Abîmé dans l’Amour



L'esprit se fond ici tout entier en Dieu en même temps qu'il se détache de soi-même. Il est entraîné dans le feu ardent de l’Amour. (24)


Mes enfants,
lorsque l'amour délirant vient, l'activité humaine disparaît. Le Seigneur vient alors et il fait résonner dans l'âme une seule parole. Et cette parole est plus noble et plus utile que cent mille paroles que tous les hommes pourraient dire. (44)


Cet amour fort dans lequel le Seigneur est présent illumine si essentiellement le fond, que l'esprit, par suite de son humaine faiblesse, ne le peut supporter et doit nécessairement s'évanouir, être rejeté dans son impuissance. Alors l'esprit n'a plus rien qui le soutienne. Il ne lui reste qu'à se plonger et se noyer dans l'abîme divin, et s'y perdre. (52)


En aimant de cet amour fort, l'esprit s'est détaché de lui-même pour se plonger dans le Bien-Aimé en qui il s'est perdu, comme la goutte d'eau dans la mer profonde. Il lui est beaucoup plus uni que l'air n'est uni à la clarté du soleil lorsqu'il brille en plein midi.
Ce qui se passe alors, il vaut mieux le sentir que d'en parler. (52)


En cet amour il n'y a plus que négation, pas d'affirmation. Il ne consiste pas en une possession mais dans une privation. En cet amour il y a une ignorance, une absence de connaissance. Il s'exerce bien au-dessus de notre intelligence, au-dessus des essences, au-dessus des modes d'être. (76)


Dans cet amour, elle doit se renoncer elle-même et mourir à tout ce qu'elle a aimé selon la première manière. Car Dieu s'aime ici lui-même et il est à lui-même son propre objet d'amour.
Il n'y plus ici que reniement. (76)


A leur tour ces hommes privilégiés
s'abîment eux-mêmes dans l'amour, dans la flamme d'amour, dans la fournaise d'amour. De nouveau ils se tournent vers tous ceux qui sont dans le besoin à travers la sainte chrétienté. Et encore se replongent dans l'amoureux repos et les silencieuses ténèbres de l'abîme divin... (24)


C'est ainsi qu'
ils entrent et sortent tout en demeurant toujours dans l'aimable et silencieux abîme. Là est leur être et leur vie; là est toute leur action et tout leur mouvement. (24)


Ces personnes
entrent tous les jours dans cet abîme de Dieu et y entraînent avec elles tous les leurs. Puis elles ressortent pour reprendre les exercices de charité. Puis elles entrent de nouveau, s'élancent, s'écoulent encore, à l'intérieur du sublime et insondable Abîme. (75)