La Foi aujourd'hui

 

L’obstacle essentiel à la foi chrétienne, aujourd’hui, consiste en ce ‘subjectivisme’ si typique de notre modernité. Toutes les difficultés de la foi, aussi bien collectives que personnelles, se trouvent en effet fondées ultimement dans l’absolu du ‘je pense’ immanent. Du nominalisme à Descartes et à toutes les formes d’empirismes et d’idéalisme, s’est imposé le postulat qu’un au-delà de la (ma) pensée est impensable. N’est donc vrai que ce que je perçois comme vrai. N’est vrai que ce que je ‘sens’ comme vrai. N’est vrai que ce que je totalise comme vrai. ‘Je suis’ ainsi l’origine, le fondement absolu, le critère ultime de la vérité. Dès lors la vérité de la foi ne peut que dépendre de cette origine, de ce fondement et de ce critère. Elle se trouve en (ma) dépendance. Ce n’est plus la foi qui dispose de moi. C’est moi qui dispose d’elle. Ce n’est plus la foi qui me porte et m’englobe. C’est moi qui me fais moi-même l’englobant de ma foi et son référentiel absolu. 

En sa vérité,
 la foi est d’un radical 
autre ordre. Elle ne peut pas être contenue ‘dans’ nos possibilités psychologiques ou mentales. Elle n’est pas un produit du ‘je pense’ individuel ou collectif. Elle n’est pas logeable dans un système d’idées. La foi n’est pas en ma possession. Je n’en dispose pas. Au contraire, je suis disposé par elle. Elle ex-pose radicalement toutes les possibilités humaines au-delà d’elles-mêmes. Loin de pouvoir être englobée, déjà, elle est absolument englobante.


Difficultés de notre foi aujourd’hui


Les difficultés que rencontre la foi aujourd’hui, en notre Occident et spécifiquement en notre modernité n’ont sans doute jamais été plus grandes. En faire, ici, le tour complet déborderait le cadre de notre approche. Evoquons-les simplement en leurs lignes essentielles.

La sociologie religieuse met en évidence la perte de la ‘matrice’ communautaire de la foi. La mémoire chrétienne tend à s’effacer. Le sécularisme se déploie largement. Le tissu ecclésial va se déchirant. La pratique religieuse connaît une désaffection. Les enfants catéchisés ainsi que les vocations se raréfient.

Le contexte culturel de notre temps n’est pas à la foi. Déclin des absolue. Perte des repères. Relativité généralisée. Eclatement des croyances. Pluralisme des référentiels. Bouleversement des institutions. Temps d’incertitude. Désenchantement.

La culture moderne n’a de cesse de refouler le ‘père’ judéo-chrétien. La foi se trouve marginalisée. Elle n’a plus sa place dans le culturellement ‘correct’. Les valeurs viennent d’ailleurs. D’autres modèles ont cours. Les medias ne retiennent de la foi que l’accessoire futile.

Le matérialisme s’étend largement. L’ ‘avoir’ évacue l’ ‘être’. La transcendance s'évanouit. L’homme ‘bien-portant’ dans l’immanence se suffit à lui-même. La société de consommation suffit à le combler.

Le libertarisme relègue la foi dans le domaine privé. Face à la multiplicité des expériences concurrentes, toutes les opinions se valent.

Mais l’obstacle essentiel, à la racine, très certainement, de tous les autres, consiste en ce ‘subjectivisme’ si typique de notre modenité. Toutes les difficultés de la foi, aussi bien collectives que personnelles, se trouvent en effet fondées ultimement dans l’absolu du ‘je pense’ immanent. Du nominalisme à Descartes et à toutes les formes d’empirismes et d’idéalisme, s’est imposé le postulat qu’un au-delà de la (ma) pensée est impensable.

N’est donc vrai ce que je perçois comme vrai. N’est vrai que ce que je ‘sens’ comme vrai. N’est vrai que ce que je totalise comme vrai.

‘Je suis’ ainsi l’origine, le fondement absolu, le critère ultime de la vérité. Dès lors la vérité de la foi ne peut que dépendre de cette origine, de ce fondement et de ce critère. Elle est en dépendance. Elle n’est plus englobante mais englobée.

‘Je’ deviens moi-même l’englobant de ma foi. Ce n’est plus la foi qui dispose de moi. C’est moi qui dispose d’elle.


La foi n’est pas englobée mais englobante

La foi n’est pas contenue ‘dans’ nos possibilités psychologiques ou mentales. Elle n’est pas un produit du ‘je pense’ individuel ou collectif. Elle n’est pas logeable dans un système d’idées.

La foi n’est pas en ma possession. Je n’en dispose pas. Je suis disposé par elle.

La foi n’est pas de l’ordre du ‘
ce que’, à savoir quelque chose comme un ‘objet’ qui pourrait se laisser saisir, comprendre ou manipuler. La foi est de l’ordre du ‘que’. Elle précède toute possible saisie et toute possible compréhension. Elle ‘est’ comme l’impératif ontologique de l’acte créationnel. Non pas constituée. Mais constituante.

La foi est
ouverture. Elle signifie donc la sortie de la caverne de nos évidences terre-à-terre, de nos intérêts et de nos obscurantismes.

La foi n’est pas ‘au bout’ d’une suite d’articulations rationnelles. On ne tombe pas sur Dieu comme sur une nouvelle formule explicative.

L’évidence naturelle contraint. Procédant par ‘longues chaînes de raisons’, elle
enchaîne dans l’ordre du Même et de la nécessité. La foi rompt les nécessités. Elle appelle. Dans l’ouvert de la liberté et de la gratuité.

La foi est
ouverture au don du sens. En sa nudité, elle est exposée à une plénitude infinie qui lui vient de l’Autre.

La foi est entrée libre dans le don gratuit du sens. Elle te situe au cœur de l’extrême englobant. Tu te trouves en gestation dans la matrice de l’Absolu. Baigné d’une lumière où toute chose prend un éclairage neuf et où les ombres elles-mêmes – avec l’ensemble du jeu des ombres – s’expliquent. Les questions ne sont plus absolues. Elles se posent sur fond de réponse. Aucune réponse explicite n’est encore livrée. Mais le Sens de toute possible réponse est
déjà-donné.

Le décisif de la foi est
acte. Elle s’engage. La foi s’accomplit en Agapè. Avec Agapè elle traverse les étendues du scandale. Pour en faire un espace de grâce.


C'est l'Autre qui sauve

La foi est ouverture à une
présence de l’Autre et à une rencontre avec Lui.

Le salut n'est pas dans la recherche de la plénitude de soi, ni dans la conquête du vide de cette plénitude. Car en ces recherches et en ces conquêtes n'est jamais visé que le ‘même’. La foi chrétienne ne culmine pas dans l'illumination, ni dans la béance de l'illumination, mais dans la
rencontre. La rencontre célèbre l'irruption de l'Autre qui vient par grâce. L'Autre, et avec lui tous les autres. Ils viennent déranger.

Contre cette irruption, jouent les mille défenses païennes en quête d'un absolu immobile, pur et impassible. Mais tel n'est pas l'Absolu chrétien qui s'appelle Amour. "
La distance infinie des corps aux esprits, dit Pascal, figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité." Une distance infiniment infinie entre les plus grandes splendeurs auxquelles nous puissions par nous-mêmes accéder et la gloire qui doit se manifester en nous. Par l’Autre. Par
grâce.