La chasse mystique



L'homme intérieur voudrait de tout cœur être près de Dieu en qui est sa vraie demeure. Il y chasse et y pousse l'homme extérieur. Mais l'homme extérieur poursuit un autre chemin. Ainsi ces deux hommes se font la chasse l'un à l'autre. (9)


Il ne se fera jamais rien qui vaille des hommes qui refusent de se laisser prendre par cette poursuite et cette angoisse. Ils restent ce qu'ils sont. (9)


L'homme est chassé comme un gibier qu'on veut offrir à l'empereur. Il est chassé, déchiré et mordu par les chiens. Il est ainsi beaucoup plus agréable à l'empereur que si on l'avait pris doucement. Dieu, c'est l'empereur qui veut manger du gibier pris à la chasse. (31)


Ah! mes enfants, cette chasse provoque un cri d'appel d'une force immense.
C'est un soupir qui vient comme d'une profondeur sans fond. Cela dépasse de beaucoup la nature. C'est le saint Esprit qui doit lui-même proférer en nous ce soupir. (9)


Quand le pauvre homme, ainsi pourchassé, éprouve cette abyssale anxiété, il crie vers Dieu avec d'inexprimables gémissements et avec un désir tel que son appel pénètre au plus haut des cieux. Si Dieu, alors, se comporte comme s'il n'entendait absolument rien et ne voulait rien savoir, ah! comme à ce moment-là, dans le fond,
le désir doit s'exacerber! (9)


Notre Seigneur a partout ses chiens de chasse avec lesquels vous devez être chassés, dans les ermitages, dans les couvents, dans les maisons... (31)


Il y a aussi l'ennemi qui chasse l'homme par des tentations de toutes sortes. Cet ennemi se glisse en toi par tous les bouts et de toutes sortes de manières.
Il te chasse par des tentations variées: tantôt c'est l'orgueil ou l'avarice ou encore quelque autre vice; tantôt l'abattement ou une tristesse désordonnée. Cher enfant, tiens bon, cela ne te nuira en rien. (31)


Il est nécessaire que tu sois chassé. Viennent alors des gens violents qui te chassent avec des paroles dures et véhémentes en te condamnant. Puis ce sont tes propres faiblesses, tes penchants naturels... Chassé par tout ce qui l'entoure, l'homme doit marcher dans l'humilité, la douceur, la patience. (31)


Cet exercice qui consiste à
se laisser chasser par toutes les créatures et à souffrir cette chasse dans un véritable abandon et en silence, vaut mieux que tous les actes de piété tels que jeûner, veiller, prier, porter la cotte de maille ou briser sur soi mille verges. (31)


Que chacun s'examine soi-même pour
voir s'il s'est laissé ou non toucher par Dieu. Tous ceux, en effet, qui ne le sont pas ont souvent de beaux débuts, si bien qu'on en attend de grandes choses. Mais avant même qu'on y ait pris garde, il n'y a effectivement rien. Ils s'abattent brusquement et retombent dans leurs vieilles habitudes et leurs jouissances naturelles. (20)


Ils se comportent tout à fait comme, à la chasse,
les chiens inutiles qui n'ont pas le flair du noble gibier. (20)


Dans leur course, ils suivent d'abord de près les vrais chiens de poursuite et s'ils persévéraient dans cette course, ils atteindraient sûrement le gibier avec les autres. Mais non. Il faut qu'ils se collent à la moindre petite tige qu'ils rencontrent! Ils laissent alors les vrais chiens de chasse les dépasser;
eux-mêmes restent en arrière. (20)


Les
nobles chiens qui sentent la trace du gibier s'en vont, eux, à travers le feu et l'eau, les javelots et les piques, à travers tout, jusqu'à ce qu'ils aient atteint la bête. (20)


Ainsi font
les nobles hommes qui ont flairé le noble et pur bien. Ils le poursuivent et finissent par l'atteindre. Cependant que les autres restent en arrière. (20)


Voyez-vous maintenant comment se fait l'œuvre de Dieu ?
Avez-vous reconnu par quels chemins étonnants il conduit les âmes et comment il joue avec elles? (11)