Crier la différence

 

Nous devenons
fades lorsque nous perdons l'essentiel. Lorsque nous ne sommes plus le sel de la terre. Lorsque nous cessons d'être la lumière du monde. Lorsque notre `différence' se dégrade en `indifférence'.

Les urgences aujourd'hui ? Crier la différence. Dénoncer les clôtures. Contester les enfermements. Ouvrir un espace à l'Esprit. Témoigner de l'Autre.

Le Sens
Jusqu'à aujourd'hui nous ne savions pas son
absence mortelle. Nous vivions inconsciemment dans sa surabondance. Nous le produisions tout naturellement plus que nous ne le consommions. Nos réservoirs en débordaient.

Le sens du sens
On peut avoir l'impression aujourd'hui que le sens surabonde. En fait ce ne sont que des débris de sens qui prolifèrent. A notre civilisation, si riche de sens `constitué', il manque le sens `constituant'. Le
sens du sens ne vient pas du Discours dominant. Il ne vient ni par consonance, ni par résonance, ni par amplification. Il nous vient d'une Source chaude.

Transcendance
Nous rêvons trop souvent d'une humanité qui soit totalement réconciliée avec la totalité du monde et de l'humain. En même temps nous lui refusons ses dimensions de
transcendance. Combien de fois ne nous dispersons-nous pas du côté des futilités horizontales ? Il s'agit de nous centrer sur l'essentiel. Et l'essentiel est vertical.

Verticale
Les `fins', dans l'horizontalité, se dégradent en `moyens'. Il faut les remettre à la verticale.

Pertinence de n
otre parole
Retrouver le souffle derrière les concepts éculés. Et donner libre cours à ce souffle.

Intelligence
Arrêtons de nous torturer l'esprit cherchant comment `réconcilier' la foi avec l'intelligence moderne. C'est l'inverse qui est urgent.

Sortir
Hors de la caverne. Hors de nos chapelles et de nos sacristies. Les cavernes sont plurielles et s'emboîtent. La sortie de l'une risque de faire illusion et de cacher de plus vastes et de plus englobantes encore. Il faut donc oser sortir
infiniment de la caverne.

Lucidité
`Vous êtes la lumière du monde'. Pourquoi devons-nous patauger dans les ténèbres ?

Risque
Le Souffle venu d'ailleurs ne peut que nous déranger. Sommes-nous prêts à risquer nos sécurités d'immanence et nos certitudes installées ?

Rebelles
Imagine un instant qu'atteintes par la contagion, s'éteignent les voix rebelles et se taise le petit reste des protestataires du sens. Combien de temps, penses-tu, le monde survivrait-il ?

Dissidence
Si la faillite du sens est d'actualité il faut devenir inactuel en refusant le non-sens. Une telle
dissidence urge plus que jamais. Et plus que jamais elle exige audace. Tant est massive la contrainte mimétique de la liquidation.

Divergence Dans le petit monde de nos facilités tout doit converger sur le plus petit dénominateur commun. Pour le sortir de ses limites mesquines, il est nécessaire d'y apporter la divergence.

Critique
Jamais monde ne fut plus critique. Et jamais autant n'urge une critique de la critique.

Indocilité
Face à ce monde qui pardonne tout à ceux qui le suivent bêtement il est urgent de cultiver le devoir d'indocilité.

Relativiser le relatif
Nous croyons trop vite éternels nos problèmes actuels. Il est bon, parfois, de se demander ce qu'il en adviendra dans deux siècles, dans vingt siècles, dans cinq cent siècles...

Fausses séductions
Ne pas prendre pour absolus les lumignons de l'obscurantisme de la caverne.

A qui irions-nous ?
Deux mille ans après l'Apôtre Pierre, la même question insiste avec ténacité. Et aucune autre réponse n'égale sa pertinence. A qui ne sommes-nous pas allés ? Nous n'avons cessé de courir, émerveillés, de mirage en mirage. L'une après l'autre s'écroulent les raisons de nos illusions.

Prophètes
Plus que jamais notre temps a besoin de prophètes. Est prophétique une Parole qui refuse l'horizon englobant du Discours Dominant. Est prophétique une Parole qui ose être dissonante dans la grande consonance résonante.

Révéler l'autre moitié invisible
Ce monde dont l'apparaître seul suffit le plus souvent à captiver les énergies humaines n'est jamais qu'une moitié symbolique, qui a besoin de rencontrer son
autre moitié pour se comprendre. Le chrétien est par essence ce révélateur.

Pertinence chrétienne
Refuser de nous laisser ramener ce à quoi on voudrait bien nous réduire, à savoir l'état de `chiens battus'.

Humilité
Comme humus. Comme terre. Il faut devenir `terrien'. Le `terrien spirituel' se méfie de l'idéologue. Il sent les racines. Il a l'instinct du sol. Il se mesure à la résistance des éléments. Le terrien spirituel a longuement appris à planter avant de récolter. Il a le sens des lentes germinations hivernales et des patientes maturations. Il sait qu'il suffit d'une minute de grêle pour anéantir l'effort d'une année, d'un moment de folie pour déchirer ce qui a été précieusement tissé durant des siècles. Il recommence toujours avec opiniâtreté. Il accepte de semer dans les larmes avec l'espoir de moissonner en chantant. Il garde l'humour. Sa parole est fruit de silence.

Dieu
Il faut à l'homme plus que l'homme pour devenir vraiment humain. Il lui faut l'
Autre. Il lui faut le Souffle de Dieu. Il lui faut la grande Différence verticale. Là où s'étale l'in-différence, il est urgent de redonner voix à cette grande Différence.

Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob
Dieu n'est pas sublime indifférence dans la perfection de lui-'même', mais attention à l' 'autre', regard attentif, regard prévenant, pro-vidence, pro-vocateur d'alliance.

Notre Dieu
Notre Dieu n'est d'abord ni l'Un, ni l'Inconnu, ni l'Inconnaissable, ni l'Abîme, ni le Vide, ni le Néant. Il est l'absolu `Je suis',

Dieu d'Israël
Un peuple peut-il courir une si longue aventure avec un partenaire fictif ?

Refoulement
Il faut remarquer la signification radicalement originale de l'athéisme occidental à partir de l'expérience chrétienne. Le préfixe 'a' n'est pas neutre absence. Le 'theos' n'est pas abstraite idée. En ses profondeurs il s'agit d'un refoulement. Dieu refoulé comme est refoulée une angoisse. Car celui qui est ainsi refoulé a été 'connu', au sens biblique du terme, concrètement et existentiellement rencontré, à travers notre aventure historique.

Dieu refoulé
On ne refoule pas impunément Dieu. On refoule encore moins impunément ce refoulement lui-même. Ce péché contre l'Esprit est promis à la mort. Mais, très fondamentalement, est-ce Dieu qui est refoulé ou est-ce l'homme qui se refoule devant Dieu?

Complexés
L'homme moderne pourrait-il ne pas être 'complexé' de Dieu? Son refoulement massif témoigne négativement du refoulé.

Athéisme
Surprenant athéisme occidental qui ne cesse de nier l'exposante judéo-chrétienne sans laquelle pourtant il ne serait pas. Il faut remarquer la signification radicalement originale de l'athéisme occidental. Qui d'autre, en effet, que l'homme révélé divin, pourrait réellement vouloir 'tuer' le Père pour se substituer à lui ?

L'Esprit
Le grand méconnu. Mais nous-mêmes, nous connaissons-nous tellement mieux ? La méconnaissance du mystère du Saint Esprit coïncide avec la méconnaissance de notre mystère d'humanité. Et cette coïncidence n'est pas fortuite. Car nous sommes ultimement de même famille.

Création
Il n'existe pas d'idée plus `révolutionnaire' que celle de `création'. Comment pourrait-il en être autrement puisqu'elle désigne l'acte `révolutionnaire' par excellence qui est de faire surgir de l'absolument nouveau à partir d'absolument rien. Il s'agit là d'une idée maîtresse du judéo-christianisme. Une idée infiniment originale dont la Bible est l'unique témoin. Et l'unique source.

L'homme
L'homme est sans doute trop grand pour être offert aux augures des maîtres penseurs de ce temps. Le mystère des profondeurs humaines, même barricadées, est trop saint pour être livré aux trafiquants du temple.

Le corps
On pourra appeler cela `matérialisme' tant qu'on voudra, mais, en perspective chrétienne, la corporéité de l'humain est absolue. Elle est même éternelle. Pourrais-je être `Je' sans corps ? Sans `mon' corps à travers lequel je m'identifie. Nous n'avons aucune expérience possible d'un `je' sans corps. Je peux, à la limite, me concevoir avec un corps seulement virtuel, mais ce corps virtuel n'est pas sans référence à mon corps réel ! Le corps se fait médiateur entre l'horizontale et la verticale.

Corps et esprit
L'âme prend corps... Le corps épouse l'esprit... La réalité spirituelle s'expérimente en même temps charnelle. Et la dimension charnelle, spirituelle.

La personne
Elle surgit dans l'étreinte du charnel et du spirituel. Chaque fois qu'un `je' se dit, émerge une présence originale. La personne est cette émergence. La personne n'arrive jamais à faire le tour complet de son propre mystère. Elle n'est jamais épuisée par ce qui l'exprime. Elle n'est jamais asservie par ce qui la conditionne. La personne s'accomplit dans le choix de valeurs qui valent plus que la vie. Elle est riche de ce qui lui reste dans la nudité.

Naissance
Un des tangas de la médecine tibétaine montre le fétu dans le ventre de sa mère et explique pourquoi il lui arrive de se mettre à gigoter. C'est qu'il proteste violemment contre sa prochaine (re)-naissance. Là où le Bouddha ne perçoit que vieillesse, maladie, mort, misère, corruption, souci... le chrétien ne cesse de chanter l'incomparable merveille de la fécondité et de la naissance.

Le mystère de ton être est sacré.
La dimension profonde de ta condition est théologale. Il te faut découvrir cet essentiel qui te dépasse et qui pourtant est si intimement tien. Tu dois rencontrer dans tes profondeurs humaines, à la racine de ton désir, à la source de ta vie, l'Esprit, plus intérieur à toi-même que tu ne l'es à toi-même.

L'humain,
L'humain est plus large que lui-même. Il déborde du côté du divin. Il faut à l'homme plus que l'homme pour devenir vraiment humain. Il lui faut l'Autre. L'humain authentique, est ailleurs, plus loin, plus profond que les faciles superficies dans lesquelles nous risquons sans cesse de le cantonner. L'humain est béant sur un
ordre qui n'est pas celui des évidences quotidiennes qui règnent en superficie. Là, les euphories vont au maximum d'être, d'avoir et de paraître. En profondeur, par contre, s'ouvre l'infini ordre de la béance. L'homme authentique n'existe que dans l'abrupt de cette verticale béance... Là il est happé par un abîme de plénitude.

Respect de l'homme
Il s'agit avant tout du respect du mystère de notre divine humanité. La dimension profonde de notre condition est théologale. Il faut commencer par sauver le regard sur l'humain. Non pas en accumulant données sur données mais au contraire en dépouillant. Ici les vides sont plus pertinents que les pleins. Les réponses s'inscrivent en creux. Le sens advient à travers les béances. A l'image et à la ressemblance de la théologie négative se fait pressante une anthropologie négative.

Sauver l'homme
Il faut commencer par sauver le regard sur lui. Non pas en accumulant données sur données mais au contraire en dépouillant. Ici les vides sont plus pertinents que les pleins. Les réponses s'inscrivent en creux. Le sens advient à travers les béances. A l'image et à la ressemblance de la théologie négative se fait pressante une anthropologie négative.

Démesure
La mesure de l'homme n'est donc pas l'homme mais la
démesure. Nous sommes créés pour des joies démesurément grandes. Le profond appel de chaque homme est de totale humanité, d'humanité d'avant la grande schizoïdie, de divine humanité. Telle que créée à l'image et à la ressemblance de Dieu. Telle que rassemblée dans le plérôme christique. Cet appel prend voix d'homme. Il prend voix de Dieu. Dans l'Incarnation du Verbe. Il se fait clameur, en nous, de l'Esprit qui crie "Abba !" et atteste que, loin d'être orphelins, nous sommes de race divine et de famille Trinitaire.

De qui es-tu fils ou fille ?
Nous risquons, aujourd'hui, de ne plus le savoir. Nous nous croyons tellement sortis de la cuisse de Jupiter que nous avons oublié notre généalogie vraie. Alors nous restons flottants dans les conjectures. Orphelins du Hasard et de la Nécessité ? Orphelins de l'Absurde ?

Tu es mon fils
La joie de Dieu surabonde dans l'engendrement. Il trouve ses délices dans le débordement de la famille trinitaire vers une multitude de filles et de fils. Fils et filles de Dieu non par nature mais par grâce. Plus que la biologie, c'est l'
alliance qui décide de l'authentique filiation. Elle se dit. De toute éternité le Père lui dit: Tu es mon fils. (Psaume 2,7). Il dit cela au premier-né des fils d'homme. Il le dit à l'archétype de toute humanité. Il le dit donc à tout homme qui naît en cet univers.

Filiation
Nous nous croyons tellement sortis de la cuisse de Jupiter que nous avons oublié notre généalogie vraie.
Tu es mon fils... L'authentique filiation se dit. Elle se dit `en alliance'. De cette émergence de filiation divine, c'est-à-dire d'authentique humanité, il ne peut exister de confirmation `scientifique'. Le fait ne s'inscrit pas dans l'horizontalité de l'évolution. Il la traverse verticalement. On peut imaginer... Un merveilleux animal longuement, amoureusement, façonné par la main divine à travers des millénaires d'évolution. Un beau jour Dieu le regarde avec encore plus d'amour et ne peut s'empêcher de s'écrier: `Tu es mon fils'. Fils de Dieu. Commencement d'humanité. Et Adam... Il balbutie le plus naturellement du monde: `Abba!'

Culot
Il faut un sacré culot pour voir dans ces rejetons à peine dégrossis de l'évolution des filles et des fils de Dieu. La foi a ce culot.

Chute
La gravité de la chute se mesure à la hauteur d'où l'on tombe. La hauteur d'où l'homme tombe est, à la verticale de lui-même, vertigineuse. Peut-il tomber d'ailleurs que de Dieu?

Péché
Le chrétien est plus méchant que les autres. Mais il le sait...

Verticale béance
L'homme n'existe authentiquement que dans l'abrupt de sa verticale béance.

Le Souffle
C'est une chose étonnante que de découvrir même au creux de notre désarroi un souffle qui atteste avec force le mystère de l'Autre en nous-mêmes. Il suffit de pousser le vide assez profond. Mais nos encombrements ne sont-ils pas trop massifs ? Et nos alibis trop bétonnés ?

Acharnement
Contre le vertical enracinement créateur d'humanité, l'acharnement s'est fait extrême. Là, de cette intériorité, Dieu devait être chassé avec beaucoup plus de violence que de toutes les extériorités. Mais de là, justement, Dieu ne se laisse pas chasser. Vous ne pourrez jamais l'expulser. C'est ontologiquement impossible. Vous pouvez seulement le refouler.

Grâce
Pour les fils, rien n'est opaque à la grâce. Excepté le péché. Tout peut devenir `sacrement' de la grâce. Même les nécessités du monde.

Etat de grâce
Cette expression — l'expression seulement ou aussi la réalité ? — nous a malheureusement quitté pour d'autres rives. Et c'est infiniment dommage ! Les meilleures choses nous sont ainsi ravies lorsque nous n'y croyons plus assez. Récupérées par les politiques en simple extériorité. Nous l'avons perdue de vue dès lors que, séduits par les superficies, les profondeurs divines en nous se sont estompées. Il nous faut retrouver la saveur des choses essentielles.

Etat de nature
A l'extrême opposé de l'état de grâce, il y a l'
état de nature. C'est notre état `naturel'. Faut-il remonter à Hobbes pour le déceler derrière les masques et les travestis du `civilisé' que nous prétendons être ? Il suffit d'être lucides sur nos réflexes élémentaires dominés par ce `struggle for life' sans lequel la vie biologique ne serait pas. Les `péchés capitaux', jadis, les mettaient pourtant en singulière lumière. Pourquoi les avons-nous oubliées ? Lorsque nous perdons l'état de grâce nous retombons dans l'état de nature beaucoup plus vite que nous croyons, livrés à nos férocités conscientes et surtout inconscientes. Avec le souci de nous rendre sortables tout en désespérant de ne jamais trouver le cosmétique qu'il nous faut pour cela.

Le fin fond de ton cœur en état de grâce
Merveilleux état de grâce qui accomplit de tels miracles ! Avant que `je' prie, déjà `
ça' commence par prier dans les profondeurs de moi-même... Avant que `je' chante, déjà `ça' chante au fin fond de mon cœur... C'est comme naturellement, par `nature', `nativement', `naïvement', tel que sorti des mains de Dieu, que le fin fond de ton cœur est en grâce, c'est-à-dire en Alliance. Le péché ne vient qu'en second. C'est là le lieu `natif' de l'expérience théologale. La Foi. L'Espérance. Agapè. Lorsque ça jubile en toi. Lorsqu'il fait Dieu en toi...

Diffuseurs de la grâce
Très probablement sont-ils beaucoup plus nombreux que ce qu'il en paraît sur la place publique, tous les `diffuseurs' de la grâce. Et c'est chaque fois une découverte merveilleuse que de se sentir en communion invisible. Cette fondation mystique du monde est le profond mystère caché de la sainteté, le miracle permanent de la grâce. Une chose extraordinaire. Et pourtant si ordinaire. Si simplement quotidienne.

Emerveillement
Il faut retrouver l'émerveillement. Le monde est plus grand que le monde. Du sens nous vient d'ailleurs.

La joie
Dis-moi ta joie. Je te dis ta grâce. Le signe manifeste de la vie de Dieu dans un être est la joie qui l'habite. Non pas une joie exubérante. Non pas une joie tapageuse. La joie de l'Esprit est discrète même si le prophète la chante avec exaltation.

Gratuité
Homo faber ne cesse de s'enorgueillir de ses outils et de ne valoriser que ce qu'il fabrique. Il oublie que l'essentiel ne se fabrique pas. Le sens ne se fabrique pas. Il se donne. Il se donne, inutile et inutilisable, gratuitement. Il est grâce. Nous ne l'accueillons qu'avec une très grande humilité. Il faut retrouver l'émerveillement. Le monde est plus grand que le monde. Il y a du sens qui traverse les siècles. Du sens nous vient d'ailleurs. Et nous le reconnaissons si profondément nôtre.

Transfiguration
Notre monde résiste à sa transfiguration. Il faut des miroirs qui lui renvoient la splendeur qu'il refuse.