Du sens nous vient d’ailleurs

 

Le sens ne vient ni par fabrication, ni par consonance, ni par résonance, ni par amplification. Le sens ne naît pas dans la clôture d’un Discours dominant. Il est fils de l’ouvert. Déjà du sens vient d'ailleurs. Il suffit de retrouver l’émerveillement originaire devant son jaillissement.

Sous peine d’inanition spirituelle il nous faut restaurer la ‘maison’ du sens. Pour cela nous devons commencer par ne pas tricher avec les sources chaudes et les puits froids du souffle de notre verbe.

Il faut retrouver l’émerveillement. Le monde est plus grand que le monde. Du sens nous vient d'ailleurs.

Dans l’enfermement, le sens est voué à l’entropie. Le sens est fils de l’ouvert.

L’eau qui, ailleurs, surabonde peut prendre un prix infini lorsque tu es perdu dans le désert. Nous n’avons pas fini de traverser notre désert spirituel. Pour étancher nos soifs essentielles nous risquons de ne plus trouver que les puits obstrués et les sources polluées par nos maîtres penseurs. Pourtant elles doivent bien exister ces “sources d’eau jaillissantes pour la vie éternelle” !

La traversée du désert n’est pas sans mirages. Il faut apprendre à discerner les vraies sources.

Les urgences aujourd’hui. Négativement: prendre la mesure de la caverne. Dénoncer les clôtures. Contester les enfermements. Positivement: crier la différence. Témoigner de l’Autre. Ouvrir un espace à l’Esprit.

Homo faber ne cesse de s’enorgueillir de ses outils et de ne valoriser que ce qu’il fabrique. Il oublie que l’essentiel ne se fabrique pas. Le sens ne se fabrique pas. Il se donne. Il se donne, inutile et inutilisable, gratuitement. Il est grâce. Nous ne l’accueillons qu’en retrouvant une très grande humilité.

Humilité. Comme humus. Comme terre. Il faut devenir ‘terrien’. Le ‘terrien spirituel’ se méfie de l’idéologue. Il sent les racines. Il a l'instinct du sol. Il se mesure à la résistance des éléments. Le terrien spirituel a longuement appris à planter avant de récolter. Il a le sens des lentes germinations hivernales et des patientes maturations. Il sait qu'il suffit d'une minute de grêle pour anéantir l'effort d'une année, d'un moment de folie pour déchirer ce qui a été précieusement tissé durant des siècles. Il recommence toujours avec opiniâtreté. Il accepte de semer dans les larmes avec l'espoir de moissonner en chantant. Il garde l’humour. Sa parole est fruit de silence.

Nous le brûlons de façon insensée. Mais on ne joue pas impunément avec le sens.

L’intelligence est outil. C’est le ‘cœur’ qui est proche de la source. Le cœur est une ‘faculté’ naturellement écologique parce qu’il sent les dimensions totales d’un espace et ses possibilités réelles.

Notre monde est à ce point prisonnier de l'immanence qu’il ne lui reste plus d’autre transcendance disponible que celle qui se loge dans la fuite en avant...

Les ‘fins’, dans l’horizontalité, se dégradent en ‘moyens’. Il faut faut les remettre à la verticale.

Devoir de lucidité. Jamais monde ne fut plus critique. Et jamais autant n’urgeait une critique de la critique.

Le sens ne vient ni par consonance, ni par résonance, ni par amplification. Le sens vient d’une Parole qui refuse l’horizon englobant du Discours Dominant.

Face à ce monde qui pardonne tout à ceux qui le suivent bêtement, il est urgent de cultiver le devoir d’indocilité.

Péché contre le souffle. Nous rêvons d'un homme qui soit totalement réconcilié avec la totalité du monde et de l'humain. En même temps nous lui refusons ses dimensions essentielles.

Le mystère de ton être est sacré. La dimension profonde de ta condition est théologale. Il te faut découvrir cet essentiel qui te dépasse et qui pourtant est si intimement tien. Tu dois rencontrer dans tes profondeurs humaines, à la racine de ton désir, à la source de ta vie, l’Esprit, plus intérieur à toi-même que tu ne l’es à toi-même.

La méconnaissance du mystère du Saint Esprit coïncide avec la méconnaissance de notre mystère d'humanité. Et cette coïncidence n'est pas fortuite. Car nous sommes ultimement de même famille.

Notre monde résiste à sa transfiguration. Il faut des miroirs qui lui renvoient la splendeur qu’il refuse.

Il arrive à la sagesse de jouer. Tu prends une bande de papier. Tu colles ensemble les deux extrémités en ayant soin de faire faire un demi tour à l’une d’entre elles. Essaye de colorer une des surfaces. Tu t’apperçois qu’elle est seule. Cela s’appelle une ‘bande de Moebius’. Elle t’apprend qu’il suffit d’un retournement pour réconcilier l’endroit et l’envers.

A ce monde qui a presque tout et qui se découvre n'avoir rien, ne faudrait-il pas retrouver ce presque rien du Souffle pour que tout lui soit rendu.