t-elle pas en se fondant sur la parenté de l’homme avec Dieu, créé qu’il est ‘à son image et à sa ressemblance’, et révélé ‘divin’ par grâce ? 



 

 a n t h r o p o l o g i e      c h r é t i e n n e    —    v o l u m e s

volume I   La maison du sens
volume II   La matrice de l'humain
volume III   La traversée de la différence
volume IV   L'aventure de l'Occident
volume V   Impasses
volume VI   Béance
volume VII   L'homme passe l'homme
volume VIII   Le fin-fond divin en toi
volume IX   Etat de grâce
volume X   Création nouvelle