Amour étranger



Mais alors comment peut-il se faire que tant d'hommes prient, prient tous les jours de leur vie, sans que le pain de vie leur soit accordé, alors que Dieu est si ineffablement généreux, donne et pardonne si volontiers sans mesure et au-delà de toute limite ? Il doit y avoir à cela une cause bien puissante. C'est une chose bien étonnante. Mon enfant, je vais te la dire. Leur cœur, leur fond, leur amour et leur affection, sont occupés par un amour étranger, qu'il soit pour des morts ou des vivants, pour eux-mêmes ou pour ce qui leur tient à cœur. (17)


Cet amour étranger a si bien occupé et encombré la place que le véritable amour de Dieu qui est le vrai pain de vie n'y peut entrer d'aucune façon, aussi nombreuses que soient leurs demandes ou leurs prières. (17)


Ainsi en est-il, en vérité, quand il y a en toi quelque chose qui n'est pas Dieu, ou dont Dieu n'est pas la vraie cause.
Cela n'est pas à sa place en toi. (72)


Cette infection a jeté des
racines si profondes dans le fond de l'âme que les maîtres les plus instruits ne peuvent pas, avec leur pensée pourtant exercée, en suivre les ramifications. (23)


Ce fond de fausseté qui réside dans l'esprit et dans la nature se trouve souvent là où l'on pense que c'est Dieu qui commande. Pourtant là aussi se retrouve cette
inclination empoisonnée du retour sur soi. C'est soi-même que l'homme cherche dans toute son activité. (23)


Ce Judas est en nous. C'est la misérable appropriation qui vole et trahit tout le bien que Dieu opère en l'homme. (22)


Nous avons en nous
un méchant attachement caché qui gâte et anéantit tout le bien qui est en nous, comme lorsqu'on met une noble et exquise nourriture dans une marmite malpropre, ou du bon vin dans un tonneau moisi. (73)


Il y a dans l'homme un méchant
hameçon bien caché, un vilain leurre, c'est-à-dire la manie de tout s'approprier et de tout rapporter à soi, la fausseté de tirer à soi tout ce qu'on peut prendre en Dieu et dans les créatures. (27)


Voilà le
voleur qui se glisse en nous de façon diabolique. Il ravit à Dieu sa gloire et dérobe à l'homme la vérité et la perfection. (27)


C'est vraiment l'hiver quand le cœur est si refroidi et si endurci que ni la grâce de Dieu,
ni Dieu lui-même, ni les choses divines n'y ont plus de place. (13)


Tant qu'il n'a pas extirpé toute inclination, toute attache, toute complaisance en lui-même et toute possession ayant souillé son fond; tant qu'il n'a pas fait disparaître tout ce qu'il a jamais possédé volontairement avec jouissance, dans son esprit ou dans sa nature, ou encore toutes les choses désordonnées qu'il a jamais acceptées volontairement et librement; tant qu'il ne s'est pas débarrassé complètement de tout cela
pour se retrouver dans le même état qui était le sien lorsqu'il est sorti de Dieu, il ne rentrera pas dans son principe. (44)


Sois sûr de ceci: s'il y a dans le fond de l'homme la moindre chose qui ne soit pas vraiment Dieu et dont Dieu ne soit pas la vraie cause, que ce soit toi-même ou autre chose, quelle que soit cette chose et si petite soit-elle,
tant que cette chose est là, Dieu ne te sera jamais donné à fond. (72)


Sache-le bien: aucune des créatures que Dieu a jamais faites ne peut te mettre au large, ni même t'aider à sortir.
Dieu seul le peut. (2)