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Urgences



Ouvrir un espace pour l’Espérance... La tâche ne peut être qu’écologique. Ecologie. Non pas l’idée un peu fade récupérée en faciles idéologies ici et là. Mais la tâche la plus haute et sans doute le plus grand défi lancé à notre post-modernité. On pense d’abord aux simples possibilités de survie matérielle. Les possibilités de survie d’authentique humanité sont encore beaucoup plus menacées.

Ecologie... Il faut l’envisager dans sa totalité, bien au-delà des facilités auxquelles elle se trouve trop souvent réduite. Le ‘logos’ qui met en lumière notre ‘oïkos’. La raison invitée en notre maison. Elle vient et nous force à réfléchir sur nos clôtures et nos ouvertures. Elle vient dissiper nos illusions. Elle vient nous faire prendre conscience des frontières et des limites. Elle vient nous rappeler que le dedans n’est possible que par le dehors. Elle vient briser nos chaînes et nous presser à sortir de la caverne. Hélas ! Elle ne vient que lorsque nous prenons conscience que nos puits sont obstrués et nos sources polluées. Elle ne vient que lorsque les flux énergétiques se font insuffisants et que les réservoirs se vident. Elle ne vient que lorsque nous nous sentons vivre au-dessus des possibilités d’approvisionnement et de recyclage. Elle ne vient que lorsque les éboueurs ne suffisent plus à la tâche...

Ouvrir à l’Espérance le grand
oïkos. C’est-à-dire toute la maison de l’humain. C’est-à-dire la maison de tout l’humain.


Paradigme

Tout se passe, en effet, comme si, à l’image du monde matériel, l’ordre spirituel se déployait dans un écosystème spécifique d’énergie spirituelle. Dans la biosphère il y a des éléments vitaux comme l’eau ou l’air qui sont pourtant bien communs. Nous n’en prenons réellement conscience que lorsqu’ils viennent à manquer. Ainsi en va-t-il du sens. Jusqu’à aujourd’hui nous ne savions pas son absence mortelle. Nous vivions inconsciemment dans sa surabondance. Nous le produisions tout naturellement plus que nous ne le consommions. Nos réservoirs en débordaient.

Notre péché contre l’écosystème ‘matériel’ n’est encore que le corollaire de notre péché contre l’autre écosystème, le ‘spirituel’, celui du sens. Celui du
sens donnant sens.

Sous peine d’inanition spirituelle, il nous faut restaurer la ‘maison’ du sens. Pour cela nous devons commencer par ne pas tricher avec les sources chaudes et les puits froids du souffle de notre verbe.

Le péché le plus grave contre l'écosystème du sens a été de nier son essentielle ouverture. Nous avons cru pouvoir le faire fonctionner en clôture, comme une simple mécanique, crispé sur lui-même, bouclé en schizoïde autonomie auto productrice. Nous nous voulions maîtres et possesseurs du système total lui-même. Bien plus, maîtres et possesseurs aussi de sa source chaude et de son puits froid. Maîtres et possesseurs donc de toute sa différence de potentiel, c'est-à-dire de toute son énergie spirituelle créatrice.

Ce n'est que pour un temps seulement que le système peut ainsi se donner l'illusion de tourner quand même. Parce que les élans se prolongent par inertie cinétique. Parce que les réservoirs ne sont pas encore vides! Mais inexorablement joue l'entropie. Mortelle.

Il est impossible que de l'immanence bouclée en stricte immanence puisse sortir autre chose que du tautologique trop humain. Il faut à l'homme plus que l'homme pour devenir vraiment humain. Il lui faut l'Autre. Il lui faut la grande Différence verticale. Il lui faut Dieu.

Les réalités spirituelles se comprennent à travers le paradigme des réalités naturelles et matérielles. Il faut commencer par réfléchir sur ce qu’est un écosystème et comment il est menacé de mort lorsque lui est refusée l’ouverture.


Pour une écologie du souffle

C’est lorsque l’air empeste que nous pensons à ouvrir nos fenêtres. C’est lorsque le souffle vient à manquer que nous nous souvenons qu’il y a un dehors. C’est lorsque nous étouffons sous les déchets que nous vient l’idée d’une écologie. Aujourd’hui, plus que jamais, urge quelque chose comme une écologie du souffle.

Quelle valeur a l’eau lorsqu’elle surabonde ? Elle peut prendre un prix infini lorsque tu es perdu dans le désert. Nous n’avons pas fini de traverser notre désert spirituel. Pour étancher nos soifs essentielles nous risquons de ne plus trouver que les puits obstrués et les sources polluées par nos maîtres penseurs. Pourtant elles doivent bien exister ces “sources d’eau jaillissantes pour la vie éternelle” !

L’écosystème du souffle est la grande matrice spirituelle dans laquelle s’engendre et s’éduque l’humain en tant qu’humain. Il n’existe pas de grande culture qui ne se soit constituée sans une source chaude puissante de signifiants absolus: Dieu, l’Etre, le Cosmos, les Valeurs, le Sens... Egalement avec des accumulateurs sémantiques bien chargés comme la tradition, la religion, l’éducation, la sagesse commune, les monuments de l’art et de l’esprit... Jusqu’à son déclin un système culturel fonctionne grâce à son
ouverture sur l’écosystème du sens total. C’est ainsi qu’il peut être vivant. C’est ainsi que sa vitalité spirituelle, c’est-à-dire sa néguentropie, ne cesse de défier victorieusement la fatalité entropique de la dégradation du sens.

Une certaine modernité se constitue progressivement en bouclant le règne de l’humain sur lui-même. Le système tout entier veut fonctionner en
clôture. Pour la première fois depuis que l’homme existe, un système culturel prétend se fermer en absolue autonomie. C’est en autosuffisance qu’il veut fonctionner et progresser. C’est par auto-création même qu’il veut être. Cela veut dire que, désormais, il croit se faire créateur de l’unique source chaude de toute son énergie spirituelle. Le sens total enfermé en immanence. En totale finitude. Dans le complet oubli de son entropie et de sa nécessaire néguentropie. Dans l’oubli de son ‘puits froid’. Dans l’oubli, également, de ses accumulateurs non complètement déchargés et sans lesquels ses prétentions elles-mêmes d’autonomie se liquéfieraient dans le néant.

Même l’absurde le plus radical, aujourd’hui, ne succombe pas à sa propre logique parce que ne sont pas encore à plat les puissants accumulateurs d’énergie sémantique. Elle ne peut que vouloir refouler ce sans quoi elle ne pourrait survivre et qui, pourtant, contredit si diamétralement ses présupposés. Car nos audaces d’aujourd’hui ne fonctionneraient pas sans cette formidable réserve de sens, véritable capital d’énergie spirituelle constitué au cours des siècles d’intense vie spirituelle de l’histoire occidentale. Constitué notamment durant ces longues périodes que nous avions crues obscures et qui étaient en fait les hivers écologiques où, imperceptiblement, sûrement, germaient les moissons à venir. Cette extraordinaire énergie de l’espace occidental dont nous nous sommes faits les enfants prodigues...


Entre Source chaude et Puits froid

Le souffle, fils de la différence, ‘fonctionne’
entre une source chaude et un puits froid. Sa dynamique est fonction de cette différence de potentiel. Plus elle est grande, plus le souffle est puissant

Source chaude. L’Esprit est là avant que tu puisses avoir la moindre idée. Comme le soleil est là avant le premier germe de vie sur terre. Source chaude. Un processus énergétique n’a lieu qu’entre une ‘source chaude’ et un ‘puits froid’. Il faut cette différence de potentiel. La source chaude de tes énergies spirituelles, c’est l’Esprit de Dieu. Tu peux ignorer ta source chaude. Elle, elle ne t’ignore pas. Sous peine de mort !

Pourquoi, alors que les corps sont multiples et divers, alors que les expériences sont indéfiniment variées à travers l’espace et le temps, alors que les goûts et les désirs prennent mille tournures, oui, pourquoi les ‘esprits’, tous les esprits, sont-ils en si grande communion - même derrière des désaccords de surface - avec un essentiel constituant ? D’où peuvent venir à notre esprit ses extraordinaires possibilité ? D’où lui viennent la fondamentale insatisfaction devant ce qui n’est pas éternel et infini ? D’où lui viennent son fondamental besoin de chercher toujours en avant de lui-même ? D’où lui viennent ses élans de générosité ? Toutes les philosophies du monde balbutient autour de ce mystère. Les réponses qu’elles peuvent donner restent, hélas !, trop souvent prisonnières des tautologies.

Là où notre esprit est incapable de rendre raison de lui-même nous savons, par don d’intelligence, par Révélation, d’où il vient et d’où lui viennent ses merveilleuses possibilités. Du Souffle divin qui lui insuffle vie depuis les origines en créant l’homme à son image et à sa ressemblance. Tu peux dès lors revenir dans la caverne. Tu n’y seras plus comme auparavant. A présent tu sais. L’Esprit, trouble-fête des évidences cavernales, t’inspire une autre parole. Tu seras prophète.

Puits froid. Laissée à elle-même, toute chose succombe à l’entropie qui marque la fatale déperdition d’énergie.

Au fur et à mesure que la pollution sémantique obscurcit la lumière à sa source, au fur et à mesure que les réserves de sens s’épuisent et que les accumulateurs se déchargent, l’exponentiel système de production et de consommation de signifiant et de signifié se grippe. Il fait malgré lui l’expérience des limites. Il prend obscurément conscience d’un grand enfermement. L’exponentielle démesure du possible de l’homme se voit piégée. Les idéologies de la modernité sont acculées à la faillite.

Il reste encore bien des illusions. Et, pour beaucoup d’esprits, l’évidence n’est pas encore évidente. C’est même incontestablement l’évidence la plus difficilement admissible par la modernité. Comme si le mythe de la ‘lucidité’ était le plus aveuglant de tous ! Les évidences, pourtant, se font criantes. Ainsi, la prétention moderne de “devenir maîtres et possesseurs de la nature" était logée et fonctionnait dans un système qui se prenait pour absolu. Mais, en fait, nous le découvrons aujourd’hui
englobé dans un plus large système qui ne peut que le relativiser.

Autre illusion mortifère. Nous avons cru que la dynamique du sens surgissait ex nihilo ou encore sortait de la cuisse de Jupiter par un simple tour de passe-passe intellectuel. Nous découvrons de plus en plus – le paradigme de notre écosystème matériel nous éclairant – que nos possibilités tiennent d’une plus
englobante donation de sens.

Nous vivons dans l’illusion d’un ‘ouvert’ grandissant que nous ne cessons de nous octroyer à nous-mêmes. Voyez la ‘liberté’. Sans règle. Sans contrainte. Sans bornes. Sans ‘maison’... Clocharde. ‘Ouverte’ simplement pour la satisfaction d’elle-même et finalement pour rien d’autre qu’une profonde frustration. En nous bouclant sur notre possible clos sur lui-même, nous nous bouclons dans l’absurde. C’est en ouvrant l’espace de l’humain à l’infini de Dieu que s’ouvre grand un espace pour l’espérance.

Ici l’impossible
Démon de Maxwell doit céder sa place à l’Ange de la grâce.


L’homme peut-il se donner à soi-même sa source chaude ?

Ce qui est remarquable c’est que toutes les cultures, à l’exception de la culture moderne, fonctionnaient ou continuent de fonctionner avec une source chaude puissante et avec des accumulateurs de sens bien chargés. Source chaude puissante de signifiants absolus: Dieu, l’Etre, le Cosmos, la Nature, l’Ordre, les Valeurs... Accumulateurs de sens bien chargés: la tradition-transmission d’un donné signifiant et signifié important.

Toutes ces cultures fonctionnent en homéostasie avec l’écosystème du sens. Et jusqu’à leur déclin, la néguentropie signifiante défie victorieusement la fatalité entropique de la dégradation du sens. Il s’agit ici non pas de tel ou tel sens particulier mais du sens total, en quelque sorte le sens du sens, le sens de tout sens possible, la donation radicale du sens, le champ fertile du sens ou encore la "vitalité" du sens en général.

La schizoïdie anthropocentrique par laquelle la modernité accède à elle-même boucle l’autonomie en clôture totale dans le grand enfermement de l’humain sur l’humain. Pour la première fois depuis que l’homme existe, le système anthropogène se met à fonctionner en stricte clôture. C’est-à-dire en se mettant à réchauffer continuellement lui-même la source chaude de son sens et de ses significations. Et partant à recharger aussi par lui-même et à partir de lui-même ses accumulateurs sémantiques.

Cependant, jusques en ses extrémistes clôtures en finitude, la modernité ne cesse, effectivement, de participer, souvent malgré elle, et plus inconsciemment que consciemment, à quelque ‘transcendance’. Sans ce subterfuge elle ne saurait survivre longtemps sans succomber à l’asphyxie. Ainsi la rupture avec la source chaude n’est jamais consommée. Et surtout les accumulateurs ne sont jamais complètement déchargés.

Même l’absurde le plus radical ne succombe pas à sa propre logique parce que ne sont pas encore à plat les puissants accumulateurs d’énergie sémantique. Spécialement la judéo-chrétienne signifiance.

Plus qu’elle n’ose se l’avouer à elle-même, notre modernité fonctionne malgré tout, même par subreptice participation, sur une formidable réserve de sens, véritable capital d’énergie spirituelle constitué au cours de l’histoire occidentale. Constitué notamment durant ces longues périodes que nous avions crues obscures et qu’une plus saine écologie du sens commence à nous faire reconsidérer aujourd’hui.


Réservoirs d’énergie spirituelle

Les réservoirs d’énergie spirituelle prennent une importance capitale dans le fonctionnement ‘systémique’ du Souffle, entre Source chaude et Puits froid. Même si la Source chaude venait à perdre de son énergie, le moteur peut continuer à tourner, au moins durant un certain temps.
A condition que les réservoirs ne soient pas vides.

Aucun système ne peut fonctionner avec des accumulateurs à plat. Le ‘système’ humain moins que tout autre. C’est parce que ses réservoirs d’énergie spirituelle et de ressources d’humanité ne sont pas vides et restent malgré tout encore ‘branchés’ sur la source chaude que l’humain est capable de traverser sans mourir des espaces désertiques où le sens s’étiole et où l’absurde prolifère. Mais si les réserves s’épuisent ? Si les canaux sont laissés à l’abandon ? L’humain peut-il survivre indéfiniment coupé de sa source chaude ?

La méconnaissance de l’importance des réservoirs d’énergie spirituelle peut entretenir de fallacieuses illusions. Celle, entre autres, de croire à une ‘génération spontanée’ du souffle là où c’est en fait l’énergie ‘accumulée’, peut-être durant de longs siècles précédents, qui continue d’alimenter la différence de potentiel et d’empêcher ainsi – pour combien de temps ? – l’asphyxie.

Toute culture, collective ou personnelle, accumule des réserves de sens sous des formes très diverses et complémentaires. Il suffit d’en évoquer ici quelques-unes. Ainsi la masse des ‘coutumes’ et des ‘traditions’ d’une famille ou d’un peuple. Les ‘valeurs’ transmises de génération en génération. Les ‘monuments’ laissés par l’histoire. Les ‘modèles’ d’action et de comportement. Les ‘pourvoyeurs de sens’ que sont les ‘sages’, les ‘héros’ ou les ‘saints’. Les ‘œuvres’ d’art et leur rayonnement esthétique. Les ‘paysages’ qui inspirent...

Quelle réserve de sens ne constitue pas la ‘
nature’ ? A la fois sein maternel, terre natale, havre de paix et de silence, permanence d’imperturbabilité, maîtresse de mesure et d’harmonie... Indifférente au stress et à l’éphémère. Capable de panser les blessures de l’existence. Réconciliée avec les grands rythmes de la vie.

Et que dire de nos
enfants ? Si spontanément chez eux dans la maison du sens. En si naturelle proximité avec le sens originaire... N’est-il pas des moments où prendre un petit dans tes bras te fait vivre une intense communion avec le sens total et une infinie réconciliation avec l’univers ? Sans doute la plus formidable réserve de sens nous accompagne-t-elle dès avant notre naissance, “dès le ventre de la mère”, comme disent déjà les prophètes d’Israël

La schizoïdie moderne a cru s’épanouir en rompant les liens. En fait elle ne survit que grâce aux réservoirs qui ne sont pas vides et aux canaux qui ne sont pas complètement bouchés. Ne cesse d’opérer cette mystérieuse solidarité de grâce dans un monde où les uns ne peuvent jouer les prodigues que parce que d’autres restent ‘branchés’. La ‘communion des saints’... Il suffit qu’il n’en reste que quelques-uns. Mais sans doute sont-ils beaucoup plus nombreux qu’il n’y paraît aux petites lucarnes de nos médias.

Les sources sont rarement spectaculaires et les conduits le plus souvent souterrains. Les choses essentielles pour notre survie ne prennent réellement de l’importance à nos yeux que le jour où elles se font rares et menacent de manquer. Il n’est pas sûr que ce jour ne tarde... L’urgence se fait criante de nous préoccuper des authentiques ressources d’humanité. Il s’agit de retrouver nos sources et de recharger nos capacités. Disposer d’assez d’authentique humanité ‘en réserve’ pour faire face aux désespérances.


En communion avec le Souffle

L’urgence des urgences est donc manifeste. L’espace européen ne retrouve sa dynamique spirituelle qu’à travers une authentique ‘écologie du Souffle’. Sous peine d’inanition spirituelle nous devons commencer par ne pas tricher avec les sources chaudes et les puits froids du souffle de notre verbe.

Nos urgences sont à la mesure des provocations que le monde, aujourd’hui, nous lance. Prendre la mesure de nos enfermements. Dénoncer et contester les clôtures de nos cavernes. Crier la différence. Ouvrir un espace à l’Esprit. Témoigner de l’Autre.


A la verticale
Nous rêvons trop souvent d’une humanité qui soit totalement réconciliée avec la totalité du monde et de l’humain. En même temps nous lui refusons ses dimensions de transcendance. Combien de fois ne nous dispersons-nous pas du côté des futilités horizontales ? Il s’agit de nous centrer sur l’essentiel. Et l’essentiel est vertical.

Dieu est Dieu
Il faut à l'homme plus que l'homme pour devenir vraiment humain. Il lui faut l'Autre. Il lui faut la grande Différence verticale. Il lui faut le Souffle de Dieu.

Théologal
L’essentiel pour nous chrétiens est moins ‘moral’ que ‘théologal’. La Foi. L’Espérance. Agapè. Ces trois ne proviennent pas de nous. Il nous viennent de Dieu.

Agapè
L’absolue néguentropie de notre univers.

Alliance
Ne pas nous laisser embarquer du côté des ponts coupés.

Liens
Créer des liens essentiels partout où jouent les schizoïdies.

Le mystère de ton être est sacré
La dimension profonde de ta condition est théologale.

Respect de l’homme
Il s’agit avant tout du respect du mystère de notre divine humanité.

Dynamiques spirituelles
Plus que jamais urge la nécessité, aujourd'hui, de libérer les dynamiques spirituelles du ‘peuple’ de Dieu.

Dehors
Pourquoi les chrétiens sont-ils toujours en retard dans les débats de la caverne ? Mais qui leur a délivré un brevet de compétence pour le ‘dedans’ ? C’est de l’ouvert et du ‘dehors’ qu’ils ont à être témoins.

Foi
La foi n’a pas sa place dans un enfermement si séduisant soit-il. Sa place est à ses frontières, à ses limites et dans ses béances.

L’essentiel se donne gratuitement
Homo faber ne cesse de s’enorgueillir de ses outils et de ne valoriser que ce qu’il fabrique. Il oublie que l’essentiel ne se fabrique pas. Le sens ne se fabrique pas. Il se donne. Il se donne, inutile et inutilisable, gratuitement. Il est grâce. Nous ne l’accueillons qu’en retrouvant une très grande humilité.

Le Prince de ce monde
Attention de ne pas nous laisser berner pas la ruse de ses pirouettes.

Témoins de l’Espérance
Notre monde se meurt. Il faut à ce monde spirituellement anémique des prophètes qui témoignent de l’ouvert infini du sens et, partant, de l’espérance.

Différence
Là où s’étale l’in-différence, redonner voix à la grande Différence.

Relever les défis
L’espérance chrétienne serait-elle en décadence ? Il y aurait décadence si les chrétiens n’osaient plus relever les défis. Or ceux-ci, aujourd’hui, sont énormes.


L’Esprit
Le grand méconnu. Mais nous-mêmes, nous connaissons-nous tellement mieux ? La méconnaissance du mystère du Saint Esprit coïncide avec la méconnaissance de notre mystère d’humanité. Et cette coïncidence n’est pas fortuite. Car nous sommes ultimement de même famille.

Risquer
Le Souffle venu d’ailleurs ne peut que nous déranger. Sommes-nous prêts à risquer nos sécurités d’immanence et nos certitudes installées ?

Lucidité
Savoir débusquer les refoulements du divin dans notre ‘caverne’.

Obscurantisme
Il est capital de le pourfendre sous toutes ses coutures, surtout là où il se targue des lumignons de soi-disantes ‘lumières’.

Discerner les vraies sources

La traversée du désert n’est pas sans mirages. La soif entretient les illusions. Le premier gourou rencontré ne les dissipe que pour d’autres illusions.

Sources

Quelle valeur a l’eau lorsqu’elle surabonde ? Elle peut prendre un prix infini lorsque tu es perdu dans le désert. Nous n’avons pas fini de traverser notre désert spirituel. Pour étancher nos soifs essentielles, nous risquons de ne plus trouver que les puits obstrués et les sources polluées par nos maîtres penseurs. Pourtant elles doivent bien exister ces ‘sources d’eau jaillissantes pour la vie éternelle’ !

Creuser des puits
D’une extrême importance dans un monde où l’on meurt de soif.

Intériorité
Paradoxe de notre modernité. A l’extérieur nous nous ouvrons sur un monde infini alors que notre espace intérieur s’est rétréci en finitude. Un monde de plus en plus complexe et de plus en plus intéressant appelle notre émerveillement et ne rencontre que les limites de nos disponibilités pour l’étonnement. Il faut donner de l’espace à l’intériorité humaine.

Pour une mystique du peuple de Dieu
Retrouver la jubilation profonde des branchés sur l’Essentiel.

Notre héritage
Nous croyons le sens inépuisable. En fait ce sont les gigantesques réserves de sens accumulées au cours de siècles de communion au Souffle de Dieu que nous brûlons de façon insensée. Mais on ne joue pas impunément avec le sens.

Nos enfants
N’est-ce pas une grande misère que l’obscurantisme de nos Maître Penseurs leur interdise l’ouverture vers leur intériorité divine et le dépassement vers leurs hauteurs éternelles ?

Gratuité
Homo faber ne cesse de s’enorgueillir de ses outils et de ne valoriser que ce qu’il fabrique. Il oublie que l’essentiel ne se fabrique pas. Le sens ne se fabrique pas. Il se donne. Il se donne, inutile et inutilisable, gratuitement. Il est grâce. Nous ne l’accueillons qu’avec une très grande humilité. Il faut retrouver l’émerveillement. Le monde est plus grand que le monde. Il y a du sens qui traverse les siècles. Du sens nous vient d’ailleurs. Et nous le reconnaissons si profondément nôtre.

Prophètes
Plus que jamais il faut des
prophètes à notre temps. Est prophétique une Parole qui refuse l’horizon englobant du Discours Dominant. Est prophétique une Parole qui ose être dissonante dans la grande consonance résonante.

Divergence
Dans le petit monde de nos facilités tout doit converger sur le plus petit dénominateur commun. Pour le sortir de ses limites mesquines, il est nécessaire d’y apporter la divergence.

Notre patrimoine
Nous risquons de nous trouver sans cesse expropriés de notre patrimoine, nos valeurs dénaturées, récupérées à côté de leur sens vrai et même tournées contre nous.

Le sens du sens
Il ne vient pas du Discours dominant. Le sens ne vient ni par consonance, ni par résonance, ni par amplification. Il nous vient d’une Source chaude.

Dissidence
Si la faillite du sens est d’actualité il faut devenir inactuel en refusant le non-sens. Une telle
dissidence urge plus que jamais. Et plus que jamais elle exige audace. Tant est massive la contrainte mimétique de la liquidation.

Résister
Mille et une raisons du soupçon militent en faveur des avortements sémantiques. Quelque chose comme une grande conjuration anonyme se ligue contre le sens du sens. Et largement s’étale un consensus de démission.

Contre les démissions en chaîne
On croit l’énergie spirituelle résistante à toute épreuve. Elle est fragile comme le souffle. L’énergie spirituelle se dégrade par démission en chaîne, par d’imperceptibles fragments de démission accumulées, par d’innocentes minuscules démissions juxtaposées.

Mécanismes démissionnaires
Ils ont besoin, pour fonctionner, de la force que procure l’illusion. Chacun se croit seul résistant. Tous se sentent noyés dans le ‘on’ qui démissionne. Donc aucun n’ose protester. Et, cercle vicieux, ce silence collectif conforte les solitudes découragées. Rrestent finalement les démissions institutionnalisées.

Pertinence chrétienne
Refuser de nous laisser ramener ce à quoi on voudrait bien nous réduire, à savoir l’état de ‘chiens battus’.

Formation permanente
Les bons sentiments font trop souvent oublier aux chrétiens l’urgence d’une solide formation intellectuelle.

Sauver l’homme

Il faut commencer par sauver le regard sur lui. Non pas en accumulant données sur données mais au contraire en dépouillant. Ici les vides sont plus pertinents que les pleins. Les réponses s’inscrivent en creux. Le sens advient à travers les béances. A l’image et à la ressemblance de la théologie négative se fait pressante une anthropologie négative.

Intelligence
Arrêtons de nous torturer l’esprit cherchant comment ‘réconcilier’ la foi avec l’intelligence moderne. C’est l’inverse qui est urgent.

Critique de la critique

Jamais monde ne fut plus critique. Et jamais autant n’urge une critique de la critique.

Indocilité
Face à ce monde qui pardonne tout à ceux qui le suivent bêtement il est urgent de cultiver le devoir d’indocilité.

Rebelles
Imagine un instant qu’atteintes par la contagion, s’éteignent les voix rebelles et se taise le petit reste des protestataires du sens. Combien de temps, penses-tu, le monde survivrait-il ?

Humilité
Comme humus. Comme terre. Il faut devenir ‘terrien’.

Cœur
L’intelligence n’est qu’outil. C’est le ‘cœur’ qui est proche de la source. Le cœur est une ‘faculté’ naturellement écologique parce qu’il sent les dimensions totales d’un espace et ses limites entre le ‘dedans’ et le ‘dehors’.

Terriens spirituels

Le ‘terrien spirituel’ se méfie de l’idéologue. Il sent les racines. Il a l’instinct du sol. Il se mesure à la résistance des éléments. Le terrien spirituel a longuement appris à planter avant de récolter. Il a le sens des lentes germinations hivernales et des patientes maturations. Il sait qu’il suffit d’une minute de grêle pour anéantir l’effort d’une année, d’un moment de folie pour déchirer ce qui a été précieusement tissé durant des siècles. Il recommence toujours avec opiniâtreté. Il accepte de semer dans les larmes avec l’espoir de moissonner en chantant. Il garde l’humour. Sa parole est fruit de silence.

Enracinement
‘Etre dans le vent’ risque de devenir l’impératif catégorique de nos déracinements. Pour être soi en vérité il faut oser être inactuel.

Nous retrouver en objectivité

Toutes les difficultés de la foi collectives et personnelles se trouvent fondées ultimement dans ce que la modernité a d’essentiel. A savoir: est vrai ce que ‘je’ perçois comme vrai, ce que ‘je’ ‘sens’ comme vrai, ce qui ‘me’ di
t... Je suis finalement le fondement absolu et le critère ultime de vérité de ma foi.

Idéalisme

C'est-à-dire: un au-delà de la connaissance est inconnaissable; un au-delà de la pensée est impensable; un au-delà de l’idée est impossible. Exit la ‘transcendance’. Reste seulement une ‘visée transcendantale’. Et que reste-t-il de la substance de notre foi ?

Vers l’objectivité ecclésiale
Savoir mettre entre parenthèses nos subjectivités. Cultiver le sens de l’Eglise. Refuser que la foi soit rangée dans le domaine ‘privé’.

Redéfinir nos besoins
Et, partant, maîtriser notre désir. Déchirantes révisions ! L’optimisme engendré par le discours bien-portant de l’homme (bourgeois) bien portant, fonctionnant dans la fermeture athée et matérialiste de cette ‘transcendance’ immanentisée qu’est le ‘progrès’, se retrouve finalement renvoyé du côté d’un désolant pessimisme. Trois siècles à peine après ses premiers balbutiements !

Oser penser autrement
Nous sommes condamnés à inventer le futur. Donc à oser penser autrement. Le véritable ordre mondial sera en
rupture ou ne sera pas. Une telle audace n’est possible qu’en commençant par refuser l’aliénation mentale que représentent les idéologies du progressisme telles que nous les avons héritées des deux siècles passés

Oser penser ‘homme’
Avant ‘progrès’ ou ‘croissance’ ou ‘expansion’. C’est le plus gigantesque défi de notre maintenant historique. Quelque chose comme un nouvel ordre mondial ne pourra qu’être humain. Les broyés du système ne cessent de crier l’homme à l’homme. Quand est-ce que nous, les privilégiés de notre globe qui jouissons des bienfaits de l’outil exponentiel, allons-nous nous mettre à penser d’abord ‘homme’ ?

Justice
L’enrichissement infini pour tous étant impossible, il n’est de justice possible qu’à travers l’acceptation d’une
mesure.

Sagesse
Dans la nature, tous les systèmes tendent vers l’homéostasis, c’est-à-dire vers l’équilibre. Equilibre entre entrées et sorties. Equilibre entre flux positifs et flux négatifs. Cela se réalise ‘naturellement’. Dans l’espace du spécifique humain il n’en va pas ainsi. L’équilibre n’est pas donné. Mais il peut se conquérir. Il faut pour cela lucidité et courage. Cela s’appelle sagesse.

Sophie
Elle s’appelle Sophie. Sophia. Sagesse. Elle est l’épouse bien-aimée du Logos. C’est elle qui t’inspire la fidélité.

Il arrive à la sagesse de jouer
Tu prends une bande de papier. Tu colles ensemble les deux extrémités en ayant soin de faire faire un demi-tour à l’une d’entre elles. Essaye de colorer une des surfaces. Tu t’aperçois qu’elle est seule. Cela s’appelle une ‘bande de Moebius’. Elle t’apprend qu’il suffit d’un retournement pour réconcilier l’endroit et l’envers.

Relativiser ce qui est relatif
Ce que nous appelons pudiquement la crise ne fait que commencer. Au bout d’une éphémère aventure de ‘progrès’ seulement ! Et après que le fonctionnement de l’outilité d’abondance n’ait profité qu’à un petit quart de l’humanité ! Qu’en sera-t-il dans deux siècles ? Dans vingt siècles ? Dans cinq cent siècles ?

Saveur
Dans un monde devenu insipide, ne pas oublier que nous avons à être le ‘sel de la terre’.

Oser sortir
Hors de nos chapelles et de nos sacristies.

Transfiguration
Notre monde résiste à sa transfiguration. Il faut des miroirs qui lui renvoient la splendeur qu’il refuse.