II
Occident



Quelque chose de décisif (pour l'humain universel) s'est jouée en Occident. C'est-à-dire la plus grande
rencontre d'extrême différence.


Singulière aventure

Singulière aventure que celle de l'homme occidental. L'aventure de la modernité conquérante. Une aventure qui s'affirme en même temps paradigmatique de l'humain plus universel.

La modernité, sans doute, ne signifie rien de plus essentiel que la montée d'une gigantesque euphorie. Fondée sur l'homme. Fondée sur le possible de l'homme. Fondée sur la puissance et la gloire de l'homme. Rien ne semble impossible et immenses semblent les raisons d'espérer...

Extraordinaire aventure... Mais paradoxale aussi ! En ses profondeurs ne se joue-t-il pas quelque chose comme une négative théologie négative ?


Europe, Occident, Modernité

Les trois se joignent. L'Europe comme espace géo historique devenu terre natale et foyer de la culture occidentale. L'Occident en tant que projet de civilisation et de culture qui, historiquement, déborde l'Europe. La Modernité qui traduit la pertinence `occidentale' dans l'actualité d'aujourd'hui.


Le reste du monde, de gré ou de force, pour son bonheur ou pour son malheur, n'est resté et n'a pu rester étranger à cette aventure. Qu'on le regrette ou qu'on s'en réjouisse, c'est un fait de l'Histoire.

C'est par la `force' des choses que l'Occident s'est imposé en `conquérant' le monde et en imposant son
modèle. Par les armes. Par les techniques. Par les séductions. Pourquoi l'Occident? Pourquoi les Chinois, inventeurs de la boussole, ne l'ont-ils pas utilisée pour la découverte du monde? Et pourquoi, ayant inventé la poudre à canon, ne s'en sont-ils pas servis pour dominer par la force?

Aucune culture humaine n'a jamais connu quelque chose approchant une telle exaltation explosive de la liberté humaine. Partout ailleurs, même chez les Grecs, reste trop absolu le fatum divin ou cosmique. Ici, par contre, la liberté humaine est ouverte infiniment, à l'image et à la ressemblance de la liberté de Dieu lui-même.



D'où lui vient cette dynamique ?

A travers le discours qu'elle ne cesse de se tenir à elle-même, à travers l'auto
compréhension qu'elle élabore continuellement d'elle-même, notre modernité joue à cache-cache avec l'énigme de sa propre possibilité.

Ce qui domine en général dans l'intelligibilité de notre généalogie culturelle et partant des possibilités de notre modernité, ce sont des grilles de lecture et des schémas qui valorisent nos racines païennes. Comme si notre héritage ne pouvait être que gréco-romain. Au commencement est donc l'Antiquité gréco-romaine. Elle est nécessairement 'miraculeuse' ! Elle se répète et revit en ce qui dès lors ne peut que s'appeler 'Renaissance', nouveau 'miracle' précurseur de nos prouesses modernes.

Dans une si limpide hérédité, le judéo-christianisme est nécessairement corps étranger et moment perturbateur. Le 'Moyen Age' ne peut être qu'obscurité transitoire. Au mieux le judéo-christianisme est mis entre parenthèses pour n'avoir rien à dire ni rien à voir avec l'aventure qui va de l'Antiquité gréco-romaine à la Modernité. Au pire, il est condamné à endosser la responsabilité de tous les retards et de tous les échecs.


Anti-dialectique

Elles sont nombreuses les lectures historiques qui pèchent contre la
dialectique. On reste insensible aux différences qualitatives énormes entre les valeurs et les enjeux de l'Antiquité et ceux de la modernité. On refuse de mesurer concrètement le poids des obstacles épistémologiques et pragmatiques. On reste aveugle aux dynamismes pro-vocateurs. On privilégie de façon perspectiviste un faisceau de vecteurs historiques en faisant l'économie de leurs antithétiques conditions de possibilités. On perçoit fallacieusement en continuité ce qui n'est intelligible qu'en rupture à travers un affrontement.

La dynamique interne de la modernité reste inintelligible sans l'affrontement et l'inter fécondation
dialectiques de gigantesques différences. L'homme occidental n'est pas né par parthénogenèse ! L'Occident est né de père et de mère. De père et de mère différents ! Notre mère est païenne. Notre père est judéo-chrétien.

L'extrême simplicité d'une telle assertion risque de cacher l'extraordinaire complexité parallèle, le dense réseau avec ses enchevêtrements de lignes d'ascendance, de descendance et de collatéralité. Du côté maternel et du côté paternel... Indo-européens, Celtes, Germains, Slaves, Sémites, Arabes... Dans l'improbable rencontre entre une telle mère et un tel père deux mondes différents allaient s'affronter. Deux mondes humains ayant chacun sa langue, son histoire, ses valeurs, ses principes, ses articulations logiques, ses systèmes de représentation, ses formes de perception, ses codes régulateurs, ses types d'organisation, ses options fondamentales, ses prégnances, ses finalités. Deux espaces culturels différents jusqu'à la contradiction.

L'homme occidental ne se comprend pas lui-même s'il méconnaît les gigantesques différences qui se sont affrontées et inter fécondées pour lui donner naissance. Il n'est pas né par parthénogenèse ! Il est né de père et de mère. Sa mère est païenne. Son père est judéo-chrétien. De son héritage maternel, il tient ses `composantes'. De son héritage paternel, ses `exposantes'. Tous les meurtres du père, périodiquement et rituellement perpétrés, ne pourront rien contre cette évidence première.


Composantes et exposantes

Les premières garantissent les cohérences et les harmonies. Les secondes ouvrent la démesure. La rencontre providentielle entre notre mère païenne et notre père judéo-chrétien fait s'étreindre les maternelles composantes et les paternelles exposantes. Deux longues séries d'antinomies radicales sur lesquelles on reviendra et dont on n'évoque ici que les axes majeurs. L'absolu `Je suis' face à l'absolu `Il y a`. La liberté personnelle face à la nécessité naturelle. Le dessein face au destin. L'histoire face à l'éternel retour. La Création face au Cosmos. L'infini face au fini. La démesure face à la mesure. Les extrêmes face au milieu. L'aventure et le risque face à l'harmonie et à la sécurité...

Ainsi, par exemple, ce cosmos rationnel des Grecs ne pourra-t-il devenir scientifiquement articulable, désarticulable et réarticulable que lorsqu'il ne sera plus absolu ni divin en lui-même mais, comme l'affirme avec force la raison judéo-chrétienne, créé, créé par un Dieu Tout-Autre, c'est-à-dire créé contingent, d'un autre ordre, créé essentiellement différent de Dieu, restant parfaitement rationnel mais devenant en même temps monde de l'homme, livré à la libre entreprise de l'homme qui peut désormais explorer systématiquement l'univers et dont le domaine du possible, science et technique, s'ouvre à l'infini. Cette science et cette technique ne pourront réellement devenir progrès que lorsque le temps, sans refuser la rationalité, ne sera plus cercle fermé mais, selon la nouveauté judéo-chrétienne, ligne ouverte indéfiniment en avant d'elle-même, donc le temps décisif de l'histoire et le temps de l'audace pour l'homme qui, loin d'être prisonnier de l'ordre nécessaire, est désormais capable d'instaurer son ordre à lui et de rêver de devenir, comme le dira Descartes, maître et possesseur de la nature.

Ainsi, par exemple, à l'homme, ce 'microcosme' lié à la nécessité du cosmos et de la cité, sera-t-il révélé qu'il est encore plus profondément fils de Dieu et donc investi d'une liberté radicale et inaliénable. Il se découvrira `personne'. Raison et liberté si puissamment étreintes en lui le porteront à toutes les hardiesses. L'homme moderne est incompréhensible sans cette dialectique en lui de nécessité rationnelle et de liberté créatrice, de mesure logique et de démesure libertaire, de continuité et de rupture, d'insistance immanente et d'exigence transcendante. A un tel homme seulement peut s'ouvrir l'impossible. Un tel homme seulement peut en prendre le risque et courir l'aventure.


Le coup de pied de l'âne

On se débarrasse des questions gênantes pour s'installer dans les évidences paresseuses en piétinant les réelles conditions de possibilité de nos `valeurs'.

D'où, en effet, peut nous venir l'urgence des `droits de l'homme' sinon de là où règne l'absolue certitude que tout être humain, quelle que soit sa race, sa culture ou sa condition, est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu et né fils ou fille d'un même Père ?

La `liberté de conscience' ? D'où l'homme sait-il que la voix de sa propre conscience droite doit toujours couvrir celle de toute autre autorité, fut-elle du Parti, de l'opinion publique, de l'Etat ou du Pape ?

Où chercher les sources de la `démocratie' ? Chez les Grecs ? Mais
qu'est cette `démocratie' auto proclamée qui ne fonctionne que par l'esclavage de la très grande majorité de la population ?

D'où nous vient la `laïcité' elle-même sinon de cet impératif: `Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu' ?

Faites le tour de toutes nos valeurs fondamentales. D'où peut bien venir la graine qui les porte en germe ? D'où peut bien venir le terreau de leur croissance et de leur développement ?

Où ailleurs sont-elles pensables, ces valeurs ? En Inde ? En Chine ? En Egypte ? Dans la Grèce Antique ? L'homme glorifié en ces temps nouveaux, qui est-il ? Est-ce l'homme païen piégé par le cosmos, le fatum, la cité, les dieux, l'éternel retour... ? N'est-ce pas plutôt l'homme tel qu'en lui-même révélé surhumain par grâce ? L'homme divin. Fils de Dieu. Tellement fils qu'il peut prendre la liberté, justement, en son âge `adolescent', de s'opposer au Père. Libre de courir son aventure. Dans un espace-temps qui rompt les cercles et se libère des idoles, livré au possible à l'infini de la libre entreprise humaine.

Ces valeurs qu'on croit sorties des cuisses de Jupiter ne sont autres que les fondamentales valeurs judéo-chrétiennes
redécouvertes dans leur éternelle nouveauté. Ce qui est réellement nouveau, par contre, c'est que ces valeurs se reprennent en courbure païenne.


Parthénogenèse ?

Ici intervient quelque chose comme un mécanisme de défense contre le père. Avec une profonde nostalgie de parthénogenèse. L'Occident refuse le Père. Il ne veut reconnaître que la mère. Il n'a de tendresse que pour sa mère grecque. Il expulse son père judéo-chrétien.


Ce qui domine en général dans l'intelligibilité de notre généalogie culturelle et partant des possibilités de notre modernité, ce sont des grilles de lecture et des schémas qui valorisent nos racines païennes. Comme si notre héritage ne pouvait être que gréco-romain. Au commencement est donc l'Antiquité gréco-romaine. Elle est nécessairement 'miraculeuse' ! Elle se répète et revit en ce qui dès lors ne peut que s'appeler 'Renaissance', nouveau 'miracle' précurseur de nos proue
sses modernes.


Miracle ?

La modernité se veut de naissance virginale. Bien plus, cette naissance doit être miraculeuse. Il en résulte un double réflexe: celui de ne pas situer cette naissance trop loin dans le passé - 1453 ? Un peu plus tôt ? Un peu plus tard ? - et celui de noircir la toile de fond de son berceau, le `ténébreux' Moyen Age ! N'est-il pas symptomatique qu'il faille attendre la crise pour qu'aujourd'hui le Moyen Age se trouve revalorisé et que soient mieux perçue également l'importance des lentes fécondités ?


Nous pensons que si `miracle' il y a, il n'est pas à l'adolescence mais à la conception. Ce qui oblige à remonter plus haut dans les généalogies. Donc à étend
re le concept de `modernité' en deçà des limites qu'une certaine modernité s'assigne à elle-même.


Renaissance ?

Le `re' est sans doute de trop. Cet âge, en effet, regarde plus en avant qu'en arrière. Le singulier, ensuite, est trompeur puisque depuis 1100 les explosions sont multiples. Mais, déjà, le terme tout entier ne se veut-il pas polémique ? N'a-t-il pas été fabriqué après coup pour marquer une rupture avec les âges plus chrétiens ? Comme s'il fallait les mettre entre parenthèses pour retrouver de plus authentiques valeurs fondatrices.

La modernité se veut de naissance virginale. Bien plus, cette naissance doit être miraculeuse. Il en résulte un double réflexe: celui de ne pas situer cette naissance trop loin dans le passé - 1453 ? Un peu plus tôt ? Un peu plus tard ? - et celui de noircir la toile de fond de son berceau, le `ténébreux' Moyen Age ! N'est-il pas symptomatique qu'il faille attendre la crise pour qu'aujourd'hui le Moyen Age se trouve revalorisé et que soient mieux perçue également l'importance des lentes fécondités ?


Une approche naïve croit que les valeurs de la `Renaissance' sont les valeurs `païennes' des Anciens qui `renaissent' pour se substituer aux valeurs `chrétiennes' du Moyen Age. Une intelligibilité plus profonde dévoile au contraire que ces valeurs `nouvelles' ne sont autres que des valeurs judéo-chrétiennes redécouvertes avec une grande radicalité et que les temps nouveaux déploient dans leur explosivité.


Transmutation de toutes les valeurs antiques

Faut-il être anti-chrétien à l'extrême pour le comprendre réellement ? Ainsi Nietzsche, dans 'Jenseits von Gut und Böse' (3,46): Les hommes des temps modernes dont l'intelligence est si émoussée qu'elle ne comprend plus le sens du langage chrétien ne sentent même plus ce qu'il y avait d'épouvantable pour un esprit antique dans la formule paradoxale: `Dieu crucifié'. Jamais dans une conversion il n'y eut rien d'aussi hardi, rien d'aussi terrible, rien qui mît tout en question et posât tant de questions. Cette formule annonçait une transmutation de toutes les valeurs antiques.


Le génie grec avait réussi à boucler en harmonie la boucle des naturelles valeurs et significations 'païennes'. Thèse parfaite de la plénitude immanente de l'humain. Or c'est cette positivité de la perfection 'thétique' qu'affronte la négativité 'anti-thétique' des significations judéo-chrétiennes.



Le néolithique dialectiquement dynamisé

Deux grandes ruptures

Deux grandes ruptures ouvrent fondamentalement de nouvelles possibilités humaines. Deux gigantesques révolutions. Et deux seulement ! Toutes les autres s'en nourrissent et s'articulent sur elles. Dix mille ans nous séparent des émergences de la première. Et quatre mille ans des origines de la seconde.

Deux grandes ruptures... La première a commencé il y a plus de 10 000 ans. La seconde a fait irruption il y a 4 000 ans.

Très schématiquement on peut dire que l'intention essentielle de la révolution néolithique vise à intégrer l'autre dans le même et à composer le même avec le même. En sécurité. En harmonie. En clôture structurale. La visée essentielle de la révolution judéo-chrétienne, par contre, est de s'exposer à l'autre et à l'autre de l'autre. Courir infiniment l'aventure de l'exode incessant. Risquer la Pâque. En rupture. Dans l'ouvert infini.

D'un côté joue la pertinence des com-posantes. De l'autre côté celle des ex-posantes. Les `composantes' garantissent les cohérences et les harmonies. Les `exposantes' ouvrent la démesure. La rencontre providentielle entre notre mère païenne et notre père judéo-chrétien fait s'étreindre les maternelles composantes et les paternelles exposantes.

Deux conceptions radicalement différentes de la totalité. Deux visions radicalement différentes de l'homme. Deux espaces et deux temps différents. Deux possibilités de penser et d'agir différentes.


Deux longues séries d'antinomies radicales dont on n'évoque ici que les axes majeurs. Les premières garantissent les cohérences et les harmonies. Les secondes ouvrent la démesure.
L'absolu `Je suis' face à l'absolu `Il y a`. La liberté personnelle face à la nécessité naturelle. Le dessein face au destin. L'histoire face à l'éternel retour. La Création face au Cosmos. L'infini face au fini. La démesure face à la mesure. Les extrêmes face au milieu. L'aventure et le risque face à l'harmonie et à la sécurité...

Entre les deux ruptures, une infinie différence. La rupture néolithique est
thétique et joue en horizontalité. La rupture judéo-chrétienne est antithétique et joue à la verticale. La révolution néolithique dit profondément oui. Elle va de soi. Elle a toute la 'raison' pour elle. La révolution judéo-chrétienne renvoie tout `oui' vers un plus fondamental `non'. Elle est de trop. Elle est `déraison' pour la raison. La révolution judéo-chrétienne n'est pas parallèle. D'une part elle surgit à partir de la révolution néolithique, au cœur de la révolution néolithique. D'autre part elle signifie rupture radicale du mouvement lui-même de la révolution néolithique. Elle est révolution dans la révolution. Bien plus, elle est révolution permanente au cœur même de sa propre révolution.


Le génie néolithique

Derrière sa dynamique, quelle est
l'essence du Néolithique ? Elle tient dans la libération d'une extraordinaire dynamique de construction de l'oïkos, de la 'maison', de la maison au sens le plus large du terme, à la mesure du possible de l'homme maître de la nature. Déploiement de 'bulles' en 'bulles' de plus en plus grandes. Selon la complémentarité différentielle du `ex' différenciateur et du `cum' constructeur. Car il n'y a de culture, nous l'avons vu, que lorsque se rencontrent et s'étreignent, 'oasis' culturelle féconde, beaucoup de concentration et beaucoup de différenciation.

Il s'agit de la construction d'une 'bulle' de s
écurité ou d'une 'cité' de bien portance. Plus fondamentalement il s'agit de ce projet de l'homme qui le veut rendre, comme dira Descartes au seuil des temps modernes, maître et possesseur de la nature.

Le Néolithique ouvre une certaine logique qui se prolonge jusqu'à aujourd'hui. Très théoriquement on peut dire qu'il s'agit d'un déploiement de la dynamique sans cesse reprise du `ex' , de 'bulles' en 'bulles' grandissantes. Ce déploiement s'opère dans quelque chose comme une oasis préalable, à savoir une concentration de possibilités dans un environnement désertique hostile. La concentration sédentaire d'une multiple diversité d'hommes, de talents, de possibilités, de ressources, de biens, d'outils, de techniques, de moyens de production, de réserves.

Le génie néolithique crée donc des sortes de concentrés de différences et ces concentrés sont féconds. Ainsi un nouveau monde fait par art commence à se déployer au cœur du vaste monde donné de la nature et progressivement à s'y substituer.


L'homme prend en main son destin

Il se met ainsi à maîtriser la 'nécessité' naturelle ouvrant par là le champ de la liberté. Cette 'prise en main' valorise l'artifice, ce qui est fait par art, ce qui est fait de 'main d'hommes'. Les très importantes racines indo-européennes ar et tek, par exemple, ne témoignent-elles pas de cette emprise de la main de l'homme sur son Umwelt ? La main avec son prolongement 'artificiel', c'est-à-dire l'outil, et l'outil de l'outil. Prothèses d'un corps limité au service d'une intelligence illimitée. Toute une cascade d'inventivité. La ruse multiforme. Se servir de la nature pour l'asservir et la conquérir. La croissance de l'outil se déploie, s'étend, se complexifie en réciprocité de l'articulation, de la désarticulation et de la réarticulation à l'infini. Ces longues chaînes d'outilité accouplées aux longues chaînes de raison. Technologies. Outil fabricateur d'outil exponentiellement, chaque technique appelant une nouvelle technique. L'aventure des révolutions technologiques et industrielles...

Cette
articulation de l'outil appelle le travail qui, à son tour, la promeut. Le Néolithique 'invente' proprement le travail en tant que pro-ducteur. Productivité croissante, quantitative et qualitative, de constructivité extensive qui consomme de manière croissante ressources et énergie. Cela signifie et va signifier de plus en plus l'enchaînement de l'homme au travail ! Ce travail producteur divise et complexifie en même temps les liens et les tâches. Division du travail. Métiers. Spécialisations. Divisions sociales. Hiérarchisations. Les productions nouvelles créent des besoins nouveaux et ces besoins sont de plus en plus 'artificiels'. Le Néolithique fait être l'économique à proprement parler. Il commence à instaurer le cycle fatal qui boucle l'une sur l'autre production et consommation. Et l'homme s'engage dans sa possible aliénation à ce cycle.

L'espace-temps se fait décisif. Il se conquiert. Il se maîtrise. Il se structure. Il se construit. Il devient l'espace utile du champ, de la maison, du village, de la cité, du royaume, de l'empire et du cosmos. Il devient l'espace de la communication, des routes, de la navigation, des échanges, du commerce ou de l'exploration. Il devient le temps utile de la gestion. Le temps se faisant urgent. Le temps des semailles, des germinations et des récoltes. Le temps des rythmes saisonniers. Le temps des attentes et des espérances. Le temps du moyen et du long terme. Le temps devenu calendrier et chronique. Le temps des risques, des prévisions et des provisions. L'espace-temps est de plus en plus marqué par l'accumulatif. Les 'contenants' sous toutes les formes se multiplient et se perfectionnent, et ces contenants appellent un plein. Une mémoire se constitue. L'écriture s'invente. Une histoire s'ouvre.

Beaucoup de différence s'engendre et se rencontre. De plus en plus de différences s'
intègrent. Une multiplicité croissante se totalise et souvent se totalitarise. De la maison à la cité, du royaume au cosmos. L'universalité se cherche. Sous le signe de la guerre ou de la paix, de la défense ou de la conquête.

Ces totalisations riment avec sacralisations. L'émigration ouranienne des dieux chthoniens consacre les emprises totalitaires. Du champ au cosmos un
ordre se constitue. Un ordre et des ordres. Avec ses fonctionnaires et son clergé. Avec ses juges et sa police. Avec ses sages et ses sorciers. Avec ses hiérarchies sacrales. Le roi-prêtre. L'empereur-dieu. Les lois de la cité ne sont pas les étrangères des lois de la nature. Ne s'agit-il pas toujours et essentiellement d'instaurer, oïkos-nomos, la loi dans la 'maison'. La 'maison' des vivants et des morts, à travers les temples et les tombes. La 'maison' selon toutes ses extensions, jusqu'à la totalité cosmique ?

Le génie néolithique donne naissance au citoyen, fils de la cité, civilisé, fils d'une même mère Patrie, fils de la cité protectrice et pourvoyeuse. Une certaine idéologie se diffuse et cette idéologie est celle de l'homme bien-portant en sécurité dans un espace-temps qui conjure les risques et garantit les assurances. En somme, l'idéal du 'jardin zoologique' où la liberté s'échange contre l'hygiène. L'idéal de la 'bulle' qui materne son microcosme. L'idéal du 'clapier' où se trouve une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. L'idéal de la 'cruche' en tant que contenant plein...

Le spécifique néolithique émerge inchoativement. Son essence traverse les siècles de notre préhistoire, de notre protohistoire et de notre histoire. Ses manifestations varient au cours des âges. Sa dynamique grandit jusqu'à aujourd'hui. Ses composantes jouant moins en linéarité successive qu'en réciprocité interactive où l'effet joue comme cause et la cause comme effet, dans l'étreinte dialectique de l'articulation et de la signification.


La révolution judéo-chrétienne

Au cœur de la révolution du néolithique surgit donc une autre révolution. Elle commence avec une personne. Elle commence en alliance avec l'Autre. Dans le Souffle de l'Esprit. Dieu dit à Abram:
“Quitte ton pays, ta famille, la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi un grand peuple. Je te bénirai. Je rendrai ton nom illustre. Sois une bénédiction pour tous !” (Genèse 12:1-2). C'est à partir d'Abraham que la radicale nouveauté se lève. Quitte tes sécurités. Cours l'aventure de la liberté. Existe comme personne devant ton Dieu. Sois le père des enfants de la Promesse.

Révolution `judéo-chrétienne'.
Entre `judéo' et `chrétien' le trait d'union traduit la permanence du même Esprit. Contrairement à la révolution néolithique qui se conjugue au pluriel à travers des temps, des lieux et des modalités différentes, la révolution judéo-chrétienne est unique. Elle est en quelque sorte insolite. Elle commence non par une nécessité évolutive commune mais par un nom propre, Abraham, et une décision personnelle. Son universalité n'est pas de fait mais de droit.

La révolution judéo-chrétienne n'est pas une révolution parallèle. D'une part elle surgit à partir de la révolution néolithique, au cœur de la révolution néolithique. D'autre part elle signifie rupture radicale du mouvement lui-même de la révolution néolithique. Elle est révolution dans la révolution. Bien plus, elle est révolution permanente au cœur même de sa propre révolution. Libération d'un mouvement in-fini de contestation et de protestance.

Ramener la différence à l'antagonisme naturel entre 'sédentaires' et 'nomades' au sens simplement matériel du terme, et, partant, entre le 'civilisé' et le 'sauvage', risquerait d'obscurcir la vision par de trop faciles évidences. L'opposition, en l'occurrence, n'est pas d'abord phénoménale. Elle est métaphysique. Il faut aller jusqu'aux raisons profondes et expliquer
pourquoi, ici, le sédentaire est sédentaire et le nomade, nomade.
Ces éternels 'nomades' spirituels que sont les sémites juifs, ils ne le sont ni par hasard et par nécessité.
Ils le sont par choix. Ils le sont non par défaut mais par lucidité. Les Grecs, sans doute, à plus d'un titre, pouvaient les regarder comme des 'sauvages'. Car ils le sont. Dans la mesure où ils contestent radicalement les aliénations de la 'civilisation'. La révolution judéo-chrétienne commence par une dénonciation du non sérieux radical et de la vanité foncière de cette 'bulle' en clôture qu'instaure le projet néolithique. Cette dénonciation est le plus souvent implicite. Elle procède par humour. Cette façon de se situer dans la béance.

Au Livre de la Genèse, par exemple, dès l'origine de l'homme, cette tentation de la 'maîtrise' totale:
vous serez comme des dieux... La chute. Le péché. Survient en catastrophe un monde d'illusions, de problèmes et de peine. Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. Un monde d'après. Succédant à un monde d'avant. L'innocence désormais perdue. Le souci. Le souci-à-la-mort. Le costume et toutes les coutumes cache-misère à sa suite. Le travail. Pour ne pas mourir. Et pour finalement mourir quand même !

Désormais le champ se cultive et l'avoir s'accumule par souci du
manque. Division du travail et sa suite, l'envie. Jusqu'au meurtre. Caïn tue son frère Abel. Les hommes seront à la peine, forgerons comme Tubal-Caïn ou constructeurs de villes comme Hénoch. Constructeurs jusqu'à la démesure. Babel. La ruine. Le parler pour ne plus rien dire. La confusion des langages. Finalement le Déluge... Mais Abraham pouvait-il paraître avant le Déluge ?


La révolution qui commence avec Abraham dit `non'

Elle dit
non à l'essentiel des acquis de la révolution néolithique. L'homme prend en main son destin ? Non, il n'y a pas de destin pour l'homme. L'être et la nature sont grâce. Non pas résultat d'un `il y a', mais création d'un `Je Suis'. Non pas destin, mais destinée. Destinée qui renvoie l'homme à l'infini de lui-même.

La valeur de l'artifice ?
Non, l'homme est toujours plus grand que ce qu'il fait. L'homme est plus grand que sa simple efficacité. La confiance déplacée dans l'artifice est trompeuse. Tout ce qui est fait de main d'homme risque continuellement de n'être qu'idole.

Le culte de l'outil ?
Non à l'outil qui fabrique des idoles à tous les sens du mot. L'outil n'est pas fin mais 'moyen'. Il est service. Au service de la création.

Le travail producteur ?
Non, le travail n'est pas un absolu. Il n'est pas en lui-même valeur. Il ne prend valeur que dans le service. Toute production risque de produire de l'encombrement face à l'essentiel.

L'esclavage de la productivité ?
Non, l'homme ne doit produire que le nécessaire et partager le superflu. L'homme est trop grand pour être réduit à ne combler que ses manques artificiels, fussent-ils prestigieux. Toute forme d'esclavage est radicalement condamnée. La Bible ne peut avoir que mépris pour une `civilisation' comme la grecque qui ne fonctionne que grâce à l'esclavage de neuf hommes sur dix !

L'accumulation de l'avoir ?
Non, l'avoir est pour le don et pour le service, non pour l'accumulation. La richesse durcit le cœur et aliène l'homme à l'homme. Bienheureux les pauvres, c'est-à-dire bienheureux les hommes qui refusent la richesse et, partant, la constitution de pauvreté.

La complexification des structures ? Non, la création de grandes 'structures' risque de n'être que recherche de vaines sécurités et de masquer l'infidélité. La complexification n'est que mal nécessaire face à l'essentiel qui est simple.

La complexification des tâches ?
Non, elle risque de créer l'inégalité entre les fils du même Père. Les différences de conditions ne peuvent être que fondamentalement contingentes.

Les grandes constructions ?
Non, toute construction n'est finalement que vanité puisqu'elle ne peut tendre que vers sa destruction. La tâche essentielle de l'homme est ailleurs.

Boucler la consommation sur la production ?
Non, ce cercle est vicieux puisqu'il enferme l'homme uni dimensionnellement sur lui-même.

Le culte de la force ? Non, c'est quand je suis faible que je suis fort. Il y a des labilités qui, paradoxalement, ouvrent à d'autres fécondités.

Réduire et intégrer la différence ?
Non, la différence est grâce. Elle est signe de surabondance, chance de fécondité et promesse de liberté. Elle culmine dans la personne. Et la personne est fin, absolument, sans pouvoir jamais être moyen. Et même, tu aimeras ton ennemi !

Faire régner l'ordre à tout prix ? Non, l'ordre n'est pas fin mais service. Très profondément l'homme n'est pas pour la mesure mais pour la démesure.

Construire des enceintes de sécurité ? Non, Dieu seul est ta sécurité. Et sa parole ne cesse de tourner en dérision toutes les fausses sécurités. L'idéal humain ne peut pas être le `jardin zoologique' ! L'homme devient plus authentiquement homme à travers insécurité et risque.

Nouer des totalités ?
Non à tous les totalitarismes. Non à toutes les idéologies. L'ouverture à l'autre est incomparablement plus humanisante que les clôtures sur le même. L'homme en sa béance est infiniment plus grand que l'homme enfermé dans des `bulles'.

Totaliser le sacré ?
Non, l'homme n'est pas fait pour le sabbat mais le sabbat pour l'homme. Le décisif n'est pas la `religion' mais l'existence vraie qui s'ouvre dans la foi. Un seul Dieu tu adoreras ! Il est Tout-Autre. Il est absolu 'Je suis'. Tu ne le trouves qu'en exode. Le temple sera détruit. Laissez les morts ensevelir les morts. Ultimement le tombeau est vide...


Dialectique

De l'inter fécondation des acquis
thétiques de la révolution néolithique et des exposantes antithétiques de la révolution judéo-chrétienne naîtra, après une très longue gestation, un extraordinaire déploiement de croissance et d'accélération.

Le moteur de cette étreinte d'extrême différence est dialectique. Le génie païen avait bouclé en harmonie la plénitude immanente de l'humain. C'est cette positivité de la perfection 'thétique' qu'affronte la négativité 'anti-thétique' des dynamiques judéo-chrétiennes.

Tout se passe comme si les 'mécanismes' néolithiques se mettaient à fonctionner de façon
exponentielle. L'outil produisant l'outil qui le dépasse, une masse d'outilité gonfle et déborde. L'invention provoque l'invention de plus en plus hardie.

De plus en plus énormes se suivent les vagues technologiques. Substituts, désormais, de la Foi, de l'Espérance et de la Charité: la 'Science', le 'Progrès' et le 'Bien-être pour tous'.

En profondeur, très essentiellement, cette étreinte promise à tant de fécondité dialectique est celle entre le
même et l'autre. La radicale nouveauté judéo-chrétienne pose l'autre avec une priorité ontologique, logique, axiologique, génétique, sur le même. Le même païen se trouvant ainsi radicalement pro-voqué vers son propre dépassement.

Nous risquons parfois de croire un peu naïvement que ces acquis qui se trouvent à l'avant-scène de notre modernité nous viennent en ligne directe, par évolution continue, de la problématique païenne. Or ils impliquent tous une gigantesque rupture. Car ces concepts-clés vivent aujourd'hui d'une `ouverture' qu'ils ne pouvaient acquérir qu'à travers un affrontement avec leur `autre'. Il fallait des générations d'hommes - aujourd'hui peut-être méconnus - pour les penser dans leur différence. Le temps entre création et parousie. L'histoire entre temps et éternité. La personne entre individu et acte créateur. L'existence entre être et création. La liberté entre essence et existence. L'expérience entre intelligible et réel (physique et mystique). La destinée entre fatum et grâce. La faute entre destin et péché...



L'étreinte d'extrême différence

La rencontre de différence est féconde. La rencontre d'extrême différence est infiniment féconde. C'est ainsi que se rencontrent Athènes et Jérusalem. La plus gigantesque rencontre de différence imaginable ! Défi réciproque, affrontement, inter fécondation... De l'étreinte de ce maximum de différence naît l'Occident.

Si le même reste clos sur lui-même, jamais rien d'autre ne sera. La nouveauté est enfant de la différence qui s'affronte dialectiquement. Nulle part ailleurs autant de différence ne s'est étreinte qu'en notre Occident. Nulle part ailleurs ne fut libérée une plus grande dynamique.

Pourquoi l'Occident ? Pourquoi l'extraordinaire dynamique de cette aventure ? Il ne semble y avoir qu'une seule réponse. C'est la dynamique
dialectique du défi réciproque, de l'affrontement et de l'inter fécondation de gigantesques différences entre la com-posante grecque et l'ex-posante judéo-chrétienne.

L'homme occidental ne se comprend pas lui-même s'il méconnaît les gigantesques différences qui se sont affrontées
et interfécondées pour lui donner naissance. Il n'est pas né par parthénogenèse ! Il est né de père et de mère. Sa mère est païenne. Son père est judéo-chrétien. Tous les meurtres du père, périodiquement et rituellement perpétrés, ne pourront rien contre cette évidence première.


De mère païenne et de père judéo-chrétien

Nous sommes culturellement, donc en ce qui spécifie notre humanité, filles et fils d'une mère et d'un père. De père et de mère
différents ! Notre mère est païenne. Notre père est judéo-chrétien.

La rencontre de la mère païenne et du père judéo-chrétien représente la plus gigantesque rencontre de différence imaginable ! Un défi réciproque et un affrontement. De l'étreinte de ce maximum de différence naît l'Occident. Sous le signe d'éros et de thanatos...

L'extrême simplicité d'une telle assertion risque de cacher l'extraordinaire complexité sous-jacente, le dense réseau, et leur enchevêtrement, de lignes d'ascendance, de descendance et de collatéralité.

Il faut partir de notre originaire génétique culturelle. L'Occident et partant notre modernité restent inintelligibles sans l'étreinte dialectique d'extrêmes opposés. Nous sommes culturellement, donc en ce qui spécifie notre humanité, filles et fils d'une mère et d'un père. Notre mère est païenne. Notre père est judéo-chrétien. L'extrême simplicité d'une telle assertion risque de cacher l'extraordinaire complexité sous-jacente, le dense réseau, et leur enchevêtrement, de lignes d'ascendance, de descendance et de collatéralité. Du côté maternel, Indo-européens, Celtes, Germains, Slaves, Barbares... Du côté paternel, Sémites, Arabes...

Dans l'improbable rencontre entre une telle mère et un tel père deux mondes différents allaient s'affronter. Deux mondes humains ayant chacun sa langue, son histoire, ses valeurs, ses principes, ses articulations logiques, ses systèmes de représentation, ses formes de perception, ses codes régulateurs, ses types d'organisation, ses options fondamentales, ses prégnances, ses finalités. Deux cultures, donc deux 'matrices d'humanité' étrangement hétérogènes ! Deux espaces culturels différents jusqu'à la contradiction.

Le génie païen avait réussi à boucler en harmonie la boucle des naturelles valeurs et significations 'païennes'. Thèse parfaite de la plénitude immanente de l'humain. Or c'est cette positivité de la perfection 'thétique' qu'affronte la négativité 'anti-thétique' des significations judéo-chrétiennes.

La rencontre de la com-posante grecque et de l'ex-posante judéo-chrétienne provoque l'affrontement de ces antinomies radicales qui existent fondamentalement entre in et ex, entre cum et trans. L'Occident et, partant, la modernité restent inintelligibles sans l'étreinte dialectique de ces extrêmes différences.


Embarqués dans l'Histoire

En cet unique espace culturel, par l'irruption de la nouveauté judéo-chrétienne, l'homme a été pro-voqué, défié, à devenir créateur d'Histoire, créateur d'historicité. Le seul espace culturel également où l'angoisse ait profondément pénétré 

L'humain est projeté hors de lui-même. Hors de ses sécurités. Il lui reste à
risquer l'aventure... Il se trouve irrémédiablement embarqué dans l'histoire.

Voici que se rompent les ataviques mécanismes de défense contre l'urgence temporelle. Voici qu'il faut affronter l'ancestrale peur humaine devant l'aventure et le risque. Voici que se brise le cercle sécurisant de l'éternel retour. Cela peut être exaltant. Cela ne peut manquer d'être en même temps infiniment angoissant. Désormais l'homme est devenu
responsable de son présent et de son avenir ! Et personne n'écrit plus l'histoire à sa place.

Désormais c'est à l'homme d'écrire l'histoire des dieux ! Avec Dieu sans doute. Mais dans un rapport personnel qui laisse responsable l'autonomie humaine, et ouvert le risque. Tâche infiniment exaltante mais en même temps infiniment angoissante. La grande peur humaine principiellement vaincue. Mais l'angoisse exacerbée. Les mécanismes de défense brisés. Le cercle fatal rompu. L'homme est pro-voqué par l'Autre. Vers l'Autre. L'en-avant de la Terre Promise. A travers la rupture de l'Exode.

L'homme ose s'embarquer dans l'Histoire. Assumer l'Histoire. Créer l'Histoire. Et par elle se créer lui-même. Paradoxalement non dans l'in-sistance sur l'être mais dans le risque du non-être ouvert à l'autre être. Risquer l'aventure...

L'intelligibilité de l'histoire est identiquement intelligibilité de l'homme. L'humain est ex-posé dans l'histoire. Il est en même temps fils de l'histoire. L'histoire propulse l'homme dans sa liberté. L'histoire est l'espace de son é-ducation, de sa culture, de son exode.



Pourquoi cette longue gestation ?

En apparence, durant longtemps, cette union semble promise à la stérilité sinon à la catastrophe. Que n'a-t-on dit des `ténèbres du Moyen Age' ! Pourquoi cette relative 'lenteur', voire cette apparente 'régression' du procès historique ? Il ne peut y avoir à cela que des raisons profondes.

L'énormité de la différence ainsi rencontrée ne peut pas ne pas être traumatisante. L'Occident ne sort ni facilement ni rapidement de son traumatisme de naissance.


Raisons de la lenteur

En tout processus vivant, les cycles gestateurs ou de maturation sont des cycles longs. Ici le temps de gestation était inévitablement à la mesure de l'énormité des différences qui se sont étreintes. De telles semailles ne pouvaient que traverser un très long hiver.

La révolution judéo-chrétienne désagrège la massive cohérence gréco-romaine. Entre cette déstructuration et la nouvelle restructuration, il faudra des siècles de profonde re-signification et de lente trans-signification. Grégoire le Grand... Vers l'an 600. Deux siècles après, une première `Renaissance' avec Charlemagne...

Lorsque l'éternité est ouverte, le temps peut se faire patience. Les investissements se font à très long terme. On sème pour une récolte qui transcende les rythmes solaires. Étonnante patience ! Au Moyen Age encore, les décennies voir les siècles nécessaires à la construction d'une cathédrale sont loin de paralyser les projets. Et pourtant n'avaient-ils pas une espérance de vie nettement plus courte que la nôtre ?

Toute déstructuration laisse un émiettement et un éparpillement d'éléments structurels à partir desquels la construction d'une nouvelle structure n'est pas immédiate. Elle l'est d'autant moins que la structure détruite est plus énorme. Or l'impact judéo-chrétien, fondamentalement désagrégateur de toute clôture structurale parce que son projet essentiel n'est pas horizontale construction mais verticale ouverture, ne peut jouer que de façon déstructurante et désagréger la massive cohérence païenne, en l'occurrence gréco-romaine. Entre cette déstructuration et une nouvelle restructuration, il faudra des siècles de réajustements.

La culture antique ainsi déstructurée est 'élitiste'. Elle fonctionne insulairement. La cité vit au détriment des immenses espaces environnants et, dans la cité, neuf dixièmes des habitants sont esclaves de la minorité citoyenne. La révolution judéo-chrétienne proclame qu'il n'y a plus ni esclave ni homme libre mais uniquement des fils et des filles du même Père. Une telle 'démocratie' et son apprentissage ne peut être, durant de longs siècles, qu'un facteur de profond dysfonctionnement.

L'esclavage, c'est-à-dire le mode de production où le producteur-esclave, très peu consommateur, libère une disponibilité de consommation, constitue l
a force motrice de la puissance antique. Or une telle motricité est principiellement niée par la nouveauté judéo-chrétienne. Nécessaire conséquence de la suppression de l'esclavage, c'est donc l'homme `libre' qui doit se convertir en travailleur. Cette conversion, cet apprentissage de la liberté libérée est nécessairement un processus lent.

La culture commence avec l'agriculture. Et l'agriculture avec le défrichage. Que serait l'agriculture sans le long travail préalable des 'moines défricheurs' ?

Le concept de 'progrès' qui a si souvent servi de cheval de bataille contre la pertinence judéo-chrétienne est lui-même, comme bien d'autres concepts dynamiques, fruit tardif de l'histoire à partir de l'inter fécondation entre les deux apports antithétiques. Il a ses racines davantage au Sinaï qu'à Athènes. Ce concept, essentiellement relatif, n'est ensuite devenu un absolu que par manque d'Absolu et par substitution.

Parce que la nouveauté judéo-chrétienne refuse d'enfermer l'homme dans le cercle vicieux de la production bouclée sur la consommation, l'idée de 'progrès' est signifiée et valorisée par rapport à bien autre chose que le simple accroissement cumulatif voire exponentiel de l'avoir et du pouvoir. Mais le progrès spirituel est infiniment plus laborieux et plus lent que l'autre.

L'affrontement entre composante gréco-latine et exposante judéo-chrétienne n'a pas joué à l'état pur. Il s'est compliqué et complexifié comme à plaisir. Mesure-t-on assez, par exemple, la perturbation que représente la menace permanente et l'invasion successive des 'barbares' ? Ensuite la nécessaire 'durée' entre les affrontements jusqu'aux intégrations.

Et que dire de l'affrontement avec l'Islam ? Ces 'cousins' spirituels farouches constitueront un défi majeur. Ici, pourtant, la différence ne joue plus à l'état brut et les espaces culturels ne sont pas fondamentalement hétérogènes. Mais l'Islam se noue en totalité idiosyncratique et risque ainsi de heurter sans cesse l'autre de plein fouet dans un affrontement du tout ou rien. L'Islam ne renvoie-t-il pas parfois à la révolution judéo-chrétienne l'image de ce qu'elle aurait pu devenir si elle s'était refermée sur son absolu en refusant de rencontrer et d'affronter son 'autre' pour l'étreindre et le féconder ?

Les valeurs apportées par la révolution judéo-chrétienne sont d'abord des anti-valeurs. Elles risquent de laisser à la paganité de très longues indigestions.


Les protagonistes

Ces hommes des premiers siècles chrétiens que nous appelons `
Pères' veulent rendre raison de la scandaleuse déraison judéo-chrétienne. Une très grande certitude anime leur effort de mettre en lumière le paradoxe chrétien, à savoir que rien, absolument rien, ne peut rester radicalement étranger au Christ. La raison humaine ne peut pas ne pas être en accord profond avec le Logos de Dieu. Foi et raison doivent finalement converger.

L'Incarnation ne désespère d'aucune réalité humaine. Le logos, fut-il païen, n'est pas indigne de porter le mystère divin. Ces croyants font le pari d'une possible étreinte de
theos et de logos. Ils osent une théologie. Dans une extraordinaire effervescence intellectuelle et spirituelle où la foi veut rendre raison d'elle-même et de son objet.


Génie de l'Eglise. Génie de l'Esprit ! Dans le désaccord surmonté entre Athènes et Jérusalem s'ouvre progressivement un espace nouveau d'intelligibilité. Un
débat s'instaure. Les penseurs grecs sont relus avec passion. Platon surtout, ce `saint' païen si étonnamment proche des réalités invisibles, qui prolonge sa présence sous les mille formes de néo-platonisme.

Dans le désaccord surmonté entre Athènes et Jérusalem se constitue progressivement un espace nouveau d'intelligibilité et de possibilité. Les penseurs grecs, Platon, bien sûr, mais Aristote aussi, et de plus en plus, avec tous les autres philosophes païens, ont non seulement droit de cité, mais sont à l'honneur. Le DIALOGUE se fait avec eux et se poursuit à partir d'eux.

Lorsque le chrétien Boèce (+524), dernier des romains et premier des philosophes médiévaux, découvre Aristote, ce n'est pas simplement pour le réécrire. De son dialogue avec le Stagirite naissent de nouveaux outils conceptuels et de nouvelles perspectives. Lorsque, par exemple, la réalité personnelle est affirmée comme `rationalis naturae individua substantia' ou que l'éternité se définit comme un éternel présent, `tota simul', n'est-ce pas un nouvel éclairage qui se jette sur la personne humaine et sa liberté engagée entre temps et éternité ? C'est à la limite du pensable païen que de tels thèmes nouveaux surgissent.

Derrière des formulations souvent identiques il s'agit en fait d'un éclairage nouveau sur les thèmes anciens, sur les thèmes éternels, pourrait-on dire. A travers des glissements de sens, parfois imperceptiblement progressifs et parfois brusques, c'est un espace nouveau d'intelligibilité et de possibilité qui lentement s'ouvre.

Notre modernité a tellement intégré ces acquis qu'ils semblent tout `naturels'. Si on les replace par rapport à leur `avant' ils sont de grande audace. Ces concepts du temps, de l'histoire, de la personne, de l'existence, de la liberté, de l'expérience, de la destinée, de la faute... Le temps entre création et parousie. L'histoire entre temps et éternité. La personne entre individu et acte créateur. L'existence entre être et création. La liberté entre essence et existence. L'expérience entre intelligible et réel. Le réel entre physique et mystique. La destinée entre fatum et grâce. La faute entre destin et péché...

Nous risquons parfois de croire un peu naïvement que ces acquis qui se trouvent à l'avant-scène de notre modernité nous viennent en ligne directe, par évolution continue, de la problématique païenne. Or ils impliquent tous une gigantesque rupture. Ces concepts-clés, en effet, vivent aujourd'hui d'une `ouverture' qu'ils ne pouvaient acquérir qu'à travers un affrontement avec leur `autre'. Il fallait des générations d'hommes pour les penser dans leur différence.

En fait il s'agit non seulement d'un élargissement de l'espace de rationalité mais de l'élargissement de la raison elle-même. Dans une lettre à Charlemagne, Alcuin d'York ne cache pas son enthousiasme
d'édifier en Francie une Athènes nouvelle, plus brillante que l'ancienne, puisqu'elle sera l'Athènes du Christ. Une Athènes nouvelle. Une raison nouvelle. Né cinq siècles après Alcuin d'York, Ramon Lulle (+1316) ne vivra que pour un tel idéal: établir sur terre la `catholicité' de la raison et de la foi. Une catholicité missionnaire dans l'exigence de l'universel.


En profondeur

Ainsi un travail se poursuit lentement en profondeur. Derrière des formulations souvent identiques de nouvelles lumières jaillissent et de nouvelles perspectives s'ouvrent.

Derrière des formulations souvent identiques il s'agit en fait d'un éclairage nouveau sur les thèmes anciens, sur les thèmes éternels, pourrait-on dire. A travers des glissements de sens, parfois imperceptiblement progressifs et parfois brusques, c'est un espace nouveau d'intelligibilité et de possibilité qui lentement s'ouvre.

Notre modernité a tellement intégré ces acquis qu'ils semblent tout `naturels'. Dans une perspective qui se situe au contraire par `avant', ils apparaissent comme scandaleusement osés et à la limite du `naturellement' pensable. Les concepts du temps, de l'histoire, de la personne, de l'existence, de la liberté, de l'expérience, de la destinée, de la faute...



Extraordinaire aventure

Durant des siècles la démesure judéo-chrétienne reste contenue

Parce qu'essentiellement verticalisée, l'audace chrétienne joue en Alliance. Ses prouesses sont mystiques. Ses audaces culminent dans les flèches des cathédrales. Elle joue peu dans le spectaculaire horizontal. Sur la scène du monde elle reste à sa façon `mesure'. Mais de façon radicalement différente de la 'mesure' grecque. Celle-ci est accord avec la nécessité du 'il y a'. Celle la est convivialité avec la liberté de 'Je suis'. Celle-ci est lien nécessaire avec la rationalité de la totalité théo-cosmo-anthropologique. Celle la est alliance avec l'Infini Personnel dans la communauté ecclésiale humano-divine.

La mesure de la mesure païenne est la raison cosmique. La mesure de la mesure judéo-chrétienne est la démesure d'une liberté infinie. La démesure, d'un côté, ne peut être que prométhéenne et nécessairement vouée à l'échec. La démesure judéo-chrétienne est canalisée verticalement. Elle joue en Agapè. Pour les Grecs, que l'homme soit la mesure de toutes choses n'est vrai, sous peine de tomber dans le scepticisme, que dans la mesure où l'homme s'identifie à la raison. Dans l'espace judéo-chrétien, que l'homme soit la mesure de toutes choses est vrai dans la mesure où l'homme reste à l'image et à la ressemblance de Dieu.

La défense de l'homme y passe nécessairement par la défense de Dieu et de la communauté ecclésiale humano-divine. L'homme est grand dans la mesure où est grand Celui à l'image et à la ressemblance de qui il est créé. Le possible de l'homme est infini non pas en autonomie mais dans la relation avec l'infinie Source du Sens. En Alliance.


Une subjectivité encore béante sur une transcendance

Durant longtemps les audaces humaines ne se bouclent pas encore sur elles-mêmes et ne s'enferment pas encore en
anthropocentrisme. Elles restent béantes sur la transcendance. Dieu ne joue pas encore contre l'homme et l'homme ne joue pas encore contre Dieu. Ce n'est pas encore le pensable qui définit l'être, mais c'est l'être qui définit le pensable. La vérité se fait par rapport à la chose et non pas encore par rapport à la connaissance. L'objectivité ne fait pas encore problème et n'est pas encore devenue tâche impossible. La pensée pense encore dans l'alliance entre l'être et le connaître. Elle n'est pas encore condamnée à la quête infinie des médiations. Elle n'est pas encore livrée à la tâche infinie de fonder le fondement.

L'homme n'est pas encore le berger angoissé de l'être étrange. Il est le berger étonné et reconnaissant de l'être en plénitude.


La démesure verticale explose à l'horizontale

L'explosivité judéo-chrétienne ne reste pas indéfiniment contenue. Le fils de la mère grecque revendique pour soi l'héritage paternel. L'homme révélé divin par grâce veut devenir dieu sans le Père. L'homme manifesté divin à travers l'expérience judéo-chrétienne veut poursuivre seul cette expérience sans Dieu.

La judéo-chrétienne démesure, jusque là verticalisée, rompt la 'mesure' de l'Alliance et, chargée d'une dynamique qui lui vient de l'Autre, se reprend en autonomie et explose en horizontalité. Alors commence l'aventure de la grande schizoïdie qui boucle le divin possible de l'homme sur lui-même et le déploie, anthropocentrique, en son immense caverne d'Utopie. Le fils de la mère païenne revendique
pour soi l'héritage paternel. L'homme révélé divin à travers l'expérience judéo-chrétienne veut devenir dieu sans le Père.

L'acte de naissance de la modernité rompt la communion originaire et instaure l'homme dans son autonomie anthropocentrique. La schizoïdie des filles et des fils de Dieu n'a cessé de nouer sa cohérence dans l'autistique constitution d'un espace de pure immanence.


Déploiement euphorique


La période d'effervescence entre l'âge médiéval et l'âge classique situe le centre de la philosophie partout et ne trouve sa circonférence nulle part. Il s'agit désormais de lui trouver un centre et de lui assigner une circonférence. Le nouvel âge `classique' se propose-t-il autre chose ? Avec très profondément l'intention de ramener `à la raison' la judéo-chrétienne démesure.

Le centre ne peut plus être désormais que le centre décentré du possible de l'homme lui-même. La circonférence ne peut pas ne pas être la circonférence circonscriptible du possible de l'homme `sur' lui-même.

Est ainsi centré et circonscrit un espace. Un espace de la raison et de l'expérience. Un espace de l'avoir et du pouvoir. Espace totalisant de la totalisation du pensable et du possible. En système. Multiples.

Le rayon de cette courbure spatialisante pourra être variable d'un système à l'autre. Il y aura désaccord sur les grands axes et sur leur ancrage dans l'absolu. Mais le nouveau consensus s'accorde sur la construction, méthodique, d'un espace total du sens total.

Nouveauté donc. Mais pas unanimité. Au seuil de la modernité systémique le génie judéo-chrétien d'un Pascal perçoit que le centre reste plus `partout' que jamais et la circonférence plus `nulle part' que jamais. Que toujours l'homme crève les bulles. Que l'homme passe l'homme. Infiniment.


Rupture de l'Alliance

Vous serez comme des dieux ! L'euphorie occulte alors ce qui un jour, nécessairement, adviendra. C'est écrit: Ils virent qu'ils étaient nus... Les dessous du jeu du Prince de ce monde n'ont probablement jamais été autant soupçonnés qu'en nos jours où cette folle aventure commence à tourner mal.

L'acte de naissance de la modernité scelle la rupture de l'Alliance. Cela émerge, quasi imperceptible, quelque part autour de l'an 1100. Cela débute par un `innocent' péché contre le Logos, qui, alors, ne peut plus être simplement celui des Grecs. La nominalistique tentation commence par susurrer cette simple question: lorsque tu parles, lorsque tu penses, est-il nécessaire qu'il y ait un garant autre que toi-même pour assurer la consistance fondamentale de ta parole et de ta pensée ?

Ce doute chuchoté se fera clameur, amplifié par les mille échos de la caverne. Cinq siècles plus tard, de ce doute procédera l'affirmation fondatrice -
je pense donc je suis - de notre plus récente modernité.

Huit siècles d'histoire seraient à reprendre pour montrer comment, à partir d'innocentes émergences, la démesure judéo-chrétienne va courir son aventure en autonomie. Comment par une série de ruptures de plus en plus audacieuses
cette démesure s'horizontalise dans l'immanence païenne jusqu'à l'athéisme. Comment toute l'aventure de la modernité n'est essentiellement, quant à son énergie et sa fécondité, que la poursuite de l'expérience judéo-chrétienne, mais sans l'Autre, sans Dieu. Comment les plus dynamiques des valeurs de notre modernité ne sont fondamentalement, malgré les apparences trompeuses, que des valeurs judéo-chrétiennes, mais tournant en 'roue libre', devenues 'folles', parce que hors de la source de leur sens. Comment c'est chaque fois la plus grande hardiesse contre l'Alliance qui se fait acclamer sur la scène du monde en se faisant passer pour la plus 'libératrice'. Comment, ce faisant, les 'mauvais rôles' à jouer incombent quasi fatalement aux tenants de l'Alliance. Comment la dynamique 'révolutionnaire' de leur foi leur est ravie, récupérée sans la foi, et même tournée contre eux. Contre l'Alliance.

Malice du 'Prince de ce monde'... Ironie de l'histoire... Humour de Dieu...

L'homme divinisé par grâce veut devenir 'dieu' sans Dieu. Le fils de l'Autre veut devenir fils de soi-même. L'acte de naissance de la modernité rompt la communion originaire et instaure l'homme dans son autonomie anthropocentrique.


Progrès...

Déjà on le voit surgir, séducteur, à l'horizon...