Choir en l’Abîme



Face à l'obscurité de l'impénétrable mystère divin, que l'homme se laisse choir en Dieu tout simplement. Qu'il ne demande rien, qu'il n'exige rien, qu'il se contente de désirer et d'aimer Dieu. (70)


Quand notre Seigneur voit ta pitoyable souffrance et comment tu la supportes, comment tu t'y comportes valeureusement, comment tu la souffres avec patience et abandon, alors il vient, lui, le Seigneur, avec la mesure débordante. Il se verse lui-même dans cette mesure car rien d'autre ne pourrait la combler. Il emplit la mesure jusque par-dessus bord de ce bien transcendant qu'il est lui-même, si bien qu'elle déborde de toutes parts. C'est
alors que l'esprit déborde dans l'abîme divin. (38)


L'homme se sent choir merveilleusement. Arrivée au sommet de ses possibilités, la nature ayant fait ce qu'elle doit faire sans pouvoir aller plus loin, le divin abîme vient faire jaillir ses étincelles dans l'esprit. Les pensées sont alors immensément au-dessus de la terre car cela se fait par la vertu divine. Et cette conversion dépasse toute intelligence et tout sentiment. Elle est merveilleuse, inimaginable. (28)


Tous les anges ensemble et tous les saints ensemble ne sauraient procurer une telle
conversion. Rien de ce qui est au ciel et sur la terre ne peut la provoquer sinon l'abîme divin seul dans toute sa démesure. Cela dépasse de loin toute possibilité de la créature puisque cela vient de la démesure divine. (28)


L'homme s'abîme dans son insondable néant. Il devient tellement petit, si réduit à rien, qu'il en perd tout ce qu'il a jamais reçu de Dieu. En toute pureté il renvoie tout ce bien à Dieu à qui il appartient. Il le rejette comme s'il ne l'avait jamais acquis. De cette façon il devient nu et s'anéantit autant que ce qui n'est rien et qui n'a jamais rien eu. (41)


Dans le profond et mystérieux abîme, il faut t'abandonner à l'amour au gré de ses volontés. Tu n'as plus alors aucun pouvoir sur toi-même. Il n'y a plus là ni pensées, ni usage des facultés, ni œuvres de vertu...
L'amour te consume alors la moelle et le sang. Veille bien, en pareil cas, à ne pas gâter la nature avec tes règlements extérieurs. (44)


Elles
seront plongées dans l'Abîme, plongées en Dieu, affranchies d'elles-mêmes et de toute frayeur, les âmes qui maintenant auront combattu et triomphé. (75)