Déjà tu es com-pris

 

C’est l’expérience et la certitude fondamentale de Saint Augustin. “Toi, tu es avec moi avant même que je ne suis avec toi.” Déjà, je n’existe que dans l’englobant divin. Déjà, Sa présence précède la rencontre. Avant de pouvoir comprendre, dé jà tu es com-pris... Déjà, ta recherche est prière. Déjà, Dieu jubile en toi avant même que tu ne puisses jubiler.

Toi qui es avec moi avant même que je ne sois avec toi.” (Confessions X.4). C’est l’expérience et la certitude fondamentale de Saint Augustin. Déjà je n’existe que dans l’englobant divin. Déjà Dieu est là. Sa présence précède la rencontre. La rencontre précède la conscience que je puis en avoir.

Dieu

Il existe avant que j’existe. Je suis com-pris avant de comprendre. Je suis aimé avant de pouvoir aimer.

Déjà
ça jubile en moi. Déjà IL jubile en moi.

Il s’agit du Dieu vivant pour l’âme vivante. Dieu expérimenté non pas comme un ‘objet’ mais comme mon englobant originaire et ultime. Déjà je suis en Dieu. Déjà tu me connais... Pourquoi n’arriverai-je pas à te connaître ?
“Tu m’as prévenu, Seigneur, avant que je ne t’invoque, et et tu m’as appelé avant que je ne t’appelle.” (Confessions XIII,1).

“Quia fecisti nos ad te, et inquietum est cor nostrum donec requiescat in te, Domine.” (Confessions I,1). Parce que Tu nous a faits pour toi. En attendant de reposer définitivement en Toi, mon ‘cœur’ ne peut que te chercher sans trouver de repos.

Tes paroles s’étaient gravées au fond de mon cœur et tu m’as investi de tous côtés.” (Confessions VIII.1).

Après avoir cherché du côté de toutes les ‘philosophies’...
Alors averti de revenir à moi, j’entrai dans l’intimité de mon cœur, et c’était toi mon guide.... J’y entrai et je vis avec l’œil de mon âme, si trouble fût-il, au-dessus de l’œil de mon âme, au-dessus de mon intelligence, la lumière immuable. Ce n’était pas cette lumière ordinaire qui est visible à toute chair, non plus qu’une lumière de même nature, mais qui eût semblé seulement plus puissante, avec un éclat bien plus vif, projetant sur toutes choses la force de ses rayons. Non, cette lumière n’était pas cela. Elle était autre chose, tout autre chose... (Confessions VII.10).

La foi précède

“Crede ut intelligas: praecedit fides, sequitur intellectus.” (Sermo 118,1). Il ne s’agit pas de ‘fidéisme’. La foi ne prend pas la place de l’intelligence. Simplement l’intelligence reconnaît qu’avant qu’elle ne puisse comprendre, déjà elle est com-prise.

Déjà le Verbe t’illumine

Il éclaire tout homme... (Jean I). Il parle au cœur de chacun. C’est de l’intéieur qu’il faut l’écouter. “Ces paroles formées pour un court moment, c’est l’oreille extérieure qui les transmet à la raison intelligente, dont l’oreille intérieure est tendue vers ton Verbe éternel.” (Confessions XI.6).

Il ne s’agit pas ici de la révélation ‘surnaturelle’. Il s’agit d’une
illumination immédiate ‘naturelle’, aussi naturelle que la saisie du monde extérieur. Nous voyons toutes choses dans une lumière causée ‘naturellement’ en nous par Dieu.

C'est ainsi que, dans l'Evangile, il nous parla par la voix de la chair — et cette parole a retenti extérieurement aux oreilles des hommes — afin qu'on crût en lui, que chacun le cherchât au dedans de lui-même, et le trouvât dans l'éternelle Vérité où le bon, l'unique Maître instruit tous ses disciples. (Confessions XI.8).

Vérité ontologique

Seigneur, dans ta lumière nous voyons la lumière. Il s’agit, au-delà de la vérité logique, de la vérité
ontologique. Le fondement en sont les Idées éternelles ou les archétypes dans l’esprit de Dieu. Est dès lors ‘vrai’ ce qui ‘est’ en vérité, c’est-à-dire ce qui ‘est’ archétype dans l’esprit de Dieu.

Aux antipodes

Nous nous trouvons ici aux absolus antipodes de la ‘modernité’. A l’extrême opposé du ‘cogito’ cartésien tel qu’il se boucle sur lui-même, et en même temps, paradoxalement, en absolue harmonie avec lui, à conditon de rendre à ce ‘cogito’ sa dimension authentique – augustinienne – hors de laquelle il eût été impensable et hors de laquelle il ne peut que rester flottant.

A l’extrême opposé également de la dialectique hégélienne du ‘maître et de l’esclave’ où l’ ‘autre’ ne me précède que pour m’aliéner. L’Autre me libère.

A l’extrême opposé, encore, de la critique kantienne qui fait de ‘mon’ esprit le fabricateur et le garant de toute possible vérité. La vérité me précède.

Déjà

Tout amour est un amour de Dieu qui s’ignore. Tout désir tend obscurément vers Dieu. Toute recherche est déjà une prière !