Ténébreux désert



Ils sont engagés et poussés sur un étroit chemin de ténèbres et de désolation. Et le Seigneur les y laisse comme s'il ignorait tout de leur angoisse. Ils éprouvent alors un insupportable vide en même temps qu'un grand désir. Il leur faut supporter tout cela dans l'abandon. Voilà ce qu'est une conversion essentielle. (43)


Il y a ici
un désert, simple, transcendant, mystérieux; une entrée libre dans l'obscurité. Cela ne se découvre point par les chemins de la sensibilité. (29)


On l'appelle, et elle l'est vraiment,
ineffable ténèbre et pourtant elle est essentielle lumière. (11)


Voici comment il faut entendre ces
ténèbres. C'est une lumière qu'aucune intelligence créée ne peut naturellement atteindre ni comprendre. Et c'est aussi un lieu sauvage parce qu'il n'y a aucune voie d'accès. L'esprit est introduit ici au-dessus de lui-même, au-dessus de ses facultés de perception et d'intelligence. (11)


Il y a ici tant de calme, tant de secret, tant de désert.
Ici il n'y a rien que Dieu tout pur. Ici rien d'étranger n'est jamais entré, pas de créatures, pas d'images, pas de mode. C'est de cette solitude que parlait notre Seigneur par la bouche du prophète Osée: “Je conduirai les miens dans le désert et je leur parlerai au cœur.” C'est là qu'il faut porter l'abîme de tes ténèbres à toi. (82)


L'esprit s'élance vers les ténèbres de l'inconnu divin, là où Dieu est au-dessus de tout ce qu'on peut lui attribuer, sans nom, sans forme, sans représentation, au-dessus de tous les modes d'êtres limités, au-dessus de toutes les essences. Voilà, mes enfants, ce que sont les conversions véritables. (70)


Dans ces ténèbres Dieu te parle en vérité, ainsi qu'il est écrit: "Quand toutes choses étaient en plein silence et que la nuit, les ténèbres, eurent accompli leur course, alors le Verbe fut envoyé d'en haut du trône royal."
C'est ici qu'est prononcée une parole mystérieuse. Et ceux qui ont des oreilles saisissent le souffle de son murmure. (43)


Là, dans la merveilleuse lumière,
dans l'éclat d'une grande clarté lumineuse qui illumine leur fond intérieur, tout leur est découvert, toute la mystérieuse vérité cachée. Ils apprennent alors où et comment le Seigneur les a conduits à travers les sombres chemins, comment il les a amenés à la lumière et comment il les comble après leur longue attente et leur souffrance. (61)


Sûrement il a parfaitement ordonné cette âme en la conduisant et dirigeant par des chemins étonnamment sauvages,
en l'introduisant dans le profond abîme, en lui-même. Ce qu'elle trouve là dépasse tout sentiment. Aucune intelligence ne peut y atteindre. Personne ne peut le concevoir ni le comprendre. C'est un véritable avant-goût de la vie éternelle. (11)


En son état de détresse
l'homme est moins exposé à se complaire en soi-même que lorsqu'il éprouve consolations et divines impressions. Dans celles-ci la nature s'en mêle et s'empare des dons de Dieu en les affectant de plaisir. (23)


Quand donc éclate un de ces terribles orages l'homme devrait faire ce que font les gens quand arrive une averse de pluie ou de grêle. Ils fuient sous un toit et
s'y abritent jusqu'à ce que le mauvais temps soit passé. Ce n'est pas autrement que doit agir l'homme qui, en toute simplicité, a conscience de ne vouloir et de ne désirer autre chose que Dieu. (23)


Lorsqu'alors survient cette tentation, il n'a qu'à bien se mettre à l'abri jusqu'à ce qu'il ait retrouvé tout son calme.
Qu'il se souffre lui-même avec abandon. (23)


Les hommes sublimes qui savent se supporter eux-mêmes jusqu'au bout dans ces misérables ténèbres y deviennent les plus merveilleux et les plus nobles des hommes. Il est vrai, mes enfants, que
pour cela la nature doit mourir de maintes morts. (61)


Mais ces hommes, où donc abordent-ils ? Comment cela finit-il ? Voici: en un instant bien court, avec la soudaine rapidité d'un éclair,
le Seigneur vient et leur apporte si aimablement le bien caché. (61)