Ton néant



Non, mon cher enfant, ne bâtis sur rien que sur ton propre néant et précipite-toi avec ce néant dans l'abîme de la volonté divine. (42)


Cher enfant, enfonce-toi,
enfonce-toi dans le fond, dans ton néant. Et laisse tomber sur toi la tour et toutes ses cloches. Laisse fondre sur toi tous les diables de l'enfer ainsi que le ciel et la terre avec toutes leurs créatures. Tout cela te servira merveilleusement. Enfonce-toi seulement... (51)


Là l'esprit est alors ravi au-dessus de toutes les facultés, dans un
désert sauvage dont personne ne peut parler, dans les secrètes ténèbres du bien, hors de tout mode déterminé. (11)


Dans ce mystère
l'esprit créé est ramené dans la pureté de son néant d'avant sa création, où il était de toute éternité. Bien que n'étant en lui-même que créature, il s'y reconnaît comme Dieu en Dieu. (59)


Ces hommes se tiennent eux-mêmes pour pur néant et ne s'enorgueillissent pas plus de ces faveurs que si tout cela ne s'était jamais accompli en eux ou s'ils en étaient encore éloignés de milliers de milles.
De tout ce que Dieu opère en eux ou peut y opérer, ils ne retiennent rien et ne s'attribuent rien. Car ils ne s'arrêtent plus à rien qu'à leur pur néant. Et ils se mettent au-dessous de tous les hommes. (67)


Au ciel
Lucifer se dressa en voulant être quelque chose. Cela le précipita au fond des abîmes, dans le gouffre d'un néant pire que tout néant. Ce désir entraîna nos premiers parents et les chassa du délicieux paradis, ce qui nous a tous plongés dans la détresse et la peine. C'est cela qui fait que nous nous trouvons sans Dieu, sans grâce, sans amour, dépourvus et dénués de toutes vertus. C'est à cause de cela que nous ne trouvons de joie, ni en nous, ni hors de nous. (83)


Or donc, les messagers demandèrent à Jean qui il était. Que répondit le prince céleste, l'étoile du matin, l'archange? Jean répondit: ‘
Non sum’. Il confessa et ne nia point: ‘Non sum’. (83)


Au contraire, les hommes ne font-ils pas tous leurs efforts pour esquiver ou occulter ce ‘Non sum’?
Tous, en effet, voudraient être ou paraître quelque chose, que ce soit dans le domaine de l'esprit ou de la nature. (83)


Bien chers enfants, celui qui parviendrait à
descendre dans son fond pour y reconnaître son propre néant, celui-là serait parvenu sur le chemin le plus direct, le plus court, le plus rapide, le plus sûr, menant à la vérité la plus haute et la plus profonde qu'on puisse atteindre en ce monde. (83)


Ce chemin c'est: ‘Non sum’. Je ne suis pas. Ah! quel ‘être’ ineffable n'y a-t-il pas dans ce ‘non-être’ du ‘Non sum’! Hélas! regardez où vous voulez, personne ne veut marcher sur ce chemin.
Nous sommes, nous voulons et nous voudrions toujours ‘être’, l'un plus que l'autre. (83)


Voici qu'arriva une pécheresse; elle se jeta par terre et dit en son fond ‘Non sum’. En raison de cela elle a été élevée au-dessus de tous les cieux et placée plus haut que plus d'un chœur d'anges. Cette femme se prosterna bien bas aux pieds de notre bien-aimé Seigneur Jésus Christ et, de tout son cœur,
elle dit: ‘Non sum’. De ce fond surgit et grandit un éternel et durable ‘Ego sum’. Notre bien-aimé Seigneur Jésus Christ lui accorda tout ce qu'elle désira. (83)


La majesté de Dieu n'opère nulle part plus fructueusement et plus divinement que dans le plus profond
anéantissement de l'homme. (52)


Maintenant où aboutissent et où habitent les hommes auxquels cette inexprimable joie et cette merveille ont été présentées et découvertes? Ces hommes
se plongent d'inexprimable façon dans leur insondable néant. Ils s'y plongent de telle manière que, s'il était possible, ils voudraient être réduits cent fois à rien, pour la louange de Dieu. (56)


Que reste-t-il à l'homme dans cet état? Rien qu'un insondable anéantissement de lui-même et un plein reniement de toute propriété propre, par rapport à sa volonté, à son ‘gemüt’, à ses façons d'être et d'agir, à sa vie. Car
en se perdant ici l'homme s'enfonce dans les plus grandes profondeurs. (52)


Ce serait leur joie de descendre dans le non-être, face à l'Etre qui dépasse tout être, et s'abîmer devant sa grande majesté par amour pour lui. Devant cette majesté ils voudraient s'enfoncer encore, avec joie, jusque dans les dernières profondeurs. Car plus ils reconnaissent cette majesté, plus ils découvrent leur petitesse et leur néant. (56)


Continue à considérer à fond ton néant. Combien d'effrayantes tentations viennent t'assaillir, combien de défauts la volonté divine te laisse, intérieurement et extérieurement,
uniquement pour que tu sois attentif à apprendre l'unique nécessaire! Ne te trouble pas. Dieu ordonne tout cela pour ton bien, afin que par là tu sois amené à la conscience de ton néant. (51)


Sois bien sûr de ceci: si tu veux parvenir à la perfection, il te faudra si bien
te dépouiller de tout ce qui n'est pas Dieu, que tu n'en gardes pas le moindre brin. Et il faut que tout cela soit perdu au jeu, anéanti, et devienne objet de raillerie pour les autres gens et soit considéré par eux comme une bêtise et une folie. (60)


L’homme sort tout à fait de lui-même et perd le sens, c'est-à-dire tout appui. Entièrement dépouillé de tout, de lui-même et de toutes choses, il se plonge pleinement en son pur néant.
L'élévation vient de l'abaissement. Car plus on s'abaisse, plus on sera élevé. (65)