Un monde allergique à la transcendance



Pourquoi est-il si difficile pour nous chrétiens d'épouser notre monde sans réserve et sans réticence ? Cela vient certainement de quelque chose de plus fondamental qu'une simple inadéquation d'ordre idéologique. Cela doit tenir à une protestation intérieure. Un `non' venant des profondeurs de notre liberté en alliance. Nous sentons bien que si nous venions à refouler ce `non', nous nous refoulerions en même temps nous-mêmes. Nous gagnerions peut-être un monde, mais nous perdrions notre âme.

Les raisons très profondes de notre difficulté, aujourd'hui, tiennent à la `génétique' même de notre monde moderne occidental. Cette longue étreinte dialectique entre notre mère païenne et notre père judéo-chrétien. Nous l'avons étudiée amplement par ailleurs — en particulier le volume IV de notre site `meta-noia.org' — sans qu'il soit nécessaire ici de remonter aussi loin. Nous nous en tiendrons donc plus spécialement aux difficultés telles qu'elles jouent aujourd'hui en notre monde occidental.


L'humain s'enferme en immanence

Ce phénomène s'est accentué de façon quasi exponentielle au cours des derniers siècles. Le monde coupe ses liens ontologiques avec l'Autre transcendant et se boucle sur lui-même en immanence. Les naturelles ouvertures sur la transcendance sont colmatées. Les béances sur Dieu sont comblées. L'homme boucle la boucle de l'humain autonome autour de son centre schizoïde. Dans cette bulle d'immanence les valeurs chrétiennes se sont acclimatées. Liberté. Justice. Fraternité. Universalité. Egalité... Tellement acclimatées qu'on en vient à oublier leur source et leur sens premier. Comment le chrétien lui-même pourrait-il vivre dans un tel monde sans compromission ? Et jusqu'où pourra-t-il résister à la tentation ?


La tentation idéaliste

Toutes les difficultés — collectives aussi bien que personnelles — que rencontre la foi chrétienne s'enracinent ultimement dans ce qui marque notre monde moderne de façon essentielle, à savoir son `idéalisme'. Il faut comprendre ce terme en son sens philosophique.

La source de l'idéalisme est dans l'absolu `je pense' clos sur lui-même. Du nominalisme à Descartes et à toutes les formes d'empirismes et d'idéalisme, s'est imposé le postulat qu'un au-delà du possible de l'homme est impossible; qu'un au-delà de l'idée est illusoire; qu'un au-delà de la pensée — de `ma' pensée ! — est impensable. Dès lors, que peut-il rester d'une
réalité hors de moi, de la réalité `en soi' ? Simplement un `x' non seulement inconnu mais encore inconnaissable. N'est donc `réel' que ce qui l'est `pour moi'. N'est plus vrai que ce que je perçois comme vrai. N'est vrai que ce que je `sens' comme vrai. N'est vrai que ce que je totalise comme vrai. `Je pense' se fait ainsi l'origine, le fondement absolu, le critère ultime de la vérité. Le `connaissant' se fait pour ainsi dire créateur du `connu'. Exit la `transcendance'. Reste seulement une `visée transcendantale'. Et que reste-t-il de la substance de notre foi ?


Subjectivisme

Dès lors la vérité de la foi ne peut que dépendre de cette origine, de ce fondement et de ce critère. Elle est en dépendance. D'englobante elle devient simplement englobée. `Je' deviens ainsi moi-même l'englobant de ma foi. Ce n'est plus la foi qui dispose de moi. C'est moi qui dispose d'elle.

A ce niveau le bouddhisme semble mieux accordé avec les présupposés de notre modernité. En régime bouddhiste, en effet, il n'existe pas réellement de `réel'. Toute `réalité' n'est finalement que de l'ordre de la représentation ou de l'idée. Un bodhisattva, par exemple, n'est au fond qu'une création virtuelle de l'esprit et de la dévotion de ses fidèles. Un `modèle', un `guide' ou un `éclaireur'. Le `salut' qu'il apporte n'est pas `réel' au sens chrétien, mais seulement `symbolique'.

Pour le chrétien, l'existence d'un `réel' dont l'homme n'est pas entièrement “maître et possesseur” doit être absolument fondamental. Dieu est Dieu. Il est l'Absolu. Il est un `réel' absolument transcendant. Ramené dans les limites de mon possible il n'est plus qu'une `idole', c'est-à-dire le produit d'une idée. Et ainsi de toutes les `réalités' de la foi qui risquent d'être accaparées par la `libre' pensée, c'est-à-dire par la pensée en roue libre. Mais quelle `vérité' peut se trouver là où `ça' pense dans toutes les directions ?


Un espace sans Dieu

Notre espace culturel, c'est-à-dire notre espace d'humanité, s'est progressivement fermé sur lui-même, débarrassé de sa dimension verticale. Le moins que l'on puisse dire c'est que le contexte spirituel de notre temps n'est plus à la foi. Celle-ci se trouve marginalisée sinon éradiquée. La vie publique est devenue de plus en plus hermétique à la présence chrétienne. Le Discours dominant avec ses Maîtres penseurs fait le silence sur ce qui n'a plus sa place dans l'idéologiquement `correct'.

Notre
espace et notre temps se trouvent vidés de leur substance chrétienne. L'église n'est plus le `centre' d'une communauté villageoise ou urbaine. Ouvertes naguère du matin au soir, elles restent le plus souvent fermées. On cherche vainement les signes chrétiens qui abondaient sur nos places publiques ou au bord de nos chemins. Les cloches qui rythmaient nos `angélus' se taisent. Les congés scolaires n'ont plus rien à voir avec les fêtes chrétiennes.

Ayant perdu ses références chrétiennes, notre culture s'est mise à fonctionner de façon unilatérale. Châtrée de sa verticale, elle se complaît dans son petit monde unidimensionnel où prolifèrent les redondances. Là elle trouve et fonde ses
valeurs. Là elle élaborent ses nouveaux modèles. Dans ce contexte qui les expulse, on cherche vainement les `ténors' chrétiens des arts et de la pensée.

Ce qu'il est convenu d'appeler `culture religieuse' se retrouve dans un lamentable état de sous-développement. Une masse d'incultes opine benoîtement devant l'iconographie devenue incompréhensible de nos musées. Les médias ne retiennent de la foi et de son histoire que l'accessoire futile ou croustillant. Les symboles chrétiens ou la musique religieuse trouvent une utilisation commerciale en accompagnant les publicités les plus scabreuses.

Une inquiétante dichotomie nous habite. Une étrange
schizophrénie nous gagne. Elle porte toutes les marques d'une psychose. Le refoulement et la mise en place de mécanismes de défense. Nous refoulons Dieu. Nous dressons nos défenses contre lui.


Clôture

L'humain s'enferme sur lui-même. En stricte immanence. Voulant être seul maître à bord de lui-même et de l'univers, il coupe les liens ontologiques avec l'Autre transcendant. Répudiant ainsi la fidélité à ses racines. La transcendance est évacuée. Pourquoi ne le serait-elle pas ? Puisque au-delà de l'être phénoménal il n'y a que vide et néant. Reste le maintenant. Là notre monde a perdu le sens de la précarité de l'existence. Les petits enfants ne meurent plus. L'espérance de vie ne cesse d'augmenter. La mort peut aisément être renvoyée aux calendes grecques. Les catastrophes restent habituellement abstraites et hors de notre quotidien.

En clôture d'immanence il reste de l'humain déraciné. Les référentiels se mettent à devenir flottants. Dans le déclin des absolus, abondent les perspectivismes et s'étalent les
relativismes. Dans le vaste mouvement de mondialisation où les différences se rencontrent et se relativisent, le christianisme ne serait-il pas simplement une religion parmi d'autres ? S'il n'y a pas de transcendance, pourquoi pas ?

Lorsque la clôture a évacué la transcendance, il ne reste plus qu'un massif `il y a'. Un `ce-à-partir-de-quoi' supposé l'alpha et l'oméga de toutes choses. En clôture immanente le
matérialisme ne peut que se déployer largement. Avec la suite de ses sous-produits comme les utilitarismes et les productivismes, Désormais l'homme `bien-portant' dans l'immanence, l'homme `petit-bourgeois' au sens quasi métaphysique, se suffit à lui-même. Il peut s'installer dans un hédonisme sans limite et sans fin. La société de consommation le comble. Carpe diem... Tout, tout de suite ! Qu'a-t-il encore besoin de salut `autre' ?


Les défis nous manquent

Au beaux jours du communisme en Pologne, un diplomate occidental avait posé cette question au ministre Kakol: “Quand pensez-vous pouvoir en finir avec le catholicisme ?” La réponse de celui-ci fut immédiate: “Pour cela il faudrait introduire votre capitalisme.”

Tant il est vrai que la foi appelle quelque chose comme un `struggle for faith'. Mais lorsqu'elle en est réduite à se battre avec l'in-différence ? L'athéisme émasculé de notre temps, lui-même victime de l'indifférence généralisée, a perdu ses agressives — et stimulantes — provocations. Et que dire des autres `anti...' ?


L'immanence suffit à nous occuper

Blaise Pascal, déjà, voyait dans le `divertissement' une des causes de nos étourderies face à la transcendance. Les choses, depuis, ne se sont pas améliorées. Au contraire. Nous baignons littéralement dans une inflation d'images, de symboles, d'informations, de publicités et de sollicitations. Sciences et techniques nous gratifient presque journellement de leurs `mystères' et de leurs nouveautés. L'éventail des expériences possibles n'a jamais été aussi grand. Nos agendas ploient sous le nombre de nos rencontres. A peine trouvons-nous le temps de lire les modes d'emploi des multiples gadgets sensés simplifier notre vie. Ensuite vient le stress qui, pour se guérir, appelle de nouveaux défoulements et d'autres divertissements.

L'immanence ne suffit-elle pas pour combler l'éros de la connaissance, de la jouissance et de l'action ? Que peut-il rester de la pertinence chrétienne au milieu de tant de centres d'intérêt les uns plus `intéressants' et plus prenants que les autres ? Que devient l'engagement chrétien lorsque le temps est pris ailleurs ?


Les transcendances de substitution

La vraie transcendance étant évacuée, on se donne les `Ersatz' qu'on peut. Tant il est vrai que l'homme n'est homme que dans le dépassement. Aujourd'hui cette `transcendance' — plutôt `transcendantalité' — joue essentiellement en immanence. Et de mille façons, visibles ou invisibles. Elle se retrouve dans la fuite en avant de la croissance pour la croissance qu'on appelle `progrès'. On la rencontre à travers la démesure de nos projets d'aménagement et la hardiesse de nos constructions. Elle n'est pas absente de la compétitivité dans la recherche ou l'industrie. Elle stimule les concours. La chasse à tous les sens du mot ne serait pas sans elle. Elle habite l'orgie et le sexe débridé. C'est elle qui fait battre des records. Les courses à la nouveauté s'en nourrissent. Elle se cache derrière l'évasion dans les drogues. Elle anime les esthétiques de l'immédiat infini. Sans elle il n'y aurait pas de compétition sportive. On peut la soupçonner même derrière les plénitudes nihilistes, les ivresses du néant ou plus simplement le plaisir de transgresser l'interdit.

L'homme est un animal irréductiblement sacralisateur. Notre monde, bien qu'allergique à la transcendance, ne peut pas ne pas cultiver son `sacré'. Ce `religieux sauvage', en rupture de ban et en roue libre, foisonne. Il se cache et se dévoile en même temps sous mille avatars. Les formes les plus sortables de cette religion en immanence prennent l'habit sécularisé pour, à l'instar des fêtes chrétiennes, marquer les grandes étapes de l'existence comme la naissance, la jeunesse, le mariage, le décès. Et puis prolifèrent les mysticismes eux aussi `sauvages', des plus discrets aux plus extravagants. Pendant ce temps le vrai sacré se voit profané. On vole dans les églises pas moins qu'ailleurs


Ne rendre des comptes qu'à l'immanence

Lorsque l'humain est
seul maître à bord, non plus seulement maître et mesure de toutes choses, ce à quoi il est appelé par vocation divine, mais maître et mesure absolus. à qui d'autre peut-il être redevable qu'à lui-même enfermé en immanence ?

Dès lors peuvent se donner libre cours les libéralismes, les surréalismes, les irrationalismes, les spontanéismes, les négativismes, les nihilismes et ainsi de suite. Plus concrètement s'étale ce qu'il est convenu d'appeler la `libéralisation des mœurs'. Par absence d'ordre supérieur et de référentiels absolus, les règles deviennent arbitraires. La permissivité prolifère. `Oser' devient l'impératif catégorique. Bénéfice net pour le cinéma et autres media.

L'immanence est sans
péché. Il y a seulement des `responsables' et des prisons. Et à la limite tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, pourvu qu'il reste dans les limites de ce qui est `convenu'. Le péché, en effet, n'a de sens qu'en face de l'Autre transcendant. Le péché attente à ce qui nous dépasse. Mais lorsque plus rien n'est sacré ? Lorsque l'homme lui-même n'est plus qu'une `structure' évolutive ou une passion inutile...

Sans péché il n'y a pas de miséricorde. Sans miséricorde il n'y a pas de rédemption. Sans rédemption il n'y a pas de salut. Que devient alors l'affirmation centrale de la foi chrétienne du salut en Christ ?


Les mécanismes démissionnaires

Ils jouent de façon plus sournoise qu'en aucun autre temps. Et les chrétiens en sont menacés plus que jamais.

On croit l'énergie spirituelle résistante à toute épreuve. Elle est fragile comme le souffle. L'énergie spirituelle se dégrade par démission en chaîne, par d'imperceptibles fragments de démissions accumulées, par d'innocentes minuscules démissions juxtaposées.

Les mécanismes démissionnaires ont besoin, pour fonctionner, de la force que procure l'illusion. Chacun se croit seul résistant. Tous se sentent noyés dans le "on" qui démissionne. Donc aucun n'ose protester. Et, cercle vicieux, ce silence collectif conforte les solitudes découragées. Restent finalement les démissions institutionnalisées.

Il y a toujours assez d'imbéciles pour applaudir et toujours assez de mécréants pour monnayer ces applaudissements. Imagine un instant qu'atteintes par la contagion s'éteignent les voix rebelles de l'Esprit et se taise le petit reste des protestataires du sens. Combien de temps, penses-tu, le monde survivrait-il ?


Mimétique

Le mimétisme est une des grandes stratégies de survie dans la nature. Dans l'espace humain, cependant, une telle chance d'adaptation joue contre la `différence' personnelle et ses convictions au profit de la masse des quelconques. Aujourd'hui se répand un mimétisme de l'indifférence qui affecte plus spécialement l'existence chrétienne qui, justement, n'a de sens que dans sa différence. Par là s'engendre et s'entretient une peur de manifester cette différence.

L'adaptation mimétique, dans l'espace culturel humain, passe par les images. Celles-ci véhiculent des
modèles qui s'imposent socialement et tendent vers l'uniformisation des pensées et des comportements. Les grands `uniformisateurs', aujourd'hui, sont incontestablement les médias et plus spécialement la télévision. Aussi n'y a-t-il sans doute pas d'urgence pédagogique plus grande que l'éducation de l'attitude critique face à la prolifération mimétique.


Contaminés ?

La question n'est pas si nous sommes contaminés. La question est comment nous réagissons à cette contamination. Car la contagion est inévitable dans la mesure même où nous vivons et agissons dans ce monde et non pas sur sirius.

C'est la
réaction à la contamination qui est décisive. Elle peut affaiblir l'organisme ou même le tuer. Elle peut aussi l'aguerrir, le fortifier et le rendre plus résistant. Tout dépend finalement de la force ou de la faiblesse de nos défenses et de nos immunisations. On pourrait ici poursuivre sur la ligne du paradigme et parler de `terrain propice', de `vaccinations', de `climat', de `pollution', etc. Le risque d'un organisme face à la multitude d'agressions auxquelles il est exposé.


Corollaire de notre `idéalisme'

Notre foi risque d'être livrée à la subjectivité idéaliste. Si le Dieu vivant s'estompe il est fatal que c'est l'idée,
notre idée, fruit de notre système d'idée c'est-à-dire de notre `idéalisme', qui s'impose sur le devant de notre scène. Dieu n'étant plus le centre absolu de `notre' domaine.

Dès lors les centres au pluriel prolifèrent au gré de nos diverses perceptions subjectives. Ils catalysent les divergences qui tendent à se figer en divisions. La théologie elle-même livrée aux subjectivités, se trouve ses `autorités' démultipliées et s'aventure du côté d'innovations hasardeuses. Au lieu de `distinguer' pour unir, elle en vient à diviser ! Lorsque la foi vire ainsi à l'
idéologie une telle dérive est fatale. Les chrétiens s'affrontent sur de l'accessoire. Ce faisant ils se neutralisent mutuellement.

Mais ce qui est beaucoup plus grave, c'est que nos débats se déplacent à la sacristie avec leurs manies et leur langue de bois. Ils passent ainsi
à côté de l'essentiel qui se joue dans notre monde. On ne voit plus les défis et les véritables urgences de la foi face à l'incroyance. Ceux-ci se trouvent relégués au second plan encore heureux s'ils ne s'estompent pas complètement. Mais à quoi peut bien servir le `sel de la terre' dans la sacristie ?


La foi de l'Eglise

La foi chrétienne n'est pas d'abord la foi d'un tel ou d'un tel, fut-il génial ou saint. La foi chrétienne est d'abord la
foi de l'Eglise. Une telle objectivité ecclésiale la situe ailleurs et au-dessus de l'espace immanent des idéalismes et des subjectivités. Dès lors, le maître mot de la foi n'est pas `idée' mais `réel'. Et d'emblée la foi se situe au-delà de toute `idéologie'.

Certains voudraient opposer Livre et Eglise, l'un sensé précéder et fonder l'autre. Mais le Livre ne précède pas la communauté croyante. C'est au contraire l'Eglise qui suscite le livre et le `canonise'.

Il s'agit de dépasser l'
illusion d'une expérience personnelle subjective et multiple vers la vérité d'une `réalité' qui ne peut qu'être objective et une. A travers une autre expérience. Une expérience qui dépasse `mon' expérience. Une expérience communautaire. L'expérience ecclésiale.

A quel moment une expérience devient-elle objective ? Essentiellement lorsque,
restant identique à elle-même, elle traverse indéfiniment l'espace, le temps, la différence, la contradiction, le doute, la critique, la relativité, la contingence... Telle est bien la traversée victorieuse de l'expérience ecclésiale, aux antipodes des multiples expériences sectaires ou idéologiques.

Une expérience près de quatre fois millénaire. Depuis Abraham. Une expérience
universelle qui a affronté tout l'humain à travers la multiplicité de ses cultures et de ses situations historiques. Au-delà des races et des classes. Au-delà des différences tribales ou nationales. Au-delà des conditions socio-économiques. Au-delà des possibilités épistémologiques et technologiques. Au-delà des idéologies dominantes... et passagères.

Au-delà, aussi, des faiblesses et des défaillances de ceux qui sont porteurs et témoins de cette expérience. Mais la traversée du péché ne fait-elle pas elle-même partie de cette expérience ? Elle non plus, n'est pas étrangère à l'aventure de la grâce.

Se retrouver là et pas ailleurs... Et où ailleurs ? Sinon en Eglise. Comme en son absolu chez-soi. Dans la grande maison du sens. Dans la grande maison de l'humain.


Objectivité

La foi prisonnière du `je pense', prisonnière de mes évidences, prisonnière de mes possibilités épistémologiques, prisonnière de mon espace mental, prisonnière de l'état des sciences à telle époque, etc., peut-elle être autre chose que créance subjective, opinion, idéologie... ?

Etre chrétien, c'est faire sienne la foi objective de l'Eglise. Là, même l'extrême expérience personnelle - un mystique comme Johan Tauler le montre - entre en communion avec la totalité de l'expérience objective ecclésiale. Là, objectivité et subjectivité peuvent s'étreindre dans l'expérience
jubilante d'une foi vécue.


Un monde à sauver !

Quelles que soient les ambiguités de notre monde, quel que soit même le mal qu'il engendre ou qu'il permet, la foi chrétienne se nierait elle-même si elle oubliait que ce monde est et reste à sauver