7

Sens


Le sens du sens. Où les humains ne vont-ils pas chercher le sens ? Pourquoi sur la scène du monde les grands ‘pourquoi’ sont-ils si absents et pourquoi le futile occupe-t-il si largement l’espace de la scène ?

Le souffle de la parole. Une parole qui, sans cesse, reprend son souffle pour ne pas s’essouffler. Nous verrons, au Volume II, que l’homme est fils de la parole. La parole par excellence est donc matrice de l’humain. Et le sens en sa plénitude peut être dit souffle de la parole humanisante. Contrairement à l’animal à qui le sens est pour ainsi dire donné d'emblée, l'homme est l'être en qui le sens se décide. L’animal ne ‘perd’ jamais le sens. Seul l’homme peut le perdre. Il lui appartient de se trouver le sens. Le sens, si difficile à se concevoir en lui-même, se comprend en contre-point face à ses contraires: l’absurde, la déraison, l’insensé, la folie, l’aberrant, le dément, l’inepte...

Le sens qui donne sens. Le sens qui proteste contre l’absurde. Le sens qui résiste au non-sens. Le sens qui ouvre les horizons. Le sens qui met en perspective. Le sens qui rassemble ce qui est dispersé et disperse ce qui s’agglutine. Le sens qui libère les ‘pourquoi ?’ de l’angoisse. Le sens qui affecte d’un ‘plus’ le verbe être. Le sens qui crève les cercles vicieux. Le sens qui fait que les raisons se tiennent et s’entretiennent. Le sens qui lit entre les lignes. Le sens qui met en transparence. Le sens qui ne perd pas l’humour. Le sens du sens
surgit dans la béance. Entre d'extrêmes antagonismes irréductibles. A travers l'indécidé qui provoque la décision.



Sens constituant. Dis-moi le sens englobant derrière les multiples sens englobés qui régissent ton existence concrète. C'est-à-dire l'espace total de la 'maison du sens' que tu habites et qui te donne ultimement le souffle pour vivre et pour survivre. Les différents niveaux de sens s’emboîtent. Un ‘pourquoi’ n’est pas forcément l’ultime ‘pourquoi’. Il reste encore et encore un pourquoi du pourquoi. Chaque sens constitué vit ainsi par grâce d'un sens constituant. Il se donne dans l'espace d’un sens plus grand et plus fondamental qui l'englobe et le porte. Ce sens constituant est tellement discret qu’il ne se manifeste pas habituellement en pleine lumière. Il est comme l'âme dans un corps. Il reste toujours pauvre face à la richesse des sens constitués.

La parole à l'ailleurs d'elle-même. L’ouvert crucifie le sérieux de tout discours et renvoie la parole à l’ailleurs d’elle-même. Reste un dire à la limite. Allégorie. Parabole. Poème. Avec le symbole
comme signifiant. Symbole. Du grec syn-balein. Rapprocher. Mettre ensemble. Les deux morceaux d’un tesson brisé qui, en ‘collant’ parfaitement ensemble, prouvent une identité. Chaque moitié symbolique est ainsi béante sur l’autre moitié. Le sens, fondamentalement, se donne à travers la différence de ses deux moitiés symboliques. L’homme symbole de l’Autre. C’est-à-dire sa moitié visible qui ne cesse d’appeler l’autre moitié, invisible... L’extrême labilité du sens existentiel, sa béance, sa ‘faiblesse’, renvoient vers la ‘force’ d’un autre ordre. Non pas en continuité mais en rupture. A travers incertitude et risque s’ouvre ainsi l’espace du pari. C’est là que l’authentique humain se décide.



 

Le clos et l'ouvert. Les concepts essentiels de notre condition peuvent se diviser en deux classes selon qu’ils sont ‘clos’ ou ‘ouverts’. Les premiers nous permettent de devenir ‘maîtres et possesseurs’. Ils tendent vers un minimum de sens et un maximum de puissance. Les seconds nous ex-posent et nous livrent à l’infinie béance. Ils tendent vers un maximum de sens et nous laissent avec un minimum de pouvoir. Le sens existentiel de l’humain se cherche à travers des concepts d’extrême béance comme Dieu, l’être, l’éternité, la facticité, l’existence, la mort, l’amour, la liberté, le mal... Concepts ‘incontournables’ au sens premier du terme. On ne peut en faire le tour. On ne peut proprement les com-prendre (cum-prehendere: étreindre, saisir ensemble).



Fils de la béance. Béant sur un ‘ailleurs’. Béant sur une éternité. Béant sur un autre ordre. Béant sur un ‘pourquoi’ infini. Béant sur un exode incessant. Béant sur une gratuité absolue. Le sens est d’autant plus en béance qu’il est plus englobant et plus constituant. L’extrême sens est extrême béance. L’absence de Dieu en témoigne.

Sens existentiel. Un ébranlement ou un bouleversement nous éjectent hors de nos certitudes quotidiennes. La catastrophe. L’accident. L’échec. La mort. Le scandale... Etre expulsé du ‘milieu’ et projeté vers les ‘extrêmes’. Lorsque les ponts sont brûlés, reste une absolue béance où le sens peut se donner absolument. Les grandes ‘conversons’ en témoignent. Entre to be or not to be... A l’encontre de l’absurde, de la déraison, du non-sens. Savoir où l’on va. Ne manquer ni de boussole ni de référentiel. Etre paré pour affronter les tempêtes. Une réponse au ‘pourquoi’ multiforme et en même temps unique que l’humain ne peut pas ne pas se poser lorsqu’il prend conscience de sa condition. Le sens existentiel
s'identifie avec la raison d’exister, la raison de vivre, la raison d’être embarquél. Au-delà de son acception simplement abstraite et intellectuelle, il faut lui rendre toutes ses dimensions concrètes. Par analogie avec ce qui rend possible la vie déjà simplement biologique, l'étymologie dévoile des pertinences. Ainsi entre l’esprit et l’air. Spiritus. Spirare. Respirer. L’air de l’inspir et de l’expir. L’air que, sous peine d’asphyxie, les corps respirent... L’air que l’âme et l’esprit respirent... Le souffle chargé d’énergie spirituelle. Le souffle de l’esprit.


  


L'extrême englobant du sens ne peut ultimement que se confondre avec Dieu. Si Dieu était un ‘ce que’ qu’on peut définir et comprendre, il relèverait du même ordre que n’importe quel ‘objet’ de connaissance ou d'action. En tant qu’objet de ‘science’, il se trouverait quelque part le long ou au bout d’une ‘longue chaîne de raisons’. Une telle compréhension serait sous le signe de la nécessité logique. Elle s’imposerait à n’importe quel esprit utilisant la bonne méthode. Mais Dieu n’est pas un ‘ce que’ objectivable. Sous peine de se nier comme Dieu, il ne peut être qu’absolu non-objet. Pur ‘Que’ sans ‘ce que’. Donc in-saisissable, in-compréhensible, proprement im-pensable. L’ultime sens englobant, le sens du sens, reste extrême béance. Sans ‘ce que’. Simplement QUEqu’il y ait du sens, que ne soit pas absolument le non-sens... – l’acte d’être même du sens, sans contenu et possibilité absolue de tout ‘ce que'


  


Fonctionnement systémique. Le souffle est fils de la différence. Il `fonctionne' comme toute réalité énergétique entre une source chaude et un puits froid. Sa dynamique est fonction de cette différence de potentiel. Plus elle est grande, plus le souffle est puissant. Comment cette différence de potentiel entre source chaude et puits froid se traduit-elle concrètement dans l'existence humaine ? Le puits froid de notre souffle mine en quelque sorte, en permanence, nos énergies spirituelles. Il est présent de mille façons. Ainsi la lassitude. Le vieillissement. Le doute, L'oubli. La routine, et bien d'autres encore, sans oublier les péchés capitaux qui monnayent en quelque sorte le péché du monde en toute humanité individuelle ou collective. L'orgueil. L'envie. La colère. L'avarice. La luxure. L'intempérance. La paresse. L'entropie au cœur de l'humain. Face au puits froid, le surplombant en quelque sorte, se tient la source chaude de nos énergies spirituelles. Ses manifestations sont elles aussi infinies. La foi. La certitude. La lucidité. L'espérance. La paix. La joie. Agapè. La générosité. L'inspiration. La conversion. L'enthousiasme... Cette source chaude peut-elle être ultimement ailleurs qu'en Dieu ? Tu peux certes vivre en ignorant ta source chaude. Elle, elle ne t'ignore pas. Sous peine de mort !

Fils de la différence. Il n'existe pas de grande culture qui ne se soit constituée sans une source chaude puissante de signifiants absolus: Dieu, l'Etre, le Cosmos, les Valeurs, le Sens...  Egalement avec des accumulateurs sémantiques bien chargés comme la tradition, la religion, l'éducation, la sagesse commune, les monuments de l'art et de l'esprit... Jusqu'à son déclin un système culturel fonctionne grâce à son ouverture
sur l'écosystème du sens total. C'est ainsi qu'il peut être vivant. C'est ainsi que sa vitalité spirituelle, c'est-à-dire sa néguentropie, ne cesse de défier victorieusement la fatalité entropique de la dégradation du sens.



L'écosystème du sens. Les réalités spirituelles se comprennent à travers le paradigme des réalités naturelles et matérielles. Il faut commencer par réfléchir sur ce qu'est un écosystème et comment il est menacé de mort lorsque lui est refusée l'ouverture. Tout se passe, en effet, comme si, à l'image du monde matériel, l'ordre spirituel se déployait dans un écosystème spécifique d'énergie spirituelle. Dans la biosphère il y a des éléments vitaux comme l'eau ou l'air qui sont pourtant bien communs. Nous n'en prenons réellement conscience que lorsqu'ils viennent à manquer. Ainsi en va-t-il du sens. Jusqu'à aujourd'hui nous ne savions pas son absence mortelle. Nous vivions inconsciemment dans sa surabondance. Nous le produisions tout naturellement plus que nous ne le consommions. Nos réservoirs en débordaient. Il s'agit ici du système total du sens. Non pas de tel ou tel sens particulier, non pas de telle ou telle culture particulière, mais du sens absolu, c'est-à-dire du sens du sens. L'écosystème du sens est la grande maison du sens, la grande matrice spirituelle dans laquelle s'engendre et s'éduque l'humain en tant qu'humain.

Grande matrice spirituelle. L'écosystème du souffle est la grande matrice spirituelle dans laquelle s'engendre et s'éduque l'humain en tant qu'humain. Il n'existe pas de grande culture qui ne se soit constituée sans une source chaude puissante de signifiants absolus: Dieu, l'Etre, le Cosmos, les Valeurs, le Sens... Egalement avec des accumulateurs sémantiques bien chargés comme la tradition, la religion, l'éducation, la sagesse commune, les monuments de l'art et de l'esprit... Jusqu'à son déclin un système culturel fonctionne grâce à son ouverture sur l'écosystème du sens total. C'est ainsi qu'il peut être vivant. C'est ainsi que sa vitalité spirituelle, c'est-à-dire sa néguentropie, ne cesse de défier victorieusement la fatalité entropique de la dégradation du sens.

Capital d'énergie spirituelle.
Même l’absurde le plus radical, aujourd’hui, ne succombe pas à sa propre logique parce que ne sont pas encore à plat les puissants accumulateurs d’énergie sémantique. Elle ne peut que vouloir refouler ce sans quoi elle ne pourrait survivre et qui, pourtant, contredit si diamétralement ses présupposés. Car nos audaces d’aujourd’hui ne fonctionneraient pas sans cette formidable réserve de sens, véritable capital d’énergie spirituelle constitué au cours des siècles d’intense vie spirituelle de l’histoire occidentale. Constitué notamment durant ces longues périodes que nous avions crues obscures et qui étaient en fait les hivers écologiques où, imperceptiblement, sûrement, germaient les moissons à venir. Cette extraordinaire énergie de l’espace occidental dont nous nous sommes faits les enfants prodigues...

Réservoirs d'énergie spirituelle. Les réservoirs d'énergie spirituelle prennent une importance capitale dans le fonctionnement `systémique' du Souffle, entre Source chaude et Puits froid. Même si la Source chaude venait à perdre de son énergie, le moteur peut continuer à tourner, au moins durant un certain temps. A condition que les réservoirs ne soient pas vides.  Les sources sont rarement spectaculaires et les conduits le plus souvent souterrains. Les choses essentielles pour notre survie ne prennent réellement de l'importance à nos yeux que le jour où elles se font rares et menacent de manquer. Il n'est pas sûr que ce jour ne tarde... L'urgence se fait criante de nous préoccuper des authentiques ressources d'humanité. Il s'agit de retrouver nos sources et de recharger nos capacités. Disposer d'assez d'authentique humanité `en réserve' pour faire face aux désespérances.

Aucun système ne peut fonctionner avec des accumulateurs à plat.
Le `système' humain moins que tout autre. C'est parce que ses réservoirs d'énergie spirituelle et de ressources d'humanité ne sont pas vides et restent malgré tout encore `branchés' sur la source chaude que l'humain est capable de traverser sans mourir des espaces désertiques où le sens s'étiole et où l'absurde prolifère. Mais si les réserves s'épuisent ? Si les canaux sont laissés à l'abandon ? L'humain peut-il survivre indéfiniment coupé de sa source chaude ? La méconnaissance de l'importance des réservoirs d'énergie spirituelle peut entretenir de fallacieuses illusions. Celle, entre autres, de croire à une `génération spontanée' du souffle là où c'est en fait l'énergie `accumulée', peut-être durant de longs siècles précédents, qui continue d'alimenter la différence de potentiel et d'empêcher ainsi - pour combien de temps ? - l'asphyxie. Toute culture, collective ou personnelle, accumule des réserves de sens sous des formes très diverses et complémentaires. Il suffit d'en évoquer ici quelques-unes. Ainsi la masse des `coutumes' et des `traditions' d'une famille ou d'un peuple. Les `valeurs' transmises de génération en génération. Les `monuments' laissés par l'histoire. Les `modèles' d'action et de comportement. Les `pourvoyeurs de sens' que sont les `sages', les `héros' ou les `saints'. Les `œuvres' d'art et leur rayonnement esthétique. Les `paysages' qui inspirent... Et puis, ne cesse d'opérer cette mystérieuse solidarité de grâce dans un monde où les uns ne peuvent jouer les prodigues que parce que d'autres restent `branchés'. La `communion des saints'... Il suffit qu'il n'en reste que quelques-uns. Mais sans doute sont-ils beaucoup plus nombreux qu'il n'y paraît aux petites lucarnes de nos médias.



Les trois conditions d'une forte dynamique spirituelle: a) Une source chaude puissante - b) Un puits froid profond - c) Des réservoirs pleins

Clôture
. Une certaine modernité se constitue progressivement en bouclant le règne de l’humain sur lui-même. Le système tout entier veut fonctionner en clôture. Pour la première fois depuis que l’homme existe, un système culturel prétend se fermer en absolue autonomie. C’est en autosuffisance qu’il veut fonctionner et progresser. C’est par auto-création même qu’il veut être. Cela veut dire que, désormais, il croit se faire créateur de l’unique source chaude de toute son énergie spirituelle. Le sens total enfermé en immanence. En totale finitude. Dans le complet oubli de son entropie et de sa nécessaire néguentropie. Dans l’oubli de son ‘puits froid’. Dans l’oubli, également, de ses accumulateurs non complètement déchargés et sans lesquels ses prétentions elles-mêmes d’autonomie se liquéfieraient dans le néant.

L’absurde naît de l’enfermement. Lorsque les existences schizoïdes se retrouvent sans lien avec l’être total, sans lien avec la raison totale, sans lien
avec le sens total. Reste alors l’être cassé. L’absurde en emplit les interstices. Reste la tâche impossible de rassembler les morceaux de la raison éclatée.




Enfermement. La schizoïdie anthropocentrique par laquelle la modernité accède à elle-même boucle l’autonomie en clôture totale dans le grand enfermement de l’humain sur l’humain. Pour la première fois depuis que l’homme existe, le système anthropogène se met à fonctionner en se donnant lui-même sa source chaude. C’est-à-dire en réchauffant continuellement lui-même et à partir de lui-même la source chaude de son sens et de ses significations. Et partant à recharger aussi par lui-même et à partir de lui-même ses accumulateurs sémantiques. La source chaude et le puits froid du sens sont enfermés en absolue finitude. Le sens total se donne ainsi, en lui-même et pour lui-même, à partir de son enfermement en immanence. Mais en même temps il ne peut pas ne pas faire sien, même en le renvoyant à l’infini (lequel infini se voulant lui-même enclos en finitude), le puits froid de sa production de sémantique entropie. La montée de l’absurde, de l’étrange, du désenchantement, de la désespérance... Bien sûr, jusques en ses extrémistes clôtures en finitude, la modernité ne cesse, effectivement, de participer, souvent malgré elle, et plus inconsciemment que consciemment, à quelque ‘transcendance’. Sans ce subterfuge elle ne saurait survivre longtemps sans succomber à l’asphyxie. Ainsi la rupture avec la source chaude n’est jamais consommée. Et surtout les accumulateurs ne sont jamais complètement déchargés.

L’allégorie de la Caverne
dit l’essentiel. L’authentique humain ne peut pas confondre son ‘oïkos’ avec la caverne. En clôture l’énergie spirituelle d’authentique humanité ne peut que succomber à l’entropie et se dégrader. Nous vivons dans l’illusion d’un ‘ouvert’ grandissant que nous ne cessons de nous octroyer à nous-mêmes. Voyez la ‘liberté’. Sans règle. Sans contrainte. Sans bornes. Sans ‘maison’... Clocharde. ‘Ouverte’ simplement pour la satisfaction d’elle-même et finalement pour rien d’autre qu’une profonde frustration. En nous bouclant sur notre possible clos sur lui-même, nous nous bouclons dans l’absurde. C’est en ouvrant l’espace de l’humain à l’infini de Dieu que s’ouvre grand un espace pour l’espérance. Ici l’impossible Démon de Maxwell doit céder sa place à l’Ange de la grâce.


 


Devenir maître et possesseur de la nature.
Ce rêve cartésien ne pourrait se formuler s’il n’avait été précédé, plus de cinq siècles auparavant, de cet autre rêve de devenir maître et possesseur du sens. Est-il possible de maîtriser la nature avant de s’être rendu maître des essences et du verbe ? Cela commence vers l’an 1100. Très timidement encore. Et de façon quasi innocente. Parmi les protagonistes nous trouvons un homme à la destinée singulière, Abelard, un des premiers ‘modernes’. Chez ce ‘maître de la dialectique’ un drame se joue entre la raison et la foi. C’est avec la crise nominaliste, en effet, que l’intelligence occidentale commence à succomber à la tentation schizoïde.

Illusions. Il reste encore bien des illusions. Et, pour beaucoup d'esprits, l'évidence n'est pas encore évidente. C'est même incontestablement l'évidence la plus difficilement admissible par la modernité. Comme si le mythe de la `lucidité' était le plus aveuglant de tous ! Les évidences, pourtant, se font criantes. Ainsi, la prétention moderne de “devenir maîtres et possesseurs de la nature" était logée et fonctionnait dans un système qui se prenait pour absolu. Mais, en fait, nous le découvrons aujourd'hui englobé dans un plus large système qui ne peut que le relativiser. Autre illusion mortifère. Nous avons cru que la dynamique du sens surgissait ex nihilo ou encore sortait de la cuisse de Jupiter comme la chose la plus `naturelle' du monde. Nous prenons une plus grande conscience - le paradigme de notre écosystème matériel nous éclairant - que nos possibilités tiennent d'une plus englobante donation de sens. Nous vivons dans l'illusion d'un `ouvert' grandissant que nous ne cessons de nous octroyer à nous-mêmes. Voyez la `liberté'. Sans règle. Sans contrainte. Sans bornes. Sans `maison'... Clocharde. `Ouverte' simplement pour la satisfaction d'elle-même et finalement pour rien d'autre qu'une profonde frustration. En nous bouclant sur notre possible clos sur lui-même, nous nous bouclons dans l'absurde. C'est en ouvrant l'espace de l'humain à l'infini de Dieu que s'ouvre grand un espace pour l'espérance. Ici l'impossible Démon de Maxwell doit céder sa place à l'Ange de la grâce.

Pourquoi les civilisations meurent-elles ? La raison ne doit pas être différente de celle qui préside à la mort de n'importe quel système vivant. Elle peut s'énoncer de façon très simple. Un vivant meurt lorsqu'il se ferme et, en se fermant, succombe à son entropie.

Impossible clôture. Nous ne cessons de vouloir boucler le règne de l'humain sur lui-même. Le système tout entier veut fonctionner en clôture. Pour la première fois depuis que l'homme existe, un système culturel prétend se fermer en absolue autonomie. C'est en autosuffisance qu'il veut fonctionner et progresser. C'est par autocréation même qu'il veut être. Cela veut dire que, désormais, il croit se faire créateur de l'unique source chaude de toute son énergie spirituelle. Le sens total enfermé en immanence. En totale finitude. Dans le complet oubli de son entropie et de sa nécessaire néguentropie. Dans l'oubli de son `puits froid'. Dans l'oubli, également, de ses accumulateurs non complètement déchargés et sans lesquels ses prétentions elles-mêmes d'autonomie se liquéfieraient dans le néant.

Par quel miracle l'humain bouclé sur lui-même ne succomberait-il pas à son entropie ?
Notre modernité vit dans l'illusion d'un tel miracle. Obnubilés par notre possible sans aller jusqu'aux raisons profondes de ce possible nous croyons que l'humain est à lui-même sa propre source chaude. Pourquoi l'homme, fabricateur d'outilité, fabricateur de texture, fabricateur de texte, ne serait-il pas aussi fabricateur de ce qui lui vient d'ailleurs, par grâce ?


  


Ecologie. Elle vient lorsque nous prenons conscience que nos puits sont obstrués et nos sources polluées. Elle vient lorsque les flux énergétiques se font insuffisants et que les réservoirs se vident. Elle vient lorsque les éboueurs ne suffisent plus à la tâche. Elle vient lorsque nous nous sentons vivre au-dessus des possibilités d'approvisionnement et de recyclage de notre terre. Elle vient et nous force à réfléchir sur nos clôtures et nos ouvertures. Elle vient dissiper nos illusions. Elle vient nous faire prendre conscience des frontières et des limites. Elle vient nous rappeler que le `dedans' n'est possible que par le `dehors'. Elle vient briser nos chaînes et nous presser à sortir de la caverne. Quelle valeur a l'eau lorsqu'elle surabonde ? Elle peut prendre un prix infini lorsque tu es perdu dans le désert. Nous n'avons pas fini de traverser notre désert spirituel. Pour étancher nos soifs essentielles nous risquons de ne plus trouver que les puits obstrués et les sources polluées par nos maîtres penseurs. Pourtant elles doivent bien exister ces “sources d'eau jaillissantes pour la vie éternelle” ! Nous nous sommes mis à boucler en clôture notre espace d'humanité. Nous avons cru pouvoir faire fonctionner exponentiellement nos possibilités dans l'enfermement de notre schizoïde autonomie, bouclant en un gigantesque feed back les sorties de notre système sur ses entrées.

Nous nous voulions maîtres et possesseurs du système total lui-même. Maîtres et possesseurs de toute sa différence de potentiel. Maîtres et possesseurs de toute son énergie spirituelle créatrice. Maîtres et possesseurs de sa source chaude et de son puits froid. Maîtres et possesseurs non seulement de notre possible englobé mais aussi de notre impossible englobant.

Le péché le plus grave contre l'écosystème du sens a été de nier son essentielle ouverture.
Nous avons cru pouvoir le faire fonctionner en clôture, comme une simple mécanique, crispé sur lui-même, bouclé en schizoïde autonomie auto productrice. Nous nous voulions maîtres et possesseurs du système total lui-même. Bien plus, maîtres et possesseurs aussi de sa source chaude et de son puits froid. Maîtres et possesseurs donc de toute sa différence de potentiel, c'est-à-dire de toute son énergie spirituelle créatrice.



Quel progrès en clôture ? Insouciants des lois de l'énergie et de l'incontournable entropie de tout système clos. Comment, par exemple, faire fonctionner exponentiellement une dynamique infinie – le `progrès', tels que nous l'imaginions – à l'intérieur d'un espace fini ? Ce n'est que pour un temps seulement que le système fermé peut ainsi se donner l'illusion de tourner quand même. Parce que les élans se prolongent par inertie cinétique. Parce que les réservoirs ne sont pas encore vides. Parce qu'il reste les prophètes et les témoins d'ailleurs. Mais inexorablement joue l'entropie. Mortelle.

Nous avons péché contre l'Esprit. Lorsque l'humain se laisse prendre aux mirages de l'originel tentateur, toujours `prince de ce monde'. Rompez la grande Alliance. Prenez votre autonomie. Bouclez votre monde sur lui-même. Devenez `maîtres et possesseurs' de vos possibles. `Vous serez comme des dieux !'. Il est impossible que de l'immanence bouclée en stricte immanence puisse sortir autre chose que du tautologique trop humain. Il faut à l'homme plus que l'homme pour devenir vraiment humain. Il lui faut l'Autre. Il lui faut la grande Différence verticale. Il lui faut le Souffle de Dieu. Aux commencements il n'en est pas ainsi puisque tout déborde de la surabondance d'Agapè. Aux aboutissements il n'en sera pas ainsi puisque tout harmonisera dans le plérôme du Christ. C'est dans l'entre-deux qu'urge une conversion.

Nous avons péché contre l'Ouvert. Nous pensions nos horizons illimités. Nous avons cru que, sans l'Autre, tout était possible. Nous avons déclaré `indépassable' l'horizon de nos idéologies. Mais la forêt n'est-elle pas justement l'horizon indépassable du chimpanzé ? Nous n'avons pas fini de mesurer l'étroitesse de notre pensée et des petites lueurs de nos lumignons que nous prenions pour les `Lumières'. Nous avons oublié l'essentielle ouverture de tout système vivant. L'écosystème du sens encore plus que tous les autres. Obnubilés par nos prouesses et béats devant nos aménagements intérieurs nous avons oublié qu'il y a un `dehors' de notre caverne.

Nous avons péché contre la Source chaude et le Puits froid. Un monde qui méprise les nappes phréatiques de ses sources en vient vite à être condamné à boire l'eau de ses citernes frelatées. Nous avons cru garder la divine démesure en refusant sa source, l'Alliance, qui lui donne sens. A l'homme schizoïde devenu 'suprême' revient maintenant la tâche surhumaine d'inventer inlassablement l'homme ! Il est impossible que de l'immanence bouclée en stricte immanence puisse sortir autre chose que du tautologique trop humain. Il faut à l'homme plus que l'homme pour devenir vraiment humain. Il lui faut l'Autre. Il lui faut la grande Différence verticale. Il lui faut le Souffle de Dieu.

Nous avons péché contre l'écosystème du sens. Notre péché contre l'écosystème `matériel' n'est encore que le corollaire de notre péché contre l'autre écosystème, le `spirituel', celui du sens. C'est-à-dire celui du sens donnant sens. Il s'agit ici du système total du sens. Non pas de tel ou tel sens particulier, non pas de telle ou telle culture particulière, mais du sens absolu, c'est-à-dire du sens du sens. L'écosystème du sens est la grande maison du sens, la grande matrice spirituelle dans laquelle s'engendre et s'éduque l'humain en tant qu'humain.  Sous peine d'inanition spirituelle, il nous faut restaurer la `maison' du sens. Pour cela nous devons commencer par ne pas tricher avec les sources chaudes et les puits froids du souffle de notre verbe.

Nous risquons de perdre le sens.
Il n’a jamais existé une civilisation aussi riche en productions culturelles que la nôtre. Une prolifération de sens ‘constitué’. Il lui manque le sens ‘constituant’. Jamais autant qu’aujourd’hui risquions-nous l'asphixie spirituelle. Pourtant n’a-t-il jamais existé une civilisation aussi riche en productions culturelles que la nôtre ? Certes. Mais il manque à cette prolifération de sens ‘constitué’ un espace ouvert à sa démesure. Il lui manque le sens ‘constituant’. Le sens qui donne sens.

Clochards des insignifiances. Nous qui, désertant la maison du Père, nous voulions maîtres de l’universel, nous nous sommes retrouvés clochards des insignifiances. Jusqu’où faudra-t-il traîner nos faméliques illusions pour, à nouveau, être touché par la nostalgie des espaces paternels ? Combien de temps encore le fils prodigue de la modernité voudra-t-il garder les cochons avant de retrouver le chemin vers la maison du Père ? D’abord, sans doute, lui faut-il trouver le chemin de l’anamnèse. Et le cri profond de la nostalgie.

Qulle parole face à la déroute ?
Il faut très certainement une bonne dose de naïveté pour croire pertinente, aujourd’hui, une autre parole, en ce monde où les détracteurs du sens prolifèrent, forts de leurs lucidités démystificatrices et sûrs de leurs incertitudes. Lorsque les significations, ayant perdu les références, tournent en rond, piégées en leur nominaliste tautologie. Lorsque les référentiels eux-mêmes se mettent à flotter au gré des conventions voire des modes...Il est vrai que la déroute spirituelle s’arrange à caresser l’aujourd’hui dans le sens du poil. Ces épidermiques connivences avec l’actualité garantissent les euphories de nos démangeaisons. Etre dans le vent devient l’impératif catégorique de nos déracinements.

Dissidence. Si la faillite du sens est d’actualité il faut devenir inactuel en refusant le non-sens. Une telle dissidence urge plus que jamais. Et plus que jamais elle exige audace. Tant est massive la contrainte mimétique de la liquidation. Imagine un instant qu’atteintes par la contagion s’éteignent les voix rebelles et se taise le petit reste des protestataires du sens. Combien de temps, penses-tu, le monde survivrait-il ? Face à ce monde qui pardonne tout à ceux qui le suivent bêtement il est urgent de cultiver le devoir d’indocilité.

Oser...
Les modes nous emportent au gré de ce qui est dans le vent. Pour être soi en vérité il faut oser être inactuel. Mille et une raisons du soupçon militent en faveur des avortements sémantiques. Quelque chose comme une grande conjuration anonyme se ligue contre le sens. Et largement s’étale un consensus de démission. On croit l’énergie spirituelle résistante à toute épreuve. Elle est fragile comme le souffle. Son entropie est plus implacable qu’en toute autre énergie. L’énergie spirituelle se dégrade par démission en chaîne, par d’imperceptibles fragments de démission accumulées, par d’innocentes minuscules démissions juxtaposées. Les mécanismes démissionnaires ont besoin, pour fonctionner, de la force que procure l’illusion. Chacun se croit seul résistant. Tous se sentent noyés dans le ‘on’ qui démissionne. Donc aucun n’ose protester. Et, cercle vicieux, ce silence collectif conforte les solitudes découragées. Il faut à ce monde spirituellement anémique des prophètes qui témoignent de l’ouvert infini du sens et, partant, de l’espérance.

L'homme peut-il se donner à lui-même sa source chaude ?  Ce qui est remarquable c’est que toutes les cultures, à l’exception de la culture moderne, fonctionnaient ou continuent de fonctionner avec une source chaude puissante et avec des accumulateurs de sens bien chargés. Source chaude puissante de signifiants absolus: Dieu, l’Etre, le Cosmos, la Nature, l’Ordre, les Valeurs... Accumulateurs de sens bien chargés: la tradition-transmission d’un donné signifiant et signifié important. Toutes ces cultures fonctionnent en homéostasie avec l’écosystème du sens. Et jusqu’à leur déclin, la néguentropie signifiante défie victorieusement la fatalité entropique de la dégradation du sens. Il s’agit ici non pas de tel ou tel sens particulier mais du sens total, en quelque sorte le sens du sens, le sens de tout sens possible, la donation radicale du sens, le champ fertile du sens ou encore la "vitalité" du sens en général.

Restent quand même les 'accumulateurs'.
Même l’absurde le plus radical ne succombe pas à sa propre logique parce que ne sont pas encore à plat les puissants accumulateurs d’énergie sémantique. Spécialement la judéo-chrétienne signifiance. Plus qu’elle n’ose se l’avouer à elle-même, la modernité fonctionne malgré tout, même par subreptice participation, sur une formidable réserve de sens, véritable capital d’énergie spirituelle constitué au cours de l’histoire occidentale. Constitué notamment durant ces longues périodes que nous avions crues obscures et qu’une plus saine écologie du sens commence à nous faire reconsidérer aujourd’hui.




La foi. Elle n’est pas ‘au bout’ d’une suite d’articulations rationnelles. La foi est ouverture. On ne tombe pas sur Dieu comme sur une nouvelle formule explicative. La foi est ouverture au don du sens. En sa nudité elle est exposée à une plénitude infinie qui lui vient de l’Autre. La foi est entrée libre dans le don gratuit du sens.

Le Sens nous est donné. L’humain est fils de la Parole, matrice de l’humain. Mais quelle parole engendre quel homme ? Une parole tautologique en résonance avec la ‘bulle’ que nous nous constituons ? Ou bien une parole venant d’ailleurs ? Lorsque l’esprit refuse ses propres limites et ses enfermements, il ne peut pas ne pas prendre le chemin de la critique et de la critique de la critique à l’infini. Il se situe ainsi dans l’Ouvert. L’Ouvert n’est pas d’emblée accueillant ni confortable. Cela explique sans doute pourquoi ils sont si peu nombreux ceux qui s’y expatrient. C’est pourtant dans l’Ouvert que le Sens se donne. Non pas n’importe quelle signification d’agrément ou d’utilité. Mais le Sens du sens. Et fondamentalement le Sens de la parole qui nous engendre humains.

Ce Sens ne vient pas de nous.
Cela est devenu manifeste à travers toute notre précédente recherche, Le Sens – l’absolu Sens du sens – nous est donné. Il vient d’ailleurs. Il vient de l’Autre. Ce don du Sens s’appelle, dans l’espace chrétien, la révélation. L’étymologie est parlante. Un voile se déchire. La réalité vraie se manifeste. Non pas en continuité logique avec nos préalables. Mais dans la rupture d’une radicale nouveauté. De façon purement gratuite.




La foi est ouverture. Elle signifie donc la sortie de la caverne de nos évidences terre-à-terre, de nos intérêts myopes et de nos obscurantismes revêchent.

La foi n’est pas englobée mais englobante. La foi n’est pas contenue ‘dans’ nos possibilités psychologiques ou mentales. Elle n’est pas un produit du ‘je pense’ individuel ou collectif. Elle n’est pas logeable dans un système d’idées.

La foi n’est pas en ma possession. Je n’en dispose pas. Je suis disposé par elle.

La foi n’est pas de l’ordre du ‘ce que’, à savoir quelque chose comme un ‘objet’ qui pourrait se laisser saisir, comprendre ou manipuler. La foi est de l’ordre du ‘que’. Elle précède toute possible saisie et toute possible compréhension. Elle ‘est’ comme l’impératif ontologique de l’acte créationnel. Non pas constituée. Mais constituante.

La foi n’est pas ‘au bout’ d’une suite d’articulations rationnelles. On ne tombe pas sur Dieu comme sur une nouvelle formule explicative.

La foi est ouverture au don du sens. En sa nudité, elle est exposée à une plénitude infinie qui lui vient de l’Autre. L’évidence naturelle contraint. Procédant par ‘longues chaînes de raisons’, elle enchaîne dans l’ordre du Même et de la nécessité. La foi rompt les nécessités. Elle appelle. Dans l’ouvert de la liberté et de la gratuité.

La foi est entrée libre dans le don gratuit du sens. Elle te situe au cœur de l’extrême englobant. Tu te trouves en gestation dans la matrice de l’Absolu. Baigné d’une lumière où toute chose prend un éclairage neuf et où les ombres elles-mêmes – avec l’ensemble du jeu des ombres – s’expliquent. Les questions ne sont plus absolues. Elles se posent sur fond de réponse. Aucune réponse explicite n’est encore livrée. Mais le Sens de toute possible réponse est déjà-donné.

Le décisif de la foi est acte. Elle s’engage. La foi s’accomplit en Agapè. Avec Agapè elle traverse les étendues du scandale. Pour en faire un espace de grâce.

Dans l'ouvert. Le monde de l’animal ne s’étend pas très loin au-delà de son museau. L’homme n’est pas limité, comme l’animal, par l‘horizon indépassable’ de son instinct, de son ignorance ou de ses certitudes terre-à-terre. L’homme est ouvert sur l’infini. Il ne saurait donc passer à côté de la question eschatologique. Qu’est-ce qui est ‘au-delà’ ? Qu’est-ce qui advient ‘après’ ? Après et au-delà
des limites de l’espace et du temps de notre condition humaine.



C'est l'Autre qui sauve. Le salut n'est pas dans la recherche de la plénitude de soi, ni dans la conquête du vide de cette plénitude. Car en ces recherches et en ces conquêtes n'est jamais visé que le ‘même’. La foi chrétienne ne culmine pas dans l'illumination, ni dans la béance de l'illumination, mais dans la rencontre de l'Autre. La foi est ouverture à une présence et à une rencontre. Cette rencontre célèbre l'irruption de l'Autre qui vient par grâce. L'Autre. Et avec lui tous les autres. Ils viennent déranger. Contre cette irruption, jouent les mille défenses païennes en quête d'un absolu immobile, pur et impassible. Mais tel n'est pas l'Absolu chrétien qui s'appelle Amour. "La distance infinie des corps aux esprits, dit Pascal, figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité." Une distance infiniment infinie entre les plus grandes splendeurs auxquelles nous puissions par nous-mêmes accéder et la gloire qui doit se manifester en nous par grâce.


 


La parole prophétique signifie l’irruption de l’Autre au beau milieu de notre existence. L’Autre qui vient – d’extra-muros – pro-voquer nos clôtures pour les ouvrir à l’infini.