Vide



Lorsqu'on veut remplir un tonneau, il faut d'abord enlever ce qu'il contient. Si l'on veut y mettre du vin, il faut enlever l'eau, car deux choses matérielles ne peuvent pas occuper le même lieu. Si donc le vin doit entrer, il faut d'abord que l'eau sorte car ce sont choses contraires. Pour que Dieu entre, il faut nécessairement mettre la créature dehors. (25)


J'ai vu dans les mines d'argent l'eau s'accumuler parfois en telle abondance qu'il devient difficile d'extraire le minerai. En pareil cas,
on s'ingénie à trouver un moyen pour que l'eau s'écoule d'elle-même. On trouve alors le trésor. (38)


Si l'homme doit recevoir la forme supérieure de l'essence qui est au-delà de toute essence, il faut nécessairement
que s'en aillent toutes les formes jamais reçues dans toutes les facultés... (64)


De cet état on peut bien dire qu'on y devient sans connaissance, sans amour, sans activité, sans esprit. Cela ne se fait pas en vertu d'une propriété naturelle mais par suite d'un acte de bonté toute gratuite,
le don d'une nouvelle forme supérieure que fait l'Esprit de Dieu à l'esprit créé, en réponse à son dépouillement radical et à son insondable abandon. (64)


Si donc tu sors complètement de toi-même, Dieu entrera tout entier.
Autant tu sors, autant il entre. Ni plus ni moins. (1)


Enfant, pour être uni à Dieu et changé en lui, tu dois mourir à toi-même avec tout ce qui t'est propre... Deux êtres ou
deux formes ne peuvent pas coexister en même temps. La chaleur doit-elle entrer ? Le froid doit nécessairement sortir. Dieu doit-il entrer ? Le créé et toute possession doivent sortir. (31)


Dieu ne désire dans le monde entier qu'une seule chose, la seule dont il ait besoin, mais il la désire d'une façon si extraordinairement forte qu'il lui donne tous ses soins. Voici cette seule chose: c'est de
trouver vide et préparé le noble fond qu'il a mis dans le noble esprit de l'homme, afin de pouvoir y accomplir son œuvre noble et divine.(5)


Le véritable vide de soi
vient se perdre dans l'abîme intérieur de Dieu. Mes enfants, là on se quitte tout entier dans une vraie et totale perte de soi-même. (51)


Si je dois devenir saint, il me faut
un fond saint, vide, pur, libre. Que je crie: Seigneur, Seigneur! Que je prie et que je lise beaucoup, que je sache bien parler et bien comprendre, que j'aie belle apparence, non, non, ce n'est pas tout cela qui nous fera entrer dans le Royaume. Il y faut vraiment quelque chose de plus. (55)


Le second degré (de vie spirituelle) est une
pauvreté de l'esprit et un étrange éloignement de Dieu, laissant l'esprit dans un douloureux dépouillement. (40)


Mais que doit faire l'homme pour que Dieu puisse envoyer sa lumière et agir en cet aimable fond ? Il doit se lever. "Surge", dit le texte: "Lève-toi"! Se lever et quitter tout ce qui n'est pas Dieu, soi-même et toute créature. Se lever,
élever le ‘Gemüt’ en Dieu, et affranchir le fond de l’âme. (5)


Chère enfant, cherche donc tout d'abord le royaume de Dieu, c'est-à-dire Dieu purement et simplement et rien d'autre.
Quand tout attachement aura été rejeté, la volonté de Dieu se fera sur la terre comme au ciel. (62)


Autant on meurt, autant on revit. Veux-tu que Dieu parle vraiment ? Toutes les puissances doivent se taire. Il ne s'agit plus ici de faire, mais de défaire. (31)


Ici,
tous les solides rochers sont brisés. Tout ce sur quoi l'esprit voudrait se reposer doit être supprimé. Et quand toutes ces formes ont disparu, alors, dans un instant, l'homme reçoit la forme supérieure. (64


On pourrait me demander:
comment l'homme peut-il être sans jouissance tant qu'il vit dans le temps? J'ai faim, je mange. J'ai soif, je bois. J'ai sommeil, je dors. J'ai froid, je me chauffe. Il ne peut pas se faire que cela me soit amer et sans satisfaction pour la nature. (3)


Tant que la nature est nature, il est impossible qu’elle ne donne des jouissances. Mais
cette satisfaction ne doit pas pénétrer en toi. Elle ne doit pas trouver place dans ton intérieur. (3)


La nature voudrait avoir quelque chose, savoir quelque chose, vouloir quelque chose. Et
il en coûte à la nature avant que ces trois ‘quelque chose’ soient morts en elle. (66)


Que ton 'gemüt' soit debout et tendu vers Dieu. Vis toujours face à Dieu. En vérité, si tu veux avoir le Créateur, il te faut te priver des créatures. Il ne saurait en être autrement.
Plus ton âme sera dépouillée et vide, et moins il y restera de créatures, plus aussi elle aura Dieu. C'est un marché à conditions égales. (78)