Aux sources de ta joie

 

L’humain, l’humain authentique, est ailleurs, plus loin, plus profond que les faciles superficies dans lesquelles nous risquons sans cesse de le cantonner. L’ordre du ‘même’ n’épuise pas, et de loin, la totalité. L’humain est béant sur un ordre qui n’est pas celui des évidences quotidiennes qui règnent en superficie. Là, les euphories vont au maximum d’être, d’avoir et de paraître. En profondeur, par contre, s’ouvre l’infini ordre de la béance. L'homme authentique n'existe que dans l'abrupt de cette verticale béance... Là il est happé par un abîme de plénitude.

La mesure de l'homme n'est donc pas l'homme mais la
 
démesure. Nous sommes créés pour des joies démesurément grandes. Le profond appel de chaque homme est de totale humanité, d'humanité d'avant la grande schizoïdie, de divine humanité. Telle que créée à l'image et à la ressemblance de Dieu. Telle que rassemblée dans le plérôme christique. Cet appel prend voix d'homme. Il prend voix de Dieu. Dans l'Incarnation du Verbe. Il se fait clameur, en nous, de l'Esprit qui crie "Abba !" et atteste que, loin d'être orphelins, nous sommes de race divine et de famille Trinitaire.

La vraie
 
joie, celle qui est capable de traverser des étendues de tristesse et de tracas sans se perdre, vient d’ailleurs que d’un simple état psychologique. Elle vient de très loin et de très profond. 

La vraie joie, celle qui est capable de traverser des étendues de tristesse et de tracas sans se perdre, vient d’ailleurs que d’un simple état psychologique. Elle vient de très loin et de très profond.

Descends assez loin en toi-même. Jusque dans tes profondeurs où
ça jubile.

Béant sur un autre ordre

L’humain, l’humain authentique, est ailleurs, plus loin, plus profond que les faciles superficies dans lesquelles nous risquons sans cesse de le cantonner. L’ordre du ‘même’ n’épuise pas, et de loin, la totalité.

L’humain est béant sur un
ordre qui n’est pas celui des évidences quotidiennes qui règnent en superficie. Là, les euphories vont au maximum d’être, d’avoir et de paraître. En profondeur, par contre, s’ouvre l’infini ordre de la béance. Ici d’autres ‘valeurs’ ont cours. Le non-être, le non-avoir, le non-paraître riches d’une infinie plénitude.

Ce qui retentit ainsi dans les profondeurs de nous-mêmes, n’est pas de l’ordre de la sentimentalité. Ce n’est pas non plus de l’ordre de la logique ni de celui de la raison. Nous nous
expérimentons béants sur le mystère d’un autre ordre.

En verticale béance


L'homme n'existe que dans l'abrupt de sa verticale béance... Appelé par un abîme de
plénitude.

Le profond appel de chaque homme est de totale humanité, d'humanité d'avant la grande schizoïdie, de divine humanité. Telle que créée à l'image et à la ressemblance de Dieu. Telle que rassemblée dans le plérôme christique.

Cet appel prend voix d'homme. Il prend voix de Dieu. Dans l'Incarnation du Verbe. Il se fait clameur, en nous, de l'Esprit qui crie "Abba !" et atteste que, loin d'être orphelins, nous sommes de race divine et de famille Trinitaire.

La mesure de l'homme n'est donc pas l'homme mais la
démesure. Nous sommes créés pour des joies démesurément grandes.

Ces peaux qui t’empêchent de parvenir au fond...

Mes enfants, d'où vient, pensez-vous, que l'homme ne parvient d'aucune façon jusqu'à son fond ? En voici la cause. Ce fond est recouvert de multiples peaux, horriblement épaisses. Il y en a d'épaisses comme le front des bœufs. Ces peaux ont si bien recouvert le plus intime de son âme que ni Dieu ni lui-même ne peuvent y entrer. Tout est complètement obstrué par ces excroissances. Sachez-le, il y a de ces hommes qui peuvent avoir jusqu'à trente ou quarante de ces peaux. Des peaux épaisses, grossières, noires, comme des peaux d'ours. (Tauler, Sermon I pour le treizième dimanche après la Trinité).

Une perpétuelle inclination

L’âme a une perpétuelle inclination, une perpétuelle intention, à revenir vers le fond de son origine. En raison de sa 'convenance' originelle, dans l'ordre spirituel, l'esprit s'incline et se penche de nouveau vers son origine, pour retrouver sa 'convenance'. Cette inclination vers la source ne s'éteint jamais, pas même chez les damnés. (Tauler, Sermon pour le dix-neuvième dimanche après la Trinité).

L’Abîme appelle l’abîme

Le mystère de Dieu commence, pour toi, avec ton mystère. Ici il faut immédiatement marquer la grande différence chrétienne. Le mystère divin s'identifie avec ton mystère, certes. Cependant ton mystère est déjà plus que tien. Ton mystère est embarqué là où tu n'es plus tout seul maître à bord de toi-même. Là où tu n'existes profondément que dans la traversée de toi, la traversée de ta plus profonde différence, dans la béance de ton ‘même’ vers l'Autre.

L’absolue transcendance rejoint ici l’absolue immanence. C’est l’homme, en effet, qui est cet abîme qu’appelle l’Abîme divin. Le mystère de Dieu commence pour lui avec son propre mystère qui est toujours, déjà, plus que le sien, embarqué là où l’humain n’est plus tout seul maître à bord de lui-même.

Dans les extrêmes profondeurs abyssales l'Autre appelle. Selon la parole du psaume 41
Abyssus abyssum invocat. L'Abîme appelle l'abîme. L'autre Abîme, l'Abîme divin, t'appelle en ton abîme.

Rien ne peut combler ce fond; rien de créé ne peut le sonder; rien ne peut ni le satisfaire ni le contenter. Personne ne le peut que Dieu. Avec toute sa démesure. A cet abîme correspond seul l'Abîme divin. "Abyssus abyssum invocat". (Tauler, Sermon II pour la Nativité de saint Jean Baptiste).

Le fond sans fond


Cette connaissance est tout d'abord voilée. Les facultés ne peuvent pas atteindre ce fond. L'étendue qui se présente dans le fond n'a pas d'image qui la représente, pas de forme, pas de modalité déterminée. On n'y distingue pas un ‘ici’ et un ‘là’. C'est un abîme insondable en suspension en lui-même. Sans fond.

On dirait des eaux qui bouillonnent en écumant. Tantôt elles s'engouffrent dans un abîme et il semble qu'il n'y ait absolument plus d'eau. Le moment d’après, elles surgissent de nouveau en tumulte, comme si elles allaient tout engloutir.

On s'engouffre dans un abîme. Et dans cet abîme est l'habitation propre de Dieu. Beaucoup plus que dans le ciel ou en toute créature. Celui qui pourrait y parvenir y trouverait vraiment Dieu et se trouverait lui-même en Dieu simplement. Car Dieu ne quitte jamais ce fond. Dieu lui serait présent.

C'est ici qu'on prend sensiblement conscience de l'éternité et qu'on s'y délecte. Il n'y a là ni passé ni futur. Dans ce fond aucune lumière créée ne peut pénétrer ni briller. C'est exclusivement l'habitation et la place de Dieu.
(Tauler, Sermon II pour la Nativité de saint Jean Baptiste).

La pensée ne peut pénétrer dans cette sauvagerie

Dans ce désert il y a une telle sauvagerie qu'aucune pensée ne peut jamais y entrer. Non, non, de toutes les spéculations rationnelles jamais surgies du cerveau humain au sujet de la sainte Trinité – et combien certains en sont préoccupés ! – aucune ne peut entrer ici, non, aucune. (Tauler, Sermon II pour la Nativité de saint Jean Baptiste).

Tu fais l’expérience de l’éternité

Ici l'intérieur est si loin, si loin à l'intérieur, qu'il n'y a plus ni espace ni temps. C'est simple et sans distinction. Celui à qui il arrive d'entrer vraiment ici a l'impression d'y avoir toujours été et de ne faire qu'un avec Dieu. Même si cette impression ne dure que de courts instants, ceux-ci se sentent et se vivent comme une éternité. Cette expérience jette sa lumière au dehors et nous rend témoignage que l'homme, avant sa création, était de toute éternité en Dieu. Alors il était Dieu en Dieu. (Tauler, Sermon II pour la Nativité de saint Jean Baptiste).

Ineffable ténèbre et désert sauvage

On l'appelle, et elle l'est vraiment, ineffable ténèbre et pourtant elle est essentielle lumière. On l'appelle aussi indicible désert sauvage où personne ne trouve ni chemin ni rien de déterminé car c'est au-dessus de tout mode. Voici comment il faut entendre ces ténèbres. C'est une lumière qu'aucune intelligence créée ne peut naturellement atteindre ni comprendre. Et c'est aussi un lieu sauvage parce qu'il n'y a aucune voie d'accès. L'esprit est introduit ici au-dessus de lui-même, au-dessus de ses facultés de perception et d'intelligence. (Tauler, Sermon pour le lundi avant les Rameaux).

Dieu habite ce fin fond

Mes enfants, c'est ici le fond dans lequel gît la véritable image de la sainte Trinité. Et ce fond est si noble qu'on ne peut lui donner aucun nom propre. Parfois on le nomme l' ‘assise’ et parfois la ‘cime’ de l'âme. Mais il n'est pas plus possible de lui donner un nom qu'il n'est possible de donner un nom à Dieu. Et celui qui pourrait voir comme Dieu habite dans ce fond serait bien heureux de cette vision. La proximité et la parenté qu'il y a dans ce fond entre l'âme et Dieu sont si ineffablement grandes, qu'on n'ose et qu'on ne peut en parler beaucoup. (Tauler, Sermon pour le dix-neuvième dimanche après la Trinité).

Cette Trinité nous devons la voir en nous-mêmes. Il s'agit de nous rendre compte comment nous sommes vraiment faits à son image. Car on trouve dans l'âme, en son état naturel, la propre image de Dieu. (Tauler, Sermon pour le deuxième dimanche après la Trinité).

L'homme noble, l'homme intérieur, est sorti du noble fond de la divinité. Il est formé, noble et pur, à l'image de Dieu. En retour, il est invité, appelé, attiré dans ce fond de Dieu afin d'y avoir part à tout le bien qui se trouve, par nature, dans ce délicieux et noble abîme et que l'homme, par grâce, peut acquérir. Comment Dieu s'est-il établi dans le fond intime de l'âme ? Comment y demeure-t-il caché et voilé ? Bienheureux serait, à n'en pas douter, celui qui pourrait découvrir, reconnaître et contempler ce mystère. Quoique l'homme ait détourné son visage de cette béatitude et qu'il s'égare bien loin d'elle, pour elle, cependant, il porte en soi-même un éternel attrait, une inclination telle que, même voulant s'en distraire, il ne trouve aucun repos. Car toutes les autres choses en-dehors de celle-là ne peuvent pas lui apporter pleine satisfaction. Ce bien divin l'attire vers son repos, même à son insu. Car il est la fin de l'homme. Toutes choses ne trouvent leur repos que dans leur milieu naturel: la pierre sur la terre, le feu dans l'air et l'âme en Dieu. (Tauler, Sermon pour le dimanche avant la septuagésime).

Le noble royaume de dieu

Il y a dans l'âme un abîme mystérieux qui n'a rien à voir avec le temps ni avec rien du monde d'ici-bas, et qui est de beaucoup supérieur à cette partie de l'âme dont le corps reçoit vie et mouvement. C'est ici, dans ce noble et délicieux abîme, dans ce royaume mystérieux, que s'infuse la douceur dont nous avons parlé. C'est ici qu'est éternellement sa place. Ici l'homme n'est plus troublé par rien. Il est recueilli et calme et véritablement lui-même, toujours plus détaché, intériorisé, élevé dans une plus grande pureté et une plus grande passivité, toujours plus abandonné en toutes choses. Car Dieu lui-même est venu s'établir dans ce noble royaume. C'est là qu'il opère. C'est là qu'il habite. C'est là qu'il règne. (Tauler, Sermon pour la préparation à la Pentecôte).

L’âme a Dieu essentiellement, réellement et substantiellement

L'image de la Trinité réside dans le plus intime, au plus secret, dans le tréfonds de l'âme, là où, dans ce fond, elle a Dieu essentiellement, réellement et substantiellement. C'est là que Dieu agit ; c'est là qu'il épanouit son être ; c'est là qu'il jouit de lui-même. On ne peut pas plus séparer Dieu de ce fond qu'on ne peut le séparer de lui-même. Cela vient de son éternelle ordonnance. Il en a ainsi décidé ; il ne veut donc ni ne peut s'en séparer. C'est ainsi que ce fond possède par grâce au plus profond de lui-même tout ce que Dieu a par nature. (Tauler, Sermon pour le deuxième dimanche après la Trinité).

La dédicace dans le temple

Comment se fait le renouvellement en ce temple dans lequel le Dieu d'amour habite si volontiers, où il habite plus réellement que dans tous les temples qui aient jamais été bâtis ou consacrés ? C'est quand l'homme, avec toutes ses facultés, avec toute son âme, se recueille et pénètre en ce temple dans lequel, en vérité, il trouve Dieu habitant et opérant. L'homme arrive alors à sentir Dieu, non pas à la façon des sens et de la raison, ou bien encore comme quelque chose qu'on entend ou qu'on lit et qui entre en vous par les sens, mais il le goûte. Il en jouit comme de quelque chose qui jaillirait du fond, comme de sa propre source, comme d'une fontaine... Alors il y a en vérité dédicace en ce temple. Et toutes les fois qu'en un jour se produit cette rentrée en soi-même, mille fois par jour si c'était possible, à chaque fois il y a renouvellement. (Tauler, Sermon pour le jeudi avant les Rameaux).

Ici, avec le Fils, tu est engendré enfant de Dieu

C'est sûrement dans ce fond que le Père du ciel engendre son Fils unique, cent mille fois plus vite qu'il ne faut pour cligner de l'œil, d'après notre manière de comprendre, dans le regard d'une éternité toujours nouvelle, dans le noble et inexprimable resplendissement de lui-même. Si quelqu'un veut sentir cela, qu'il se tourne vers l'intérieur, bien au-delà de toute l'activité de ses facultés, extérieures et intérieures, au-dessus des images et de tout ce qui lui a jamais été apporté du dehors, et qu'il plonge et entre en fusion avec le fond.

La puissance du Père vient alors et le Père appelle l'homme en lui-même par son Fils unique. Et tout comme le Fils naît du Père et reflue dans le Père, ainsi l'homme, lui aussi, dans le Fils, naît du Père et reflue dans le Père avec le Fils, devenant un avec lui. (Tauler, Sermon pour le deuxième dimanche après la Trinité).

Dans une joie inexprimable et débordante

Quelle est donc cette barque dans laquelle notre Seigneur s'assit pour enseigner ? C'est l'intérieur, le fond de l'homme. C'est là que notre Seigneur a fixé le lieu de son repos. C'est là qu'il trouve sa joie.
(Tauler, Sermon III pour le cinquième dimanche après la Trinité).

C'est ici, dans le fond, que se manifeste le vrai témoignage. "Le saint Esprit rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu." Nous trouvons donc le vrai témoignage en nous-mêmes.


Alors, dans une charité et une joie inexprimables et débordantes, se répand le saint Esprit qui inonde et pénètre le fond de l'homme. (Tauler, Sermon pour le deuxième dimanche après la Trinité).